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L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand inédit III. Au ministère des Affaires étrangères (suite)

III. Au ministère des Affaires étrangères (suite)

Chateaubriand inédit · 3 min de lecture · p. 41–43 · chapitre 28 sur 34

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : H. Leclerc, 1917, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

L'« entreprise suspendue » put être achevée, sans nul doute grâce au « secours » que sollicitait Chateaubriand ; et ce fut, pour le temps, une œuvre méritoire et utile. Mais depuis, quels n'ont pas été les progrès de la reproduction artistique et de l'archéologie! Aussi le Musée des Antiques, malgré la beauté des planches et

Main d'Hyacinthe Pilorge; la signature seule est autographe. Collection de Mme Victor Egger.

de l'impression, n'est-il plus guère qu'une encombrante curiosité.

3. - Un conclave à l'horizon.

Deux événements historiques dominent l'année 1823 : la mort de Pie VII, suivie de l'élection de Léon XII, et la guerre d'Espagne. Chateaubriand, nous l'avons vu, se déclare « accablé » par celle-ci, qui lui met « l'Europe et la France sur les bras ». Au surplus, c'est sa guerre, il l'a jugée utile au relèvement de son pays, elle est l'objet de presque toutes ses lettres, et il n épargne rien pour la faire réussir : on comprend sans peine qu'en de telles circonstances bien fâcheux sera celui qui lui parlera des affaires de la Papauté1; loin derrière lui d'ailleurs est le temps où, secrétaire d'ambassade à Rome, la tête pleine du charme romain et du succès obtenu dans la Ville éternelle par le Génie du christianisme, il exprimait en termes débordants son enthousiasme pour Pie VII qui lisait le Génie et appelait l'auteur « son cher Chateaubriand »2. II ne faut donc pas s'attendre de sa part à des sentiments très émus et très élevés lorsque le duc de Laval, ambassadeur de Louis XVIII près le Saint-Siège, vient de lui apprendre que Pie VII était gravement malade à la suite d'une chute où il s'était fracturé le col du fémur, et que les gouvernements devaient se préparer en vue du conclave1.

(1) Cf. dans les Mémoires d'Outre-Tombe, t. V, p. 171-172, un fragment d'une lettre à Mme Récamier ; « ... Lorsque le duc de Laval m'écrivait aussi ses soucis sur son conclave, tout préoccupé de la guerre d'Espagne que j'étais, je disais en recevant ses dépêches: Eh! bon Dieu, il s'agit bien de cela! » (Rome, 24 mars 1829, pendant le conclave qui allait élire Pie VIII). ↩

(2) Lettre de Chateaubriand à Mme Baciocchi, 1er juillet 1803, publiée dans L'Amateur d'autographes, n° de décembre 1913. Cf. les lettres adressées dans le même temps à Joubert, Fontanes, Migneret, Chênedollé (Correspondance générale, t. I, p. II0 et suiv.). ↩

(1) Sur Adrien de Montmorency, duc de Laval, ambassadeur à Rome de 1821 à 1828, cf. Edmond Biré dans les notes ou appendices de son édition des Mémoires d'Outre-Tombe, t. II, p. 278, t. III, p. 560, t. IV, p. 3gI. Correspondance générale, t. IV, p. 333. ↩

C'était le 18 juillet. Écrivant à titre privé au comte de Serre, notre ambassadeur à Naples, Chateaubriand lui avait résumé brillamment l'affaire d'Espagne, dont la résistance de Cadix retardait la solution, et il lui avait dit les obstacles de toutes sortes auxquels s'était heurtée la diplomatie française. « J'en étais là de ma lettre, monsieur le comte, ajoute le ministre, quand un courrier de Rome m'apporte la nouvelle de l'accident arrivé au pape, et qui sera peut-être suivi de la mort de ce saint religieux. L'Autriche va se mettre en mouvement; elle nous a déjà proposé de nous entendre avec elle pour l'élection d'un souverain pontife : cela veut dire qu'elle ne serait pas sûre de triompher sans nous. Je crois que nous ne pourrons rien à cette affaire, et que l'intérêt italien, qui nous est plutôt favorable, l'emportera. Nous ferons partir nos cardinaux, si nous avons le temps. Dans le cas où l'Autriche voudrait occuper militairement les Légations, nous ferons des représentations. Mais je ne crois pas à cette occupation, et j'y croirais bien moins encore si une dépêche télégraphique nous annonçait la reddition de Cadix » (2).

Ces lignes sont déjà l'esquisse de la réponse que Chateaubriand fera le même jour au duc de Laval, réponse encore inédite, curieuse par son caractère confidentiel qui permet au ministre de parler à cœur ouvert, mais où vraiment Pape, cardinaux et Papauté, sont traités avec une désinvolture un peu choquante qui rabaisse la question au rang de la politique pure et relègue au second plan les intérêts religieux. Quelques notes suffiront à expliquer divers détails de cette longue lettre.