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L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand et madame de Custine [Chateaubriand] → Mme de Custine, 9 novembre 1804, Villeneuve-sur-Yonne

Chapitre III (suite)

[Chateaubriand] → Mme de Custine, 9 novembre 1804, Villeneuve-sur-Yonne

Chateaubriand et madame de Custine · 1 min de lecture · p. 121–122 · chapitre 38 sur 103

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : E. Plon, Nourrit, 1893, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Je suis certainement désolé d'avoir manqué Chênedollé, et je ferai tout ce qu'il est possible de faire pour passer quelques jours avec lui ; mais aussi vous me persécutez trop. Puis-je faire plus que je n'ai fait ? J'ai été deux fois vous voir contre tout sens commun; j'ai resté avec vous aussi longtems et plus longtems que je ne le pouvais ; je vous assure que je suis fâché de vos plaintes très injustes. Je ne sais plus comment faire pour vous être agréable en quelque chose. Tâchez de voir que vous n'avez pas la raison de votre côté, et sachez-moi un peu de bien de mes voyages, que, je vous le proteste, je n'aurais pas faits pour d'autres que pour vous.

Mais parlons de choses plus agréables. Dites à Chênedollé que je l'attends cet hyver, au mois de janvier, qu'il faut absolument qu'il vienne passer quelque temps chez moi à Paris, qu'il faut que nous nous retrouvions encore au moins quelques moments ensemble. Eh! bon Dieu, quand serons-nous maîtres de ne nous pas quitter un seul instant ? Vous, éternelle grondeuse, quand revenez-vous à Paris ? Quand quittez-vous votre château? Je parie que vous me ferez encore la mine ! Mais je vous déclare que si vous me recevez avec une mine renfrognée, vous ne me verrez qu'une fois, car je suis enfin lassé de vos perpétuelles injustices. Allons, la paix. Arrivez, réparez vos torts, confessez vos péchés ; je vous reçois en miséricorde. Mais que le pardon soit sincère. Un million de bonjours, de joies, de souvenirs. Amitiés à nos amis, mème à mon ennemie Madame de Cauvigny. Embrassez Chênedollé trois fois pour moi, mais pourtant en mon intention.

N'oubliez pas mon proscrit1. A vous, à vous et pour la vie.

1. M. Bertin. ↩

Villeneuve-sur-Yonne, 9 novembre 1804.

A Madame de Custine, au château de Fervaques, par Lisieux, Calvados.