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L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand inédit Chateaubriand et la Bourdonnaye (suite)

Chateaubriand et la Bourdonnaye (suite)

Chateaubriand inédit · 3 min de lecture · chapitre 4 sur 34

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : H. Leclerc, 1917, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Voir le fac-similé.

Une année se passe, et M. de Villèle devenu premier ministre nomme Chateaubriand ambassadeur à Londres. Plus tard, Villèle a déploré les divisions que fomentait alors « le caractère personnel de M. de La Bourdonnayei1 et blâmé l'attitude du nouvel ambassadeur : « A peine nommé il se fait le représentant des royalistes exigeants, qui menacent de leur hostilité si l'on ne satisfait pas leurs prétentions; mieux encore, pour quelques-uns, pour M. de La Bourdonnaye par exemple, si on ne les place de manière à ce qu'ils puissent exercer leur mauvais vouloir avec plus de danger pour le ministère, avec plus de force et de sécurité pour eux-mêmes » (2).

1) Villèle, Mémoires, t. III, p. 6. ↩

Que demandait donc La Bourdonnaye par l'entremise de Chateaubriand? « La pairie sur la tête de son fils » âgé de moins de seize ans (une promesse de pairie, évidemment), et pour lui-même le poste de « ministre dans les Pays-Bas »1. Le « mardi soir 5 février », après une visite de La Bourdonnaye, il plaide auprès de Villèle cette double cause et fait valoir l'intérêt qu'il y a pour le Ministère à s'assurer l'appui d'un député influent et de ses amis. « A ces conditions il (La Bourdonnaye) promet d'être loyalement en paix avec le ministère et de le servir, si besoin est. Mais il veut une explication immédiate, car il veut prendre parti dans la discussion de la loi sur les journaux1. Si l'on est ennemi, il parlera contre cette loi qu'il n'aime pas. Si l'on est ami, il gardera le silence et attendra patiemment l'avenir »2. Villèle jugea qu'il ne pouvait céder à une mise en demeure qui contenait une menace. Nous n'avons point sa réponse, écrite le mercredi 6, mais nous savons par ailleurs qu'elle était vive, et nous présumons qu'elle ne donnait guère d'espoir3. Chateaubriand, qui voyait l'orage monter dans l'esprit de La Bourdonnaye, le pria de passer chez lui au plus vite.

(1) Tout le passage est à citer (Correspondance générale, t. II, Villèle, 5 février 1822): « Il persiste à demander: 1° La pairie sur la tête de son fils (il y a des exemples de cela dans la Chambre des pairs. Le Ministre de la Marine actuel est pair et son père ne l'est pas. Cazes est pair et son père ne l'est pas, etc.); 2° Il abandonne l'idée de l'ambassade de Vienne et se contentera d'être ministre dans les Pays-Bas. » - Le texte de la première demande est assez obscur. Toutefois aux mots « la pairie sur la tête de son fils je ne vois pas d'autre sens possible que celui d'une promesse de conférer la pairie au jeune La Bourdonnaye des qu'il aura l'âge légal, puisque la suite de la phrase prouve que La Bourdonnaye père ne se souciait pas alors d'être pair. Mais quelle forme pouvait revêtir cette promesse pour être sûre, pour être valable à longue échéance, neuf ans plus tard au moins puisque l'article 28 de la Charte portait que « les pairs ont entree dans la Chambre à vingt-cinq ans et voix délibérative rente ans seulement », et puisque le jeune La Bourdonna sa seizième année ? - - Le comte François-Régis de La Bourdonnaye finit par entrer à la Chambre des pairs demission der nio, deux moteret demi après arnet Polignac, six mois avant la révolution qui mit fin à sa carrière politique. - Charles-Adolphe, son unique fils, ne s'occupa Jamais de la politique générale ou locale; né à Angers le 10 juin 1806 (Révérend, Titres, anoblissements et pairies de lo Restauration, t. IV, p. I11), il mourut, comme son père, au château du Mésangeau, commune de Drain, arrondissement de Cholet (Maine-et-Loire) le 22 mai 1842, âgé de trente-cinq ans onze mois (Registres de l'état civil de Drain, décès). ↩

(1) La discussion s'ouvrit le jeudi 7 février devant la Chambre des Députés. ↩

(2) Correspondance générale, t. II, p. 303. ↩

3) Cf. Correspondance générale, t. II, p. 304, lettre à Villèle: « Jeudi ], 3 heures ...La Bourdonnaye est revenu, mon cher ami. Je lui ai dit en l'adoucissant ce que vous disiez dans votre billet. » ↩