III lettres choisies de Béranger
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris Société de Mercure de France, 1908, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Au mois de mai 1864, Mme Hortense Allart de Méritens publia, sous ce titre et sous la forme d'une brochure in-18 à dix centimes, une partie des lettres que Béranger lui avait adressées. Je les reproduis ici, à l'exception de celles que j'ai citées dans le corps de ce volume, d'abord parce qu'elles sont parmi les plus intéressantes et les plus jolies que Béranger ait écrites, ensuite et surtout parce qu'elles font le plus grand honneur à Hortense.
(Première lettre adressée à Paris.)
Paris, 30 mars 1825. Je vous ai devancée. J'ai paru hier et je m'empresse de vous envoyer mon petit volume.
Accueillez-les, ces chansons où ma muse Vous peint l'amour tout prêt à m'échapper, Vante la gloire, ombre qui nous abuse, Qu'un jour produit, qu'un jour peut dissiper.
L'un est pour vous un dieu sans importance ; L'autre séduit votre esprit hasardeux.
Quant à l'amour, moi, je soutiens, Hortense, Qu'il est encor le moins trompeur des deux.
Du reste, vous en penserez ce que vous voudrez, ainsi que de mes chansons.
Je voudrais bien avoir vos lettres1. Si mon commissionnaire vous trouve chez vous, et qu'enfin vous ayez un exemplaire, envoyez-le-moi. Je voulais aussi vous voir, mais une contrariété que j'ai éprouvée hier m'a rendu malade, et je suis même enfluxionné. Cela vous paraîtra assez singulier, mais pour que vous n'en riiez pas, il faut que je vous dise que cette contrariété m'a été causée par MM. les Libraires, qui se sont permis de faire cartonner une partie de mon édition, sans m'en instruire, et sans mêmeque je sache encore jusqu'où a été lamutilation, vous sentez que ce n'est pas ma vanité d'auteur qui est blessée mais ma conscience politique. Vous concevrez donc la mauvaise humeur que j'ai dû ressentir. L'exemplaire que je vous envoie n'est pas de ceux sur lesquels leur censure s'est exercée.
(1) Les Lettres d'Hortense sur Mme de Staël, dont le Globe venait de faire un compte-rendu. ↩
Croyez à toute mon amitié, et permettez-moi de compter sur la vôtre.
Tout à vous de cœur et d'estime.