III. Au ministère des Affaires étrangères (suite)
Chateaubriand → [Général Guilleminot], 19 juillet 1823, Paris
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : H. Leclerc, 1917, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Paris ce 19 juillet 1823.
Je reçois votre lettre du 13, Général; je vois avec plaisir que vous avez reçu les miennes du 4, 6 et 8 juillet (1).
Tranquillisez vous sur la flotte angloise. Vous ne verrez que deux frégates qui viendront mouiller auprès de notre escadre, sous prétexte d'être aux ordres de Sir Wam A' Court (2), et de le transporter à Gibraltar, s'il veut y aller. Je ne crois pas que l'Angleterre veule (sic) délivrer le Roi et nous l'enlever: la prolongation de la guerre fait mieux son affaire. Cependant l'esprit de l'Angleterre est fort changé sur la guerre d'Espagne, et l'opinion nous est de jour en jour plus favorable.
Vous n'aurez point de Bombardes (3). Nous n'en avons
(1) Ce sont là des lettres à retrouver, et non les seules probablement, car la lettre du 12 juin commence par ces mots : « Je suis fâché, général, de vous importuner cone de par cos , ci dans
la Correspondance générale comme dans la Guerre d'Espagne on ne trouve aucune lettre adressée à Guilleminot entre celle du 23 mars et celle du 12 juin.
(2) Seul d'entre les membres du corps diplomatique, Sir William A' Court, ambassadeur du roi d'Angleterre en Espagne, avait suivi les Cortès et le Roi à Séville ; resté à Séville après leur départ pour Cadix, il y attendait les ordres de son gouvernement, prêt à descendre le Guadalquivir pour essayer de pénétrer dans Cadix ou pour se rendre à Gibraltar.
(3) Les Bombardes, ici, sont des bâtiments de guerre. Ce mot, aujourd'hui hors d'usage, a eu deux sens. Dans les débuts de l'artillerie, il désignait une grosse bouche à feu qui disparut au xvIº siècle. Ensuite il désigna de petits navires armés de canons, des galiotes à bombes. Dans la marine de la Restauration, la bombarde (d'ailleurs, semble-t-il, assez peu employée) est un bâtiment d'importance inférieure à celle de la prame, mais supoint, et il faudroit, dit-on, trois mois au moins pour en faire! Mais, vous aurez des projectiles, et j'espère que notre nouvel ambassadeur en Portugal pourra vous envoyer, ou même vous acheter, de petits bâtimens, des chaloupes canonnières : je lui ai donné l'ordre de vous seconder de tous ses efforts (1).
Je pense comme vous que Ballesteros seroit une immense conquête ; et vous ferez très bien de le détacher à tous (sic) prix, du parti des Cortès. J'insiste toujours pour jeter trois mois de vos dépenses dans Cadix: 30 ou 40 millions, ce n'est pas trop (pour en finir.
Je vous écris (sic) hier (2) pour vous dire que le G* Bordesoulle avoit pris de travers l'extrait de ma lettre, que vous aviez cru devoir lui envoyer (3). J'ai peur qu'il n'ait pas été plus content des autres. Ne nous divisons pas; vivons en paix, si nous voulons réussir.
Vous connoissez, Général, la sincérité de mon dévouement.
Chateaubriand.
Le Président du Conseil m'avoit demandé mes idées sur la suite de la guerre. Je lui ai donné la note ci-jointe. Elle doit être pour vous seul. J'espère que nous n'en serons pas da la li des noses, il au hu prévoir chin quand on
périeure à celle de la chaloupe canonnière. Cf. Jal, Glossaire nautique, Paris, 1848, et surtout Clerc-Rampal, Cours d'archéologie navale, professé en 1905-1906 (avec planches), et Destrem et Clerc-Rampal, Catalogue raisonné du Musée de Marine, Paris, 1909, p. 132-133 et p. 200.
(1) « Notre nouvel ambassadeur en Portugal » était Hyde de Neuville, grand ami de Chateaubriand; il venait de partir (15 juillet) pour rejoindre son poste par terre en s'arrêtant à Madrid; cf. Correspondance générale, t. IV, p. 311-312.
2) Encore une lettre à retrouver.
3) Il s'agit probablement ici de la lettre du 25 juin; cf. Cortitre « Au général *** »; M. Louis Thomas a publié ce premier paragraphe de Post-Scriptum dans la Correspondance générale, t. IV, p. 334.
Je viens de voir un espagnol qui a des relations à Cadix. Il existe dans cette ville un corps de contrebandiers composé de 4 à 5 mille hommes ; gens excellents pour un coup de main, et fort entreprenants. Ils sont bien organisés ; ont des chefs auxquels ils obéissent. Ces chefs sont aisés à gagner avec de l'argent, et mon espagnol m'assure que pour une somme de 50 mille piastres, ils enlèveraient le Roi et la famille Royale. Ce renseignement peut être utile1.
(1) Original autographe. Collection de Mme Victor Egger Pas de suscription ; mais l'attribution n'est pas douteuse quand on rapproche le texte de celui des autres lettres à Guilleminot. Pour la même raison. Guilleminot me paraît être aussi le destinataire de la lettre du 6 novembre 1823 publiée au tome V, p. 64-65, de la Correspondance générale. ↩