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L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand inédit III. Au ministère des Affaires étrangères

III. Au ministère des Affaires étrangères

Chateaubriand inédit · 3 min de lecture · p. 35–36 · chapitre 24 sur 34

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : H. Leclerc, 1917, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

1. - Roche commémorative en Auvergne et première

idée du tombeau dans une île de Bretagne.

Revenu du Congrès de Vérone, Chateaubriand était ministre des Affaires étrangères depuis plus de deux mois, et ministre très « accablé » par les affaires d'Espagne, lorsqu'une attention délicate et bizarre du comte de Montlosier - le don d'une « roche » en Auvergne - lui dicta pour cet « ancien ami » pour ce « compagnon d'exil » et « bon camarade d'infortune » la lettre que l'ordre des temps m'amène à publier1.

(1) Dans la Correspondance générale, t. IV, p. 139, M. Louis Thomas a publié quelques lignes de cette lettre d'après une fiche communiquée par le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul, mais sans indiquer le nom de Montlosier et sans donner aucun commentaire. ↩

Montlosier, mécontent des débuts de la Restauration, monarchie trop moderne pour ses goûts de féodal attardé, s'était retiré dès le commencement de 1816 dans son domaine de Randanne et s'y adonnait à l'agriculture. C'est bien à lui qu'est adressée la lettre de Chateaubriand, à lui dont l'auteur des Mémoires d'Outre-tombe a dit : « Il passa en Angleterre et se réfugia dans les lettres, grand hôpital des émigrés, où j'avais une paillasse à côté de la sienne », et plus loin : « Je lui saurai toujours gré de m'avoir consacré dans son chalet du Puy-de-Dôme une vieille roche noire prise d'un cimetière des Gaulois par lui découvert »2. On aimerait à reconstituer l'histoire, ou la légende, de ce « cimetière des Gaulois », à connaître ce qu'est devenue la vieille roche noire , et si elle portait quelque inscription. Tout ce que j'ai pu savoir, c'est que le domaine exploité par Montlosier était situé à 22 kilomètres Sud-Ouest de Clermont-Ferrand, sa ville natale, en pleine chaîne des Monts-Dôme, sur la commune d'Aydat et à 1 500 mètres environ du hameau actuel de Randanne; le propriétaire avait là un modeste logis, une terme ou « chalet », qu'il agrandit plus tard en lui donnant l'aspect d'une vaste maison bourgeoise sans style ou à peu près; dans la cheire ou coulée de lave il fit, à grands frais, pousser du blé, croître des sapins, des bouleaux, et quelques chênes, se montrant initiateur sur ce pauvre terrain; son tombeau est là, tout près de l'habitation1.

(2) Mémoires d'Outre-Tombe, t. II, p. 157-158. ↩

(1) Je remercie M. Auguste Audollent, professeur à la F'aculté des Lettres de Clermont-Ferrand, qui m'a communiqué les renseignements ci-dessus, et qui a fait quelques recherches, malneureusement infructueuses, pour les compléter en ce qui concerne le « cimetière des Gaulois » et la « vieille roche noire ». ↩

Mais le point le plus curieux et le plus neuf de la lettre de Chateaubriand, c'est qu'elle montre l'écrivain songeant dès 1823 à s'assurer une sépulture dans une île de son pays d'origine, alors que le plus ancien texte publié jusqu'ici sur ce sujet est de 18282. On remarquera aussi l'analogie suggestive que Chateaubriand signale entre l'Auvergne et la Bretagne au moyen d'une allusion au célèbre ouvrage de Montlosier, De la Monarchie française depuis son établissement jusqu'à nos jours. La lettre enfin exhale un parfum de simplicité, d'amitié, de détente au milieu des affaires, qui garde son charme à près d'un siècle de distance.

(2) Cf. Anatole Le Braz, Sur la correspondance de Chateau briand relative à son tombeau, dans Revue d'Histoire littéraire de la France, 1911, p. 61-70. ↩