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L'Enchanteur 1768—1848
Les conversations de M. de Chateaubriand Sic et non : Nisard (suite 3)

Sic et non : Nisard (suite 3)

Les conversations de M. de Chateaubriand · 3 min de lecture · p. 71–73 · chapitre 6 sur 35

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : E. Dentu, 1864, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

«-Qui se douterait à la lecture de cette page, ajoute M. de Loménie, que M. Nisard, loin d'avoir éprouvé, comme il le croit aujourd'hui, un profond chagrin, en recevant de M. de Chateaubriand une communication anticipée de son ouvrage posthume, a ressenti, au contraire, une joie vive; que cette joie s'est traduite par l'éloge le plus flamboyant peut-être qui ait jamais été écrit, non-seulement du génie littéraire, mais du caractère politique de l'auteur des Mémoires d'outre-tombe? (Toujours voir ci-dessus.)

« Il est évident que M. Nisard ne se souvient plus du tout que les impressions dont il nous parle en 1861, il les a racontées déjà une fois au public en 1834, dans un moment où elles étaient toutes fraîches, et où il les raconte avec de telles protestations de sincérité, que nous lui ferions, ce nous semble, une grave injure si nous mettions cette sincérité en doute. Il faut donc opposer à sa rigueur actuelle quelques témoignages de son ancien enthousiasme, non pas seulement pour lui reprocher de l'avoir trop oublié, mais parce que l'équité exige qu'avant d'apprécier les défauts de Chateaubriand, on tienne compte des influences adulatrices qui ont concouru à les développer de plus en plus pendant sa vieillesse et à les rendre si saillants dans les Mémoires.

« Comment l'illustre vieillard aurait-il résisté à la tentation de se surfaire, quand il voyait, en 1834, un écrivain très-indépendant et même un peu farouche à l'égard des puissants de la terre, c'est sous cet aspect qu'a débuté M. Nisard, ambitionner l'honneur d'écrire la préface d'un livre consacré à la glorification de Chateaubriand ? »

Selon les premiers dires de M. Nisard, ces mépris de René étaient justes, et ce qu'il appelle aujourd'hui son impuissance politique, il l'appelait alors talents supérieurs qui l'imposaient au pouvoir malgré les médiocrités remuantes et jalouses; c'était le prêtre et le roi de la liberté de la pensée. C'est à lui qu'on venait pour recevoir l'idée, pour savoir le sens noble des événements. On lui arrachait ses feuilles encore humides pour en nourrir son intelligence; on admirait jusqu'à ses corrections, ses ratures : c'étaient autant de perfectionnements, autant de traits de lumière, et elles ne font plus ici que gâter tout!

C'est ainsi qu'après l'avoir loué et surloué de sa fidélité et d'être resté le courtisan du malheur, on a dit : « La monarchie tombée, sa fidélité a l'air d'une pose théâtrale. » Voilà bien ces messieurs : ils ne conçoivent pas la fidélité survivant aux gouvernements. Ils ne pardonnent même pas cette fidélité; ils en rient : c'est une pose théâtrale.

La pose à plat ventre est bien plus belle et rapporte un peu plus. Comme il lui est donné de savoir renchérir sur les plus méchantes absurdités de son temps, le bon M. Veuillot va jusqu'à dire, et cela dans un benoît ouvrage, qu'une conviction est une folie. Échec à Nisard, et vous Sainte-Beuve, inclinez-vous, saluez ce maître. Il vous surpasse, il vous distance de cent lieues, et celui-là, certes, ne deviendra jamais fou sous ce rapport, ce qui ne l'empêchera pas parfois de se croire un peu le soleil.

En effet, je suis bien persuadé qu'il n'y en a pas deux comme M. Veuillot, quand il s'y met. - Mais, quoi ! l'un des héros de M. de Maistre, son modèle, son créateur, son souffleur, ne s'écrie-t-il pas sur son théâtre, dans un accès de noble orgueil et de satisfaction enthousiaste : « Nul ne roue comme moi! Puis il se met à table, et il mange; il se met au lit, et il dort. »