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L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand inédit En marge de l'ambassade de Londres (1822) (suite)

En marge de l'ambassade de Londres (1822) (suite)

Chateaubriand inédit · 4 min de lecture · p. 23–25 · chapitre 17 sur 34

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : H. Leclerc, 1917, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

3. - Le contre-amiral du Plessis-Parscau, beau-frère

de Chateaubriand.

Le jour où Chateaubriand recommandait Dussault à Raynouard, un de ses amis politiques lui écrivait de Paris pour solliciter son appui auprès du comte Corbière, ministre de l'Intérieur. Quel était ce solliciteur? La réponse, datée du 28 juin, laisse voir seulement qu'il entretenait des relations avec le marquis de Clermont-Tonnerre, ministre de la Marine. Chateaubriand, « en échange de service », lui demande de parler à Clermont-Tonnerre en faveur de son beau-frère. Ce dernier ne peut être que le comte du Plessis-Parscau (Hervé-Louis-Joseph-Marie), capitaine de vaisseau, qui avait épousé le 29 mai 1789 Anne Buisson de la Vigne, sœur aînée de Mme de Chateaubriand ; il est nommé au livre VII des Mémoires d'Outre-tombe, et Edmond Biré lui a consacré l'un des Appendices de son édition (1). Mieux que la mention rapide faite dans les Mémoires, mieux que la Notice d'Edmond savante mais un peu sèche, le dossier de du Plessis Parscau, que j'ai pu étudier dans les archives

du Ministère de la Marine, permet de faire revivre en la replaçant dans son cadre une figure modeste mais sympathique de notre ancienne marine et d'expliquer la lettre écrite par Chateaubriand le 28 juin 1822 (2).

Né à Landerneau le 31 mars 1762, « volontaire » à quatorze ans, « garde-marine » à seize ans, « enseigne » peu de mois après, du Plessis-Parscau était « lieutenant de vaisseau i depuis le 1e mai 1786 lorsqu'éclata la Révolution et lorsqu'il épousa Mile de la Vigne. Émigré, il prend part aux campagnes des Princes; et quand il se retire en Angleterre, c'est pour offrir son zèle aux Bourbons, qui le chargent de missions périlleuses aux îles Saint-Marcouf (3), puis à Jersey. Rentré en France à la première Restauration, il a perdu

Mémoires d'Outre-Tombe, t. II, p. 5 et pp. 547-549.

Chateaubriand, écrivant en 1829, le livre VII des Mémoires, prend un désir pour une réalité lorsqu'il dit de son beau-frère : « aujourd'hui contre-amiral lui-même ». Du Plessis-Parscau n'obtint ce grade qu'en 1827. - Quant à Edmond Biré, il ne dit pas d'après quels documents il a travaillé. En comparant sa Notice avec les documents officiels qui constituent le dossier de du Plessis-Parscau on relève dans celle-ci quelques lapsus et inexactitudes : du Plessix, au lieu de du Plessis; Kermalun, au lieu de Kermabain ; Kergyon, au lieu de Keryvon; c'est bien en 1816, comme le dit Biré, que du Plessis Parscau reçut le commandement des élèves de la Marine à Brest, mais c'est dès le 31 décembre 1814, et non en 1816, qu'il avait été nommé capitaine de vaisseau; enfin sa promotion au grade de contre-amiral, outre qu'elle a été purement honorifique, n'a pas précédé mais accompagné en 1827 sa mise à la retraite.

(3) Ilots peu connus, à une dizaine de kilomètres au large de la côte Est du Cotentin, en face du village du même nom (département de la Manche).

sa femme et sept enfants sur la terre d'exil, six enfants lui restent à élever, et il est ruiné. Son devoir est tracé : reprendre le service sur les vaisseaux du Roi et donner un foyer à ses enfants. Le 25 octobre 1814 il épouse Jeanne-Charlotte-Angélique de Kermabain, son égale par la naissance mais mieux pourvue des dons de la fortune, Bretonne comme lui mais plus jeune sans l'être trop (elle est née à Morlaix le 4 juin 1774); le 31 décembre il est nommé « capitaine de vaisseau » et attaché aux services du port de Brest (le dossier ne donne aucune précision sur la nature des services). Mais les Cent-Jours lui apportent encore trouble et misère: compromis comme Royaliste militant, pressé par ses ennemis et obligé de s'éloigner, il brûle les titres, les correspondances qui témoignaient de sa fidélité aux Bourbons, et il passe en Belgique où il partage l'exil de la famille royale et contracte des dettes qui pèseront sur le reste de sa vie.

A la seconde Restauration, du Plessis-Parscau semble ou bien n'avoir pas retrouvé immédiatement le poste qu'il occupait avant les Cent-Jours, ou bien en avoir sollicité un plus important, car en août 1815, de Paris où il est l'hôte de Chateaubriand, 25, rue de l'Université, il demande au comte de Jaucourt, ministre de la Marine, « la direction des mouvements du port de Brest, en attendant qu'il plaise à Sa Majesté de l'employer activement à la mer » A sa pétition est épinglée la partie supérieure d'une page énigmatique dont la partie inférieure a été découpée et sur laquelle on lit d'abord, de la main de Chateaubriand, au ras du papier: « Le Roi lui avoit dit qu'il verroit avec plaisir qu'on lui donnât le brevet de vice-amiral » (sic)1, puis en dessous, de la main de du Plessis-Parscau : « Dans l'audience dont m'honora hier le Roi, Sa Majesté parut approuver la demande que je fais à son Ministre de la Marine de la Direction des mouvements du port de Brest » A la même période, c'est-à-dire au ministère du comte de Jaucourt, et à la même affaire se rapporte une lettre de Chateaubriand au ministre, lettre inédite et conservée dans le dossier de du Plessis-Parscau.

(1) Chateaubriand a dû écrire « vice-amiral » par lapsus, au lieu de « contre-amiral ». ↩