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L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand inédit III. Au ministère des Affaires étrangères (suite)

III. Au ministère des Affaires étrangères (suite)

Chateaubriand inédit · 4 min de lecture · p. 38–40 · chapitre 26 sur 34

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : H. Leclerc, 1917, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

2. - Le « Musée des Antiques ».

Après cette belle page d'effusions amicales, en voici une qui, à première lecture, n'est qu'une recommandation officielle. Chateaubriand y appuie auprès d'un de ses collègues du Ministère une demande de subsides en faveur du Musée des Antiques, belle et coûteuse publication ; il a dicté la lettre, ou il en a confié le brouillon à son secrétaire; la signature seule est autographe, le style est dénué d'abandon et de familiarité. Mais, à regarder de près, on reconnaît la personnalité du signataire, qui s'est inspiré des sentiments d'une généreuse amitié plus que de son goût pour les chefs-d'œuvre de l'art.

Ce qu'avait accompli sur l'ensemble du Musée Royal du Louvre et particulièrement sur les galeries de peinture, le graveur Henri Laurent, aidé d'autres artistes pour la gravure et de François Guizot pour le texte (2),

Original autographe. Collection de Mme Victor Egger. Le Musée royal publié par Henri Laurent, graveur du Cabinet du Roi, ou Recueil de gravures d'après les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royale, avec description des un autre graveur, Pierre Bouillon, qui fut aussi un peintre estimable, l'avait entrepris sur les sculptures anciennes du Musée1. Il avait confié la partie descriptive et explicative au comte de Saint-Victor, homme de lettres fécond dont le nom a été porté avec plus d'éclat par son fils Paul de Saint-Victor, critique littéraire très en vogue sous le second Empire et dans les premières années de la troisième République. Chateaubriand ne semble avoir beaucoup connu ni Pierre Bouillon ni le comte de Saint-Victor, mais il avait été mêlé aux affaires de l'éditeur du Musée des Antiques, le libraire Henri Nicolle.

(1) Musée des Antiques dessiné et gravé par P. Bouillon peintre avec des notices explicatives par J.-B. de Saint-Victor. Dédié au Roi, Paris, de l'Imprimerie de P. Didot, L'aîné, chevalier de l'ordre royal de Saint-Michel, imprimeur du Roi. A la Direction du Musée des Antiques, rue Hautefeuille, n° 30. Chez H. Nicolle, Directeur de la Librairie Grecque-Latine-Allemande, Rue de Seine, n° 12. - 3 vol. grand in-folio, sans dates. Clarac dans son Musée de sculpture, t. III, Introduction, p. CCCLVI, dit que le Musée des Antiques fut publié de 1811 à 1827 en 47 livraisons. Au début de l'année 1821 les tomes let Il étaient achevés: en effet, à la fin du t. III, on trouve un extrait du procès-verbal de la séance de l'Académie des Beaux-Arts du 3 mars 1821, signé Quatremère de Quincy et contenant l'éloge des tomes T et II. ↩

Ce dernier était le frère cadet du célèbre abbé Nicolle (Charles-Dominique), qui aida le duc de Richelieu dans l'œuvre de la fondation d'Odessa et qui exerçait alors les fonctions de Recteur de l'Académie de Paris. Pendant la Révolution, Henri Nicolle avait lutté comme journaliste à côté des Bertin, des Dussault, des Fiévée, pour la restauration de la monarchie. Puis il

sujets, notices littéraires et discours sur les arts. Dédié au Roi. Paris, de l'imprimerie de P. Didot, l'aîné, imprimeur du Roi, MDCCCXVI et MDCCCXVIII, 2 vol. de texte et 2 vol. de planches, in-fol.

s'était fait libraire, et par ses soins avaient été publiés, entre autres ouvrages, les dictionnaires latins de Noël, le dictionnaire grec-français de Planche, une collection de livres classiques, l'Allemagne de Mme de Staël (1810), les premières Méditations poétiques de Lamartine (1820). En 1810, avec Ballanche le libraire lyonnais, il donnait la 6° édition du Génie du christianisme; à la fin de cette même année il éprouvait une banqueroute dans laquelle Chateaubriand fut impliqué pour une somme d'au moins 15 ooo francs et qui pesa lourdement sur la vie de l'écrivain pendant l'année 18111. Chateaubriand ne garda point rancune au libraire malheureux ; et voilà comment, par souvenir des relations du passé et par esprit de fidélité, il s'intéresse en 1823 à l'achèvement du Musée des Antiques, dont le tome III et dernier restait en souffrance, et où la fortune de Nicolle risquait d'être encore compromise.

(1) Sur les embarras financiers — assez obscurs - du libraire Nicolle et de Chateaubriand en 1810-1811, cf. Correspondance générale, t. I, p. 250, et t. II, pp. 338, 342, 347, 355. ↩

Quant au ministre auquel s'adresse Chateaubriand, c'est le Général Marquis de Lauriston, ministre de la Maison du Roi2. Sans doute les « souscriptions aux ouvrages scientifiques et littéraires et aux recueils de gravures » dépendaient du ministère de l'Intérieur où elles étaient rattachées au rer Bureau de la « Division des Sciences, Belles-Lettres, Beaux-Arts, Instruction publique, Journaux et Théâtres »3. Mais tout ce qui concerne les « Musées royaux » dépend en 1823 de la Maison du Roi (4), et l'appel si net de Chateaubriand à « la munificence royale s ne peut être qu'une allusion à l'emploi des « revenus composant la liste civile », c'est-à-dire à un budget dont l'adminisration était parmi les attributions essentielles de Lauriston (1). Voici la lettre de Chateaubriand :

(2) Lauriston fut ministre de la Maison du Roi du per novembre 1820 au 4 août 1824. ↩

(3) Almanach Royal, année 1823, p. 152-153. ) Ibid., pp. 200, 655, 66г. ↩