Béranger. XXIV. (Adressée à Herblay.)
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Passy, 6 décembre.
Je vous ai attendue avant-hier jusqu'à deux heures. Est-ce que vous et votre Plutarque vous auriez fait naufrage en route ? Je ne regretterais pas votre vieux chéronéen, l'un des oracles de l'antiquité auxquels j'accorde le moins de croyance et d'admiration; l'homme des biographies et des parallèles, c'est-à-dire le moins historien des historiens ; rempli d'ailleurs de contradictions, ainsi qu'on peut le voir en lisant ses œuvres diverses.
Sainte-Beuve est venu hier ici, mais je n'y étais pas. Je recevais la pluie dans les Champs-Elysées, le bois de Boulogne étant devenu impraticable de notre côté, grâce aux fortifications que je voudrais voir à tous les diables ainsi que ceux qui nous embastillent.
On assure que *** espère peu de la Revue : je crains qu'il ne voie juste sur ce point, car le pauvre Leroux a bien besoin que cette entreprise se soutienne; **, que j'ai rencontré chez Lamennais, a aussi fort mauvaise opinion du succès. Quant à moi, je trouve qu'il y a plus de bon sens dans le petit journal l'Atelier, que de braves ouvriers font paraître tous les mois et rédigent entre eux. Mais vous savez comme je suis terre à terre, sens commun et bête, pour tout dire en un mot. Toutefois, la seconde lettre de Leroux m'a beaucoup plu, malheureusement la conclusion à tirer c'est qu'il faut se taire si on n'a une religion toute faite à nous donner. Or, vous savez que la sienne est loin d'être complète encore. Dieu et l'âme sont les deux petits articles qui restent à faire; mais c'est bien peu de chose pour un philosophe. J'attends donc avec patience.
Adieu : ne me donnez plus de rendez-vous, ou n'y manquez pas.
Tout à vous.