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L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand inédit Chateaubriand et la Bourdonnaye (suite)

Chateaubriand et la Bourdonnaye (suite)

Chateaubriand inédit · 3 min de lecture · p. II–12 · chapitre 8 sur 34

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : H. Leclerc, 1917, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Cependant, le lendemain matin 9, n'ayant reçu aucune nouvelle du Conseil des ministres, Chateaubriand reprit la plume en faveur de son ami dans un billet très ardent pour son protégé et très amical pour le Ministre : « ... Vous êtes-vous occupé hier dans le Conseil de La Bourdonnaye, et ai-je quelque chose à lui dire ce matin ?i2. Mais Villèle - ou le Roi - était resté inflexible, et Chateaubriand partit le 2 avril sans avoir rien obtenu et probablement sans espoir : le nom de La Bourdonnaye n'est pas prononcé dans un billet qu'au moment du départ il écrit en faveur de Bertin de Veaux et de quelques autres, il ne l'est pas davantage dans la lettre du 23 avril où, de Londres, la même liste est recommandée; il ne reparaît que dans une lettre du 30 avril où l'ambassadeur, après avoir rappelé la liste des amis en quête de places, ajoute mélancoliquement : « Arrangez La Bourdonnaye, si vous pouvez » (1).

2) lbid., t. II. p. 305. ↩

Villèle n' « arrangea » ni La Bourdonnaye ni les autres, au grand déplaisir de leur patron2, mais il déclare dans ses Mémoires que ce qu'il n'a pas fait pour ceux que Chateaubriand recommandait, il l'a fait pour Chateaubriand lui-même en l'appelant au Ministère malgré la « répugnance » du Roi3.

(2) Cf. ces lignes de Chateaubriand dans une lettre du 6 juin 1822 à Mme de Duras (Correspondance générale, t. 1I1, p. 113) : « ... Je n'ai qu'une crainte, qu'une seule crainte : une division dans le côté droit. Delalot doit être très mécontent. Bertin de Veaux, qui l'inspire et lui donne les idées qu'il n'a pas, est aussi très peu satisfait ; La Bourdonnaye, Donnadieu, Bouville sont emportés ou hargneux; mon ami Laisné a une ambition rentrée et un amour propre rentré. Voilà les éléments du mal. » ↩

(3) Villèle, Mémoires, t. III, p. 6. ) Mémoires d'Outre-Tombe, édition Biré, t. IV, p. 334. ↩

Chateaubriand ministre, pas plus que Chateaubriand ambassadeur, ne réussit à servir ses amis ; d'ailleurs, s'il faut l'en croire (et c'est un épisode sur lequel je reviendrai plus loin), La Bourdonnaye lui aurait témoigné au moment de son entrée au ministère une défiance peu encourageante. On sait aussi que la carrière du Ministre ne se prolongea guère et qu'il fut chassé brutalement, le Roi ayant, un matin (6 juin 1824), exigé son renvoi immédiat, sans que Villèle ait osé défendre sa cause. Renvoyer Chateaubriand, c'était confirmer ou ramener dans l'opposition bon nombre d'ultras, parmi lesquels La Bourdonnaye; c'était aussi, en la personne de Chateaubriand, taire d'un « ami sincère » un « ennemi irréconciliable » (4), et qui ne tarda pas à en donner la preuve. « Peu de temps après, dit Villèle, on vit Mme de La Bourdonnaye dans le journal l'Aristarque et Mme de Chateaubriand dans les Débats prendre le premier rang parmi les plus ardents démolisseurs des Bourbons »1. Dans le Journal des Débats la polémique de Chateaubriand, commencée le 21 juin 1824, se prolongea jusqu'au 18 décembre 1826. A cette dernière date elle était ralentie depuis plusieurs mois, car Chateaubriand, pressé par ses besoins d'argent, avait traité avec le libraire Ladvocat pour l'édition de ses Œuvres complètes, et y donnait tous ses soins. C'est alors que La Bourdonnaye essaya de se l'adjoindre dans la rédaction de l'Aristarque, probablement à l'occasion du célèbre projet de loi sur la police de la presse déposé le 29 décembre 1826 par M. de Peyronnet, ministre de la Justice, projet aussi odieux à Chateaubriand qu'à La Bourdonnaye. Mais Chateaubriand se sentait retenu par ses engagements avec Ladvocat et sans doute aussi par les liens d'amitié qui l'attachaient au Journal des Débats, liens d'autant plus étroits qu'il venait d'envoyer à ce journal une lettre dans laquelle il protestait contre le malencontreux projet de loi (lettre du 3 janvier 1827 publiée dans le numéro du 4 janvier). Il ne crut donc pas pouvoir accepter l'offre de La Bourdonnaye et répondit par la lettre suivante où, après avoir dit ses excuses et ses regrets, il termine par un appel à l'union et par de délicats compliments.

(1) Correspondance générale, t. III, pp. 2, 40, 5g. Cf. aussi p. 250 (lettre du o octobre 1822, recommandations à Villèle au moment ou Chateaubriand part de Paris pour Vérone): « Hyde de Neuville vous parlera de La Bourdonnaye et de Bouville. » ↩