III. Au ministère des Affaires étrangères (suite)
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : H. Leclerc, 1917, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
L'accident qui avait motivé la lettre du duc de Laval était survenu le 6 juillet. Pie VII vécut encore quelques semaines, et Chateaubriand eut le temps de lui envoyer au nom de Louis XVIII un lit mécanique pour soulager ses souffrances et l'aider à se soulever; il mourut le 20 août, six jours après être entré dans sa 82° année. De l'interrègne, du conclave et de l'élection du cardinal della Genga, qui prit le nom de Léon XII, Chateaubriand paraît s'être peu occupé, car il en parle à peine dans les lettres de cette période1; la guerre d'Espagne reste sa grande affaire, et c'est à elle que se rapporte la lettre inédite que je dois maintenant publier et commenter.
(1) Cf. Correspondance générale, t. IV, pp. 330, 300, 300 ; t. V, p. 4 et 7. Je cite le t. V d'après une bonne feuille : en août 1914 six feuilles étaient tirées; les événements n'ont pas encore permis de continuer la publication. ↩
4. -- La guerre d'Espagne : Chateaubriand et le général
Guilleminot.
La guerre d'Espagne avait été entreprise par la France à la suite des délibérations du congrès de Vérone avec l'appui moral et diplomatique des grandes puissances de l'Europe (l'Angleterre exceptée) pour vaincre la révolution suscitée par les Cortès et rétablir Ferdinand VII dans la plénitude de sa liberté royale. La France comptait d'ailleurs y trouver son avantage personnel. « L'occasion, a dit Chateaubriand, se présentait d'en finir une fois pour toutes, de savoir si les Bourbons avaient ou non une armée, de terminer la Restauration et de nous replacer à notre rang militaire en Europe2. Qu'on ne s'étonne donc pas si, pendant une guerre que ses instances ont contribué à faire déclarer, le ministre des Affaires étrangères s'intéresse vivement à la conduite des opérations ! Celles-ci sont dirigées par le duc d'Angoulême, commandant en chef, et par le général Guilleminot, son major-général, officier loyal et intelligent qui, après d'excellents services sous l'Empire, avait en dernier lieu montré d'éminentes qualités d'organisation comme Directeur du Dépôt de la guerre. Chateaubriand, plein de sympathie pour Guilleminot, lui adresse de nombreuses lettres, des « rêveries militaires », dit-il moitié sérieux, moitié plaisant, et comme pour s'excuser; il en a publié quelques-unes dans la Guerre d'Espagne1; des autres, qui sont à retrouver, une seule est entre mes mains, datée du 19 juillet, au lendemain du jour où Chateaubriand écrivait au duc de Laval sur les affaires de Rome. A cette date, voici quelle est la situation.
2) Correspondance générale, t. IV, p. 334 (lettre au comte de Serre, 18 juillet 1823). ↩
(1) Ce sont les lettres des 23 mars, 12 et 25 juin, 31 août, 5 septembre. Elles sont réimprimées dans la Correspondance générale au tome 1V, p. 166-168, 279-280, 299-300, 389-391 et 396-399. C'est dans la lettre du 31 août (p. 390) qu'il emploie l'expression de « rêveries militaires ». ↩
Les opérations, ouvertes par le passage de la Bidassoa (7 avril), n'ont été d'abord qu'une course facile jusqu'à Madrid, où le duc d'Angoulême est entré le 24 mai. Les Cortès avaient emmené Ferdinand VII à Séville dès le mois de mars ; aux premiers jours de juin elles l'emmènent à Cadix. Le duc d'Angoulême a envoyé derrière elles un corps d'armée conduit par le général Bordesoulle, auquel il a donné le commandement supérieur du royaume de Séville ; et Bordesoulle, de concert avec l'amiral Hamelin, chef de notre escadre devant Cadix, a établi le blocus de cette place. Il y a encore d'autres centres de résistance, dans les Calices, en Catalogne, et dans la province de Grenade où Ballesteros tient en échec le général Molitor. Quant au duc d'Angoulême et à Guilleminot, restés à Madrid, ils n'en partiront que le 28 juillet pour presser eux-mêmes le siège de Cadix. - Cela dit, on peut comprendre aisément la lettre de Chateaubriand.