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L'Enchanteur 1768—1848
Hortense Allart, portrait par Sophie Allart

Personnes

Hortense Allart

7 septembre 1801 – 28 février 1879 ·

Femme de lettres, rencontrée à Rome en avril 1829, pendant l’ambassade. Sa maîtresse à Paris jusqu’en 1830 ou 1831, puis son amie jusqu’à la fin ; elle met Béranger en rapport avec lui. Elle raconte leur liaison dans Les Enchantements de Prudence (1872-1873), source de première main.

En bref

Naissance7 septembre 1801 — Milan
Mort28 février 1879 — Montlhéry
Sépulturecimetière paysager de Bourg-la-Reine, cimetière du Père-Lachaise
LienFemme de lettres ; sa maîtresse de 1829 à 1830 ou 1831, puis son amie et sa correspondante jusqu’à la fin.
RencontreRome, avril 1829 : recommandée par Mme Hamelin, elle va à l’ambassade ; il lui rend sa visite le jour de Pâques (19 avril).
LieuxRome (quartier des Quattro Fontane) ; Paris : rue d’Enfer, Étampes (juillet 1829), rue de l’Université, le Champ-de-Mars, le Jardin des Plantes, le pont d’Austerlitz et le restaurant de l’Arc-en-ciel.
BérangerElle les fait se rencontrer au début de 1830 ; Chateaubriand lui offre quatre voix à l’Académie.
TémoignageLes Enchantements de Prudence (1872 ; Michel Lévy, 1873), sous le nom de « Mme P. de Saman » ; Léon Séché, 1908, avec les lettres de Chateaubriand d’après les originaux.
Dans les MémoiresNommée une seule fois, parmi les femmes poètes (livre XLII, chapitre 6).
Dans les Mémoires1 mention (relevé automatique) : livres XLII (6).
RéférenceWikidata Q1174339
Correspondance15 lettres dans la Correspondance (2 écrites, 13 reçues).

Une enfance dans le monde de l’Empire (1801-1821)

« Hortense-Thérèse-Sigismonde-Sophie-Alexandrine Allart naquit à Milan, le 7 septembre 1801, au bruit du canon qui célébrait la paix de Lunéville […] »

Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme d’Agoult, 1908. · Lire le passage

Son père, Nicolas-Jean-Gabriel Allart, est alors membre d’une commission de liquidation à Milan ; sa mère, Marie-Françoise Gay, traduit Anne Radcliffe. La femme du général Marmont est sa marraine, et Delphine Gay, la future Mme Émile de Girardin, sa cousine germaine. Ruiné en 1814, son père meurt en 1817 ; sa mère en 1821 : elle est orpheline à vingt ans (Séché).

Sophie et Hortense Allart enfants, « d'après un tableau ayant appartenu à Marcus Allart » : frontispice du livre de Léon Séché (1908) ; une petite-fille d'Hortense le dit peint par Ducis « vers l'âge de quatorze ans »
Sophie et Hortense Allart enfants, « d'après un tableau ayant appartenu à Marcus Allart » : frontispice du livre de Léon Séché (1908) ; une petite-fille d'Hortense le dit peint par Ducis « vers l'âge de quatorze ans » — Internet Archive (domaine public)

Institutrice de la fille du général Bertrand, protégée par Mme Regnault de Saint-Jean-d’Angély (la « Laure » de ses souvenirs), elle écrit des Lettres sur Mme de Staël et débute dans le roman avec La Conjuration d’Amboise (Séché).

Jérôme et Florence (1822-1828)

Elle se lie avec un jeune Portugais, le comte de Sampayo, le « Jérôme » de ses souvenirs, qu’elle y travestit en prélat romain. En 1826, enceinte et délaissée, elle part pour Florence, où naît son fils Marcus ; Gino Capponi l’y engage à se consacrer à l’histoire (Séché). Béranger, qui la connaît depuis l’enfance, lui écrit en Italie, le 20 mai 1826 :

« Rallumez votre lanterne, si vous l’aviez éteinte ; mais soyez moins difficile dans vos recherches, ne demandez pas tant de vertu, pas tant de gloire. »

Béranger à Hortense Allart, 20 mai 1826, cité par Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme d’Agoult, 1908. · Lire le passage

Rome, avril 1829

Chateaubriand est ambassadeur à Rome depuis l’automne de 1828. Le 3 novembre, il écrivait à Villemain :

« Votre lettre, monsieur, est venue bien à propos dans ma solitude de Rome : elle a suspendu en moi le mal du pays que j’ai fort. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXIX, chapitre 10. · Lire le passage

Hortense loge chez sa sœur Sophie, mariée à un négociant français, Gabriac, dans le quartier des Quattro Fontane (Séché). Une amie de Paris lui a écrit :

« Madame Hamelin m’avait écrit de Paris de voir M. de Chateaubriand quand je retournerais à Rome, où il était ambassadeur. »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873.

Elle lit Atala, qu’elle ne connaissait pas, lui écrit un mot, va à l’ambassade le lendemain :

« Il me reçut avec coquetterie, et se montra charmant et charmé. »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Jules Lemaître, Chateaubriand

« Le lendemain c’était le jour de Pâques. »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire

Pâques tombait cette année-là le 19 avril (Séché). Chateaubriand vient lui rendre sa visite l’après-midi même, puis revient :

Hortense Allart, portrait par Sophie Allart
Hortense Allart, portrait par Sophie Allart — Sophie Allart — Wikimedia Commons (Public domain)

« M. de Chateaubriand revint ; il revint plusieurs fois ; il commença une sorte de cour ; j’en étais surprise ; j’en étais flattée […] »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire

« Il venait chez moi, une fleur à sa boutonnière, très-élégamment mis, d’un soin exquis dans sa personne; son sourire était charmant, ses dents étaient éblouissantes, il était léger, semblait heureux : déjà on parlait dans Rome de sa gaieté nouvelle. »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Jules Lemaître, Chateaubriand

Sa sœur Sophie fait alors son portrait, à Rome, en 1829 (notice de Gallica). Elle lui confie le manuscrit de son roman, Jérôme :

« […] il me rapporta le manuscrit en me disant que j’avais du génie […] »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire

Une chose les sépare, lui dit-elle, et elle le fait attendre un jour avant de la nommer :

« Enfin, le jour après, je lui dis que c’était sa guerre d’Espagne. Il resta surpris. »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire

Il s’amusait de l’inscription de l’escalier, « Pens’ all’ Eternità ». Le comte d’Haussonville, attaché d’ambassade, raconte lui aussi ses visites à « la jolie habitante » des Quattro Fontane (Ma jeunesse, cité par Séché). Le 29 avril, à la veille de partir en congé :

« Aujourd’hui, à la veille de partir pour la France, je regrette Rome. J’ai le congé que j’avais demandé, et me sens peu disposé à m’en servir. »

Chateaubriand à Marcellus, Rome, 29 avril 1829, cité par l’éd. Biré des Mémoires, t. V. · Lire le passage

« Il me dit qu’à moins de grands changements à Paris, il reviendrait à Rome dans trois mois […] »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire

Paris, été 1829 : la rue d’Enfer, Étampes

Elle arrive à Paris au début de juin et s’installe rue d’Enfer, à deux pas de l’infirmerie Marie-Thérèse où il demeure (Séché).

« Œuvre de Marie-Thérèse, 92, rue Denfert-Rochereau : ancien pavillon de Chateaubriand sur cour d'entrée » (carte postale, début du XXe siècle)
« Œuvre de Marie-Thérèse, 92, rue Denfert-Rochereau : ancien pavillon de Chateaubriand sur cour d'entrée » (carte postale, début du XXe siècle) — Carte postale, début du XXe siècle (éditeur non indiqué), domaine public — copie de Rémi Vernier

« Chateaubriand restait chez moi tous les jours deux ou trois heures de sieste […] »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Jules Lemaître, Chateaubriand

« Il m’apporta bientôt les épreuves de Jérôme qu’il avait donné à imprimer à Ladvocat ; nous les corrigeâmes ensemble […] »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire

Elle va voir Béranger, détenu à la Force pour sa chanson du Sacre. Puis Chateaubriand part prendre les eaux des Pyrénées :

« Il allait partir pour prendre les eaux des Pyrénées. Il me demanda de me rencontrer sur sa route à Étampes, et je partis pour le trouver là. Nous y dînâmes comme cachés au désert. »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire

À l’auberge, il lui amène un petit enfant de la maison, « tout barbouillé » :

« Ravie de sa bonté, je remplis de cerises et de fraises le tablier du petit enfant. »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873.

À Cauterets l’attend la jeune « Occitanienne » (voir la fiche de Léontine de Villeneuve). Les Mémoires :

« Jamais je n’ai été si honteux : inspirer une sorte d’attachement à mon âge me semblait une véritable dérision […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXI, chapitre 1. · Lire le passage

Séché relève le contraste : il était alors l’amant d’une femme de vingt-sept ans.

Août 1829 : la démission

Le 8 août, Charles X appelle le prince de Polignac. Hortense, qui loge alors rue Godot, l’apprend la veille par Mignet :

« Ce nouveau ministère rappela des Pyrénées M. de Chateaubriand. »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire

Il vient chez elle en sortant du ministère des Affaires étrangères, où il a porté sa démission ; il regrette Rome, « dont il s’était de nouveau enchanté ». Jérôme paraît alors (Séché le date de 1830).

L’automne 1829 : rue de l’Université, le Champ-de-Mars, l’Arc-en-ciel

« […] j’allai pourtant loger encore au faubourg Saint-Germain, rue de l’Université; et j’atteignis ce qu’on cherche en vain, dit-on, j’atteignis le bonheur, un bonheur calme mais élevé, comblé par une tendresse la plus charmante du monde. »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire

« Chateaubriand a dit dans ses mémoires, sans s’expliquer autrement, que cette année fut la plus heureuse de sa vie. »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire

« […] deux femmes âgées, dont je n’étais pas jalouse (la sienne et une autre), le gardaient comme pour moi seule […] »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand

Ses billets de rendez-vous, que Séché a eus entre les mains, sont datés de la rue de l’Université : « Je me ferai belle pour vous plaire, ô René ! » Ils se promènent hors Paris :

« Il y avait du côté du Champ-de-Mars des espaces remplis de sable et de terre inculte que nous comparions aux champs romains. »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire

« Un jour, il s’assit là au soleil, disant qu’il ne demandait plus rien dans la vie, que de s’asseoir au soleil. »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873.

« Nous commençâmes d’aller faire ensemble, les jours où il était libre, des dîners au Jardin des Plantes. Notre rendez-vous était sur le pont d’Austerlitz. »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire

Christophe Civeton, le pont d'Austerlitz, dessin, années 1820 (BnF) : leur lieu de rendez-vous avant les dîners du Jardin des Plantes
Christophe Civeton, le pont d'Austerlitz, dessin, années 1820 (BnF) : leur lieu de rendez-vous avant les dîners du Jardin des Plantes — Civeton, Christophe (1796-1830). Dessinateur — Wikimedia Commons (domaine public)

La « grande maison » où l’on dîne est le restaurant de l’Arc-en-ciel, à l’angle du boulevard de l’Hôpital et de la rue de Buffon, qu’Hortense nomme dans une lettre à George Sand (Séché) :

« Nous avions une petite salle à nous, au premier, donnant sur le boulevard et la campagne. »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire

« Notre dîner était gai et très-aimable, Chateaubriand, heureux comme un enfant, doux et tendre. »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire

« Il demandait du vin de Champagne pour animer, disait-il, ma froideur ; je lui chantais alors quelques chansons de Béranger : Mon âme, la Bonne Vieille, le Dieu des bonnes gens, etc., etc. »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme. d'Agoult

« Il répétait : que d’un coup d’aile a fustigés le temps. »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand

« […] nous atteignions, dans des tendresses sans fin, la place Maubert, où nous nous séparions. Je l’aimais, certes, et parfaitement. »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme. d'Agoult

Lectures et larmes (hiver 1829-1830)

Il achève les Études historiques ; un jour, dans la campagne, il lui dicte un passage de la préface. Elle lui lit ses livres :

« Quelquefois, pour le toucher plus tendrement, je prenais le Martyre d’Eudore […] »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire

« […] il pleurait; je lisais toujours; il allait jusqu’aux sanglots […] »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire

« Jamais homme, d’ailleurs, n’a sacrifié mieux dans la conversation tout le reste à l’agrément. »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire

« Son savoir était immense, il ne le montrait point. »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire

Par elle, Thiers et Mignet, qui préparent le National, viennent le voir rue d’Enfer :

« M. Thiers se montra curieux de connaître M. de Chateaubriand ; celui-ci me dit qu’il serait charmé de le recevoir. »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873.

Béranger (1830)

Elle rapporte à Béranger l’admiration de Chateaubriand pour ses chansons ; il n’y croit pas :

Pierre-Jean de Béranger, portrait par Ary Scheffer
Pierre-Jean de Béranger, portrait par Ary Scheffer — Ary Scheffer — Wikimedia Commons (Public domain)

« J’ai eu beau être élevé à l’école de M. de Chateaubriand, et lui avoir dû les plus grandes obligations littérairement parlant, j’ai fait de mon talent un usage si opposé à cette éducation, qu’il n’est pas possible que le maître puisse en faire un grand cas. »

Béranger à Hortense Allart, 26 janvier 1830, cité par Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme. d'Agoult

« Chateaubriand aurait voulu que Béranger entrât à l’Académie; il me dit de lui offrir quatre voix, dont était la sienne. »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873.

Béranger refuse, va remercier rue d’Enfer, puis reçoit la visite de Chateaubriand :

« M. de Chateaubriand sort de chez moi. En vérité, c’est plus que je ne mérite […] »

Béranger à Hortense Allart, 1830, cité par Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme. d'Agoult

« Je lui ai chanté le Juif errant ; il a voulu que je le lui répétasse […] »

Béranger à Hortense Allart, 1830, cité par Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand

Les journaux royalistes s’en indignent. Chateaubriand écrit à Béranger, le 27 avril 1830 :

« […] loin de me trouver offensé que l’on croie que j’ai cherché le premier un homme de votre talent, je le tiens à grand honneur […] »

Chateaubriand à Béranger, 27 avril 1830, cité par Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme d’Agoult, 1908. · Lire le passage

Le voyage d’Angleterre (printemps 1830)

Ils cherchaient ensemble un appartement à la campagne, vers la Bièvre, quand il lui conseille un voyage :

« […] il m’engagea à faire une course en Angleterre, à passer un ou deux mois à courir. Ce fut son imprudence s’il m’aimait […] »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873.

À Londres, elle rencontre Henry Bulwer, le « Warwick » de ses souvenirs, diplomate et frère du romancier (Séché). De Calais, elle écrit à Chateaubriand ces vers :

« Indigne de vous voir et de vous approcher, Je ne dois désormais songer qu’à me cacher. »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Francis Gribble, Chateaubriand and his court of women

Selon Séché, il en fut humilié, puis pardonna : une jeune femme ne pouvait « embarquer sa vie », disait-il, « sur un vieux vaisseau naufragé ». Leur commerce de lettres et de visites dura jusqu’à sa mort.

Juillet 1830

Après les journées de Juillet, Béranger écrit à Hortense, le 29 août, à propos du discours de Chateaubriand :

« Beaucoup de personnes ont blâmé son discours; je ne suis pas du nombre; il lui sied bien, selon moi. »

Béranger à Hortense Allart, 29 août 1830, cité par Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme. d'Agoult

« […] il veut quitter la France, et je me suis permis, deux fois, de combattre cette idée de tout mon pouvoir. »

Béranger à Hortense Allart, 29 août 1830, cité par Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme. d'Agoult

Mai 1831 : « ma dernière muse »

Avant son départ pour la Suisse, elle lui écrit qu’elle a « des paroles tendres à lui dire » :

« Vous le voulez? Vous me ferez bien du mal. Des paroles tendres peuvent être un outrage et ne consoler de rien. »

Chateaubriand à Hortense Allart, mai 1831, citée par Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873.

Ils se retrouvent au pont d’Austerlitz et dînent comme autrefois ; elle lui a fait promettre, sur sa parole de chevalier de Saint-Louis, de ne rien tenter contre sa vertu (Séché). Le lendemain :

« Je pars, sinon heureux, du moins portant plus légèrement la vie. »

Chateaubriand à Hortense Allart, mai 1831, citée par Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873.

« Vous serez ma dernière muse, mon dernier enchantement, mon dernier rayon de soleil. Donc point d’adieu. Je mets mon âme à vos pieds. »

Chateaubriand à Hortense Allart, Paris, mai 1831, citée par Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme d’Agoult, 1908. · Lire le passage

« Ma vie n’est qu’un accident ; je sens que je ne devais pas naître […] »

Chateaubriand à Hortense Allart, Nogent, mai 1831, citée par Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme d’Agoult, 1908. · Lire le passage

Les procès et les livres (1831-1836)

En décembre 1831, malade, il achève sa brochure sur le bannissement de la famille royale :

« Je ne sais si vous pourrez me lire. La main me tremble, j’ai la fièvre. »

Chateaubriand à Hortense Allart, Paris, 1er décembre 1831, citée par Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme. d'Agoult

Poursuivi en 1833 pour son Mémoire sur la captivité de la duchesse de Berry, il lui écrit le lundi 28 janvier :

« Si je dois finir mes jours en prison, je veux vous dire adieu avant. »

Chateaubriand à Hortense Allart, 28 janvier 1833, citée par Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme. d'Agoult

« J’ai été interrogé; j’ai refusé de répondre en ce qui me regarde; j’ai répondu en ce qui touche les jeunes gens inculpés […] »

Chateaubriand à Hortense Allart, 31 janvier 1833, citée par Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873. · Lire le passage dans Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme. d'Agoult

Il lit ses livres, L’Indienne, Sextus, et lui conseille l’histoire. David d’Angers fait son médaillon en 1834.

David d'Angers, Hortense Allart, médaillon de bronze, 1834 (Paris, musée Carnavalet, S 312)
David d'Angers, Hortense Allart, médaillon de bronze, 1834 (Paris, musée Carnavalet, S 312) — David d'Angers — Wikimedia Commons (CC0)

En 1836 :

« Mais savez-vous que j’ai cent ans? »

Chateaubriand à Hortense Allart, 9 juin 1836, citée par Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873.

« […] je travaille beaucoup mais pour après moi. Je laisserai mon histoire et l’histoire de ce que j’ai vu. »

Chateaubriand à Hortense Allart, dimanche 19 juin 1836, citée par Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873.

Herblay, Florence, Montauban (1837-1846)

En 1839 naît à Florence son second fils, Henri, dont le père est Jacopo Mazzei ; en 1843, elle épouse à Herblay M. de Méritens, qu’elle quitte au bout d’un an (Séché). Elle écrit d’Herblay à Chateaubriand, le 8 août 1842 :

« Je vous suis fidèle à outrance dans ma solitude. »

Hortense Allart à Chateaubriand, Herblay, 8 août 1842, citée par Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme d’Agoult, 1908. · Lire le passage

À Sainte-Beuve, son ami depuis 1841, elle parle sans cesse de « René » :

Charles-Augustin Sainte-Beuve, photographie de Bertall (vers 1860)
Charles-Augustin Sainte-Beuve, photographie de Bertall (vers 1860) — Bertall — Wikimedia Commons (domaine public)

« Vous seul, vous serez un jour tout ce qui me restera de la race et du génie de René. »

Hortense Allart à Sainte-Beuve, 15 février 1843, citée par Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme d’Agoult, 1908. · Lire le passage

Février 1847 : la dernière promenade

Céleste meurt en février 1847. Hortense vient à Paris ; le lendemain, une voiture l’attend à sa porte :

« Il est aimable et tendre. Quand la voiture commence à marcher, il se tourne tout entier de mon côté pour me regarder. »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873, cité par Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme d’Agoult, 1908. · Lire le passage

« L’âge, au lieu de changer la beauté de son visage, la rend plus remarquable. »

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence (sous le nom de « Mme P. de Saman »), 2e éd., 1873, cité par Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme d’Agoult, 1908. · Lire le passage

Le 16 mai, à Sainte-Beuve : « il m’écrit qu’il ne se mariera plus, mais il va, je crois, à Passy avec sa belle » : chez Béranger, avec Mme Récamier (Séché). Sainte-Beuve lui écrit la même année qu’elle aura donné à Chateaubriand :

« […] ses dernières joies, ses derniers ressouvenirs de René […] »

Sainte-Beuve à Hortense Allart, 1847, cité par Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme d’Agoult, 1908. · Lire le passage

Les Enchantements de Prudence (1872-1873)

Les Mémoires ne la nomment qu’une fois, parmi les femmes poètes : « les Allart, les Waldor, les Valmore ».

« […] madame Tastu marche au milieu du choeur moderne des femmes poètes, en prose ou en vers, les Allart, les Waldor, les Valmore […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLII, chapitre 6. · Lire le passage

Sainte-Beuve, qui avait lu le chapitre, avait publié le récit des dîners dans Chateaubriand et son groupe littéraire (1860) et reprochait à Chateaubriand ce silence :

« C’est à mes yeux un de ses crimes, c’est aussi l’un de ses châtiments, puisque cela le juge […] »

Sainte-Beuve à Hortense Allart, cité par Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme d’Agoult, 1908. · Lire le passage

Le livre paraît en 1872, imprimé à Sceaux et vendu sous les galeries de l’Odéon ; George Sand l’annonce dans Le Temps du 16 octobre et Michel Lévy le réédite en janvier 1873, avec son article en préface (Séché). Elle avait écrit à l’auteur :

« Je viens de lire ce livre étonnant. Vous êtes une très grande femme. »

George Sand à Hortense Allart, Nohant, 24 septembre 1872, citée par Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme d’Agoult, 1908. · Lire le passage

Couverture des Enchantements de Prudence, par « Mme P. de Saman », deuxième édition, Paris, Michel Lévy frères, 1873
Couverture des Enchantements de Prudence, par « Mme P. de Saman », deuxième édition, Paris, Michel Lévy frères, 1873 — Internet Archive (domaine public)

Pontmartin et Barbey d’Aurevilly crient au scandale ; Marcus Allart, qui veut se battre avec Barbey, est condamné le 14 juin 1873 pour avoir frappé un rédacteur du Constitutionnel (Séché). Biré, l’éditeur des Mémoires, accuse Sainte-Beuve :

« […] a longuement remué cette vase pour en faire rejaillir les éclaboussures sur le visage de Chateaubriand […] »

Edmond Biré, note des Mémoires d’outre-tombe, t. VI. · Lire le passage

Montlhéry, Bourg-la-Reine (1856-1879)

À partir de 1856, elle vit à Montlhéry, dans une petite maison voisine de la tour, d’une pension de femme de lettres obtenue par Thiers ; les gens du pays l’appellent « la bonne dame » (Séché). Elle meurt à Montlhéry le 28 février 1879 (note de Biré) ; avant sa mort, elle avait brûlé sa correspondance (Séché).

La tour de Montlhéry : Hortense Allart vécut à partir de 1856 dans une petite maison voisine de la tour (Séché)
La tour de Montlhéry : Hortense Allart vécut à partir de 1856 dans une petite maison voisine de la tour (Séché) — Véronique PAGNIER — Wikimedia Commons (domaine public)

Elle repose au cimetière de Bourg-la-Reine, auprès de ses deux fils.

La tombe d'Hortense Allart de Méritens et de ses deux fils au cimetière de Bourg-la-Reine (photographie de 2024)
La tombe d'Hortense Allart de Méritens et de ses deux fils au cimetière de Bourg-la-Reine (photographie de 2024) — YANN92340 — Wikimedia Commons (CC0)

Divergences entre les sources

Durée de la liaison : « de 1829 à 1831 » (Séché) ; les Enchantements placent la rupture au printemps de 1830, au retour d’Angleterre, et en 1831 elle exige sa parole de ne rien tenter. « L’année la plus heureuse » : Hortense écrit que Chateaubriand l’a dit de 1829 dans ses Mémoires ; la phrase ne se trouve pas, en ces termes, dans le texte des Mémoires consulté. Jérôme : paru au moment du ministère Polignac (août 1829) selon les Enchantements, en 1830 selon Séché. Les noms : Prudence (Hortense), René (Chateaubriand), Jérôme (le comte de Sampayo), Warwick ou Henry (Henry Bulwer), Laure (Mme Regnault de Saint-Jean-d’Angély), d’après la clé donnée à Séché par une petite-fille de l’auteur. Le portrait d’enfant : peint par Ducis « vers l’âge de quatorze ans » selon cette petite-fille ; le frontispice de Séché, « d’après un tableau ayant appartenu à Marcus Allart », montre les deux sœurs enfants. Mort : le 28 février 1879 (Biré) ; Séché dit seulement « un soir de février ».

Sources et documents

Hortense Allart, Les Enchantements de Prudence, par « Mme P. de Saman », préface de George Sand, 2e éd., Paris, Michel Lévy, 1873 (lire en ligne)
Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme d’Agoult, Mercure de France, 1908 (lettres inédites de Chateaubriand, d’Hortense Allart et de Béranger) (lire en ligne)
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXIX, chapitre 10 ; livre XXXI, chapitre 1 ; livre XLII, chapitre 6 ; éd. Biré, t. V et VI (notes)
Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’Empire, 1860 (fragment des Enchantements, cité par Séché)
Comte d’Haussonville, Ma jeunesse, chapitre « L’ambassade de Rome » (cité par Séché, non consulté)

Périodes

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