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L'Enchanteur 1768—1848
Les conversations de M. de Chateaubriand Avant-propos. Ce que doivent être les Conversations de M. de Chateaubriand

Avant-propos. Ce que doivent être les Conversations de M. de Chateaubriand

Les conversations de M. de Chateaubriand · 15 min de lecture · p. 2–12 · chapitre 1 sur 35

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : E. Dentu, 1864, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

On ne s'arrêtera pas à répondre en détail à toutes les critiques, mais on en dira quelques mots: on répondra aux principales Napoléon III.-La littérature du premier Empire, d'après M. Nisard et les autres critiques modernes.-Pensées de Joubert sur l'ignorance.-Sur la critique du premier Empire. Quand je publiai, il y a plus de douze ans, dans le dernier volume des Mémoires d'outre-tombe, les premiers fragments de ces Conversations de Chateaubriand, chacun faisait tout simplement son article littéraire dans les journaux, sous la forme habituelle, et personne ne « causait » ni le lundi, ni le dimanche. Depuis ce temps-là, chacun s'est mis à causer : on cause partout et tous les jours : la conversation a même envahi les ouvrages sérieux. Ce m'est beaucoup d'honneur, mais, tout en m'imitant, nul n'en sonnera mot. Est-ce que l'on rend justice à quelqu'un de si peu que moi?

Les Conversations que je vais publier maintenant sont faites, comme leurs aînées, non-seulement pour rappeler un grand exemple de courage et de générosité politiques avec un grand modèle littéraire, mais pour continuer autant que possible l'essor du génie de Chateaubriand, pour en faire connaître des pensées nouvelles.

C'est assez dire que je ne m'arrêterai pas à réfuter en détail les inventions de la calomnie, du servilisme et de l'envie. Nous laisserons aux bas lieux de l'herpétologie littéraire la plupart de ces maladies et de ces misères humaines.

Nous essayerons de nous élever à la hauteur du sujet, et de suivre, comme dit Eschyle, la voie pure des oiseaux. A d'autres le fiel, à d'autres la bile, à d'autres le venin, à d'autres les ténèbres ; à nous la lumière, à nous l'idée, le progrès, la bienveillance et la sympathie universelles.

L'esprit humain s'hébète et se perd, la pensée périt dans tant de chicanes, et tout progrès s'en trouve paralysé, pour ne pas dire anéanti et converti même en réaction : c'est une épidémie, c'est un fléau intellectuel.

Aussi ne se fait-il plus de ces grandes compositions qui jadis occupaient tout un peuple, qui relevaient, qui changeaient, qui renouvelaient toutes les idées. Vous ne trouverez même plus que des taquineries injustes, que de mesquines attaques contre ces grandes compositions que nous devrions au moins respecter, lire et imiter, n'en pouvant plus produire.

Mais non, c'est l'époque incapable qui est l'époque difficile : ne pouvant rien de bien, elle ne trouve rien de bon. Loin d'en donner de semblables, nous ne savons donc plus comprendre les chefs-d'œuvre de nos pères; et ne les pouvant comprendre, ne les voulant même reconnaître, nous affectons de les déchirer, de les mépriser ; c'est la logique du néant.

Cependant, comme on ne peut jamais détruire ou pervertir entièrement la pensée, en ce pays, et les critiques sensés qui nous restent s'en aperçoivent eux-mêmes, ils gémissent du triste phénomène que nous signalons.

Tous les ouvrages qui paraissent désormais, nous disent-ils, ne sont guère que des recueils d'articles de critique, déjà publiés et oubliés dans les journaux.

C'est ainsi que chacun passe son inutile vie à critiquer, à mordre son voisin, et ne sait rien faire de plus. La négation d'autrui, l'affirmation de soi-même, et sous cette hautaine et vaine affirmation, le vide, tel est à peu près l'état actuel et le dernier mot de notre littérature purement littéraire ; car je mets bien à part et au-dessus, la littérature érudite et savante. Malgré les infirmités dont elle n'est pas non plus exempte, celle-ci, du moins, dit quelque chose : elle a un but, un noble but, et elle y marche vaillamment.

En littérature, et surtout en critique, la marche est en arrière, la pente est à la décadence. Tout y est vieux, usé, suranné, rococo, selon l'argot du genre. De pensée neuve, pas une ; pas une idée de progrès. Cette méchante critique fait rétrograder l'esprit littéraire sur le cadran du siècle, tandis que toutes les autres branches des connaissances humaines sont en progrès et que la littérature devrait présider à ce grand mouvement qu'elle ne connaît même pas. Elle devrait en être la magnifique expression, la chaudière motrice, et elle n'est guère plus que l'écho grinçant des vues étroites et caduques, des petites passions et de l'ignorance prétentieuse.

Cette critique dégradante et délétère, que l'on voudrait mettre au dessus de tout maintenant, n'était, jadis et lorsqu'elle était saine, honnête et juste, qu'une très-minime partie de la littérature : c'était la cinquième roue du char des Muses : elle était tournée, en avant et non en arrière, par un petit nombre d'hommes sérieux, instruits et moraux. On regardait même leur métier comme peu littéraire et pouvant être fait par ceux qui ne pouvaient pas faire mieux, par le premier vena à peu près, pourvu qu'il fût équitable et instruit.

La critique est aisée, dit le poëte.

Aujourd'hui la critique n'est ni plus difficile ni plus forte, mais elle est plus nombreuse. C'est toute la littérature, littérature de haine, de stérilité, de misère; la destruction de toute littérature. Ne sachant rien, dépourvue de pensées, elle n'enseigne, ne défend ni les bons principes ni les règles du goût qu'elle ne connaît même pas. Attaquant au hasard, selon l'inspiration de ses appétits, elle attaque toujours; elle n'examine, elle ne juge pas : elle condamne par malveillance préméditée, par système préconçu, et quand elle croit avoir renversé ou diminué une réputation, elle bat des mains comme à une conquête. C'est la vieille harpie de la fable qui voudrait tout souiller; c'est la muse des démolitions qui ne sait faire que de la poussière et le vide. C'est en même temps la vendetta des nullités :-je n'ai pu élever un monument digne d'attirer les regards, je cours sus aux monu ments, je démolis les monuments, je fais table rase sur le sol intellectuel, afin que ma taupinière paraisse et devienne une pyramide en ce désert.

Oui, un beau jour, un incapable irrité se sera dit : Je n'ai pu réussir à être un auteur qui vaille; j'ai voulu doter le public et la langue française de maints chefs-d'œuvre, que la langue française réprouve et que le public a rejetés; eh bien, je vais me faire critique; je n'ai pu créer, je vais détruire, c'est plus commode, c'est plus tôt fait; je n'ai pu exciter l'admiration du public, je vais tâcher d'exciter, d'intéresser cette envie, cette malice qui dort ou veille toujours au fond des cœurs humains. Je n'ai pas su bien faire, eh bien, il faut que personne n'ait bien fait ; attaquons les meilleurs et disons-leur comment ils auraient du faire. J'ai été méchant ouvrier; je vas me passer maître pour former les autres.

Malgré ces infirmités d'un grand nombre, il est cependant encore de bons, de loyaux, de savants critiques; mais que de jeunes gens pourraient mieux faire avec un peu d'étude, et qui s'égarent en ce sentier ingrat, inglorieux de la nation perdue, perduta gente.

L'empereur Napoléon III avait bien raison de dire (décembre 1848), dans une lettre que vient de publier un recueil intitulé l'Autographe : « L'état des sciences, des arts et des lettres révèle toujours le caractère d'une époque. Lorsqu'une société est travaillée dans un sens opposé au progrès, ces trois branches des connaissances humaines languissent au lieu d'avancer ; mais lorsque la société est dans l'enfantement de grandes vérités, alors tout se développe pour aider à cet enfantement, et l'éclat de la politique va de concert avec l'éclat des sciences, des arts et des lettres, qui sont l'âme du corps social. »

Voilà de grandes vérités ; voilà la pensée qui, malgré nous, nous chagrine et nous obsède en écrivant ces pages. Ceux contre qui je suis obligé de m'élever n'ont pas eu assez de mal à dire de la littérature du premier Empire, et entre autres M. Sainte-Beuve et son école;- c'est-à-dire l'école qu'il a suivie, car il n'en a pas à lui, et malgré tous ses efforts et tous ses appels, il en est réduit à marcher seul dans sa petite voie si peu viable.

Que n'ont-ils pas dit surtout des vers charmants de Delille, dont les pires valent mieux que les plus beaux qu'ils aient faits? A les entendre, sans M. de Chateaubriand il n'y aurait pas eu de littérature alors, et l'esprit humain et tout progrès étaient perdus dans ce temps du silence imposé. Or c'est justement de ses efforts et de ses succès contre le scellé mis sur la parole et l'intelligence, qu'ils blâment aujourd'hui le grand écrivain !

M. Nisard, qui est toujours l'un des plus sensés du parti, quand il ne s'aplatit pas trop et n'oublie pas trop l'ancien Nisard, dit, a propos de cette époque, dans ses Melanges littéraires (t. II, p. 464, 1838) : « Ce qu'il y avait alors de littérature en France, ou se traînait stérilement dans l'imitation du xvie siècle, ou se casait déjà dans la flatterie sous un homme qui paraissait promettre de l'emploi aux adulateurs et de l'enthousiasme aux poëtes officiels. Ce fut donc à la fois une grande marque d'originalité et d'indépendance que d'aller s'inspirer dans le christianisme et de mettre la chose restaurée au-dessus du restaurateur, au moment oi celui-ci croyait, en relevant le culte, ne rétablir qu'un moyen d'ordre et de discipline matérielle au profit de ses plans de despotisme. »

« Sans m'arrêter, dit ailleurs M. Nisard, à la littérature de l'Empire, dont les seuls bons ouvrages, ceux de madame de Staël et de Benjamin Constant, furent inspirés par la liberté, je vais droit à la littérature contemporaine.... »

Ainsi, l'on voit que pour ces messieurs la littérature de l'Empire était si nulle qu'elle ne comptait pas et qu'on ne devait pas s'y arrêter. M. Sainte-Beuve et bien d'autres vont encore beaucoup plus loin.

Mais ce qui les dépasse tous, c'est un curieux jugement de Joubert, courtisan de Fontanes, faux ami de Chateaubriand, son observateur secret, esprit faux, 1étrograde, et, pour cela peut-être, inspecteur de l'université impériale dès le temps de sa réorganisation.

Le jugement est d'autant plus digne de remarque qu'il n'avait pas une intention critique comme celui que portait M. Nisard en 1838, mais uniquement le but d'approuver, de louer. Au lieu d'être critique, en effet, Joubert n'était qu'un de ces flatteurs et adulateurs attentifs dont parle M. Nisard ; il gardait la critique et la calomnie pour ses amis et ne parlait du gouvernement, que pour l'adorer, dans l'intérêt de son avancement et de celui des siens. En plusieurs endroits de ses Pensées, il se rend néanmoins à faire voir la pauvreté de cette littérature et l'insuffisance de l'université impériale, du conseil de laquelle il était l'un des membres les plus antiprogressifs, ce qui est beaucoup dire.- Enfin il termine par ce bouquet digne d'être offert à Sa Majesté Pluton, le dieu des lieux maudits, des ténèbres éternelles,

Quand il craint que Neptune, en son affreux séjour, D'un coup de son trident ne fasse entrer le jour :

« Sans l'ignorance qui s'approche, nous dit donc M. l'inspecteur de l'université, nous deviendrions un peuple ingouvernable. »

Ainsi, c'est un inspecteur, un conseiller de l'université qui salue l'ignorance qui s'approche, comme quelque chose de salutaire, et qui rend un peuple plus gouvernable ! Oh ! qu'un tel homme devait bien remplir ses devoirs de haut fonctionnaire de l'université ! qu'il devait tenir à répandre les bienfaits de la science et qu'il comprenait bien les résultats de l'instruction publique! comme si la civilisation rendait un peuple moins gouvernable que la barbarie! Nommer de tels penseurs fonctionnaires de l'université, c'était nommer des fonctionnaires pour fonctionner contre les fins de l'université ; c'était payer des agents de ténèbres sous le costume d'agents de lumière. - C'est quelque chose de bien triste qu'un esprit faux ; et celui qui trahissait ainsi sa mission pouvait bien trahir aussi l'amitié. Aussi Fontanes l'avait-il en estime médiocre quoique rétrograde lui-même.

Joubert, comme nous le verrons, est plein de pensées de cette force ou plutôt de cette funeste ineptie.

Est-ce donc pour cela qu'on aurait voulu le porter aux nues dans ces derniers temps ?

Il a des idées tout aussi absurdes, tout aussi néfastes sur la politique que sur l'instruction publique. Partisan de la vie fainéante et couchée, adorateur du despotisme, peu s'en fallut qu'il ne perdît la tête, et il disait partout que la France était folle, quand il la vit accepter avec reconnaissance la Charte bienfaisante octroyée par l'intelligent Louis XVIII.

C'est le même homme qui a dit que la liberté « c'est un tyran; que Montesquieu fut une belle tête sans prudence, et qu'on apprend plus à être roi dans une page du Prince de Machiavel, que dans les quatre volumes de l'Esprit des Lois. »

Voilà encore une fois, voilà l'homme qu'on nous donne comme un penseur modèle. Penseur modèle qui ne comprend même pas Montesquieu; moraliste qui propose le livre infâme et scélérat d'un pervers diplomate pour apprendre à être roi; c'est-à-dire à conspirer contre ses sujets, à être tendeur de piéges et coupeur de gorges. Tels sont, en effet, les enseignements du livre de Machiavel. C'étaient la conduite et les exemples d'un tyran italien, d'un Borgia, qu'il citait comme modèle à un autre tyran italien, au Médicis destructeur de la liberté de Florence, pour s'insinuer dans ses bonnes grâces et rentrer dans la diplomatie.

Aussi, lorsque le tyran tomba et que la liberté florentine reprit son cours, le coupable auteur sentit qu'ayant manqué à ce point au devoir et à l'honneur, il n'y avait plus de carrière ni de vie possibles pour lui, et il se tua. La misère fut l'excuse de Machiavel. Joubert n'avait pas cette excuse, et cependant voilà l'homme dont il voudrait faire le maître et le Mentor des rois ! - Plus moral que l'inspecteur Joubert, l'athée Frédéric comprenait si bien l'indignité de ce livre, que, pour ne pas se compromettre, il le répudiait et le réfutait dans ses écrits, tout en le suivant dans sa politique.

Oui, encore une fois, voilà le Joubert qu'une certaine critique et Sainte-Beuve en tête nous donnent comme la fine fleur de la morale, de la délicatesse et de l'honnêteté. Voilà l'homme dont on s'arme contre Chateaubriand, le défenseur de tous les sentiments généreux et de toutes les libertés utiles. Cela devait être, mais ce n'en est pas moins scandaleux.

Joubert n'a donc nulle portée dans l'intelligence : elle est nulle ou perverse; mais il est souvent très-fin dans les petites choses de goût. Va-t-il rendre à la critique le culte de latrie qu'elle a pour lui?

Pas le moins du monde : il la connaissait bien et il l'estime en conséquence: Sainte-Beuve, Veuillot, Peyrat, de Broglie, etc., écoutez bien : « Sans quelque aménité, vous dit-il, la critique n'est point littéraire; on ne voit plus dans nos journaux qu'une controverse hideuse. Où il n'y a aucune délicatesse, il n'y a point de littérature. La critique trouble le goût, elle empoisonne les saveurs. »

C'est là que Joubert est un maître; c'est dans l'appréciation des choses usuelles. Vivant dans une société d'élite, celle de Chateaubriand et de ses amis, après avoir vécu dans celle de Diderot, il avait fini par se former le goût et par l'avoir très-fin quoique toujours bizarre.

Il est remarquable que c'est précisément les critiques de Chateaubriand qu'il veut désigner. On voit qu'ils ont été les mêmes dans tous les temps, et que ceux du nôtre, avec quelques charges de plus, ne font que répéter les anciens. C'est le troupeau de Panurge trottant toujours sur la même ligne, bêlant toujours sur le même ton, et finissant par tomber dans l'eau.

Si leurs devanciers, par leur controverse hideuse, ont fait une si belle littérature au premier Empire, ceux-ci dont la controverse est pire encore, quelle littérature feront-ils au second? On le voit déjà, et leur tant admiré Joubert va leur en dire encore la raison : « Ce qui fait le • mal de la littérature, c'est que nos savants ont peu d'esprit, et que nos hommes d'esprit ne sont pas savants »

Je ne sais pas si nos littérateurs sont spirituels, mais il est certain qu'ils ne sont ni savants, ni créateurs, ni féconds. Ce son t des rongeurs, c'est-à dire à peu près les êtres * les plus destructeurs et les plus malfaisants qui existent.

Si le retour de l'ignorance peut rendre les peuples plus gouvernables, comme le dit Joubert, nous serons bientôt le plus gouvernable des peuples; car, grâce à nos critiques, à de sinistres influences, l'ignorance, le vide et la stérilité reviennent à grand train.

Mais où Joubert se trompe, c'est quand il dit que nos savants ont peu d'esprit : j'en connais plusieurs qui ont plus d'esprit et sont même plus littéraires que nos simples littérateurs : notre Académie des inscriptions est, aujourd'hui, la première du monde.

C'est même dans les savants qu'est l'espoir et l'avenir du progrès. Ceux-là vivent et pensent. Ils écrivent même souvent mieux, je le répète, que nos littérateurs.

Généralement ceux-ci ne manient que des mots, ne retournent que des phrases; ceux-là remuent des idées, ils disent des choses, souvent des choses neuves et inconnues jusqu'ici.

Aussi, en se précipitant avec une noble ardeur vers ces lectures publiques, que le gouvernement et un ministre éclairé semblaient avoir autorisées, à demi, ce n'est pas de la mauvaise critique, mais des connaissances historiques, scientifiques et littéraires, des connaissances positives que le peuple cherchait et qu'il n'y trouve pas toujours : trop souvent ces lectures sont mesquines.

Ainsi donc, critique méchante et aveugle, qui n'avez fait que du mal, qui avez voulu souiller nos gloires et renverser nos grands monuments, ce sera vous qui tomberez ; vous tomberez dans le mépris, au-dessous même du mépris et dans un oubli si entier qu'il ne sera même plus parlé ni de vous ni de vos méfaits.

Votre seul tourment, au fond de l'abîme de boue que vous vous êtes creusé à plaisir, sera de voir les arts libéraux que vous avez voulu détruire continuer leur course lumineuse au haut des cieux, et votre pays s'avancer, malgré vous, vers la lumière et vers ses grandes destinées.

Nous ne suivrons donc pas la critique dans ses limbes. Si cependant nous devons justement dédaigner, comme nous l'avons dit, d'entrer dans le détail des querelles indignes et déjà décréditées que l'on a voulu susciter à un vénérable et illustre mort, il nous est impossible aussi de n'en pas dire quelque chose. Nous craignons même d'être entraîné trop loin, car ces querelles sont de tout genre et portent sur toutes choses. Il faudrait nous livrer à d'assez longs développements pour répondre même aux principales.

Si nous nous y arrêtons quelques instants, le sujet en vaut la peine ; car ce n'est pas ici d'un homme seulement qu'il s'agit, c'est d'une cause, de la plus noble des causes, la cause pure et saine de la liberté.

D'ailleurs, des conversations de Chateaubriand se trouveront intercalées dans la discussion, de sorte qu'en défendant le grand homme et la grande cause, nous ne sortirons pas absolument de notre spécialité.

Je n'aurais jamais cru que tant d'esprits eussent si rapidement changé, que l'opinion eût été si promptement abusée, ni que de tant d'admirateurs pussent sortir tant de détracteurs.

• Et comme il est visible que c'est ici le servilisme bénévole et le zoïlisme qui jouent le principal rôle, nous devons dire brièvement ce que c'était que Zoïle, et comment l'a jugé et traité cette antiquité profane qui, à nous entendre, avait si peu de vertu à côté de nous.

La biographie de ce type de certains critiques modernes ne sera ni soignée ni complète : ce ne sont que quelques notes indiquant ses principaux faits et gestes, que quelques-unes des sources où pourront s'adresser ceux que le sujet intéresse.

II