En marge de l'ambassade de Londres (1822) (suite)
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : H. Leclerc, 1917, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Du Plessis-Parscau obtint-il la direction des mouvements du port de Brest? On voit seulement dans son dossier, sans plus de détail, qu'il fut « employé aux services du port du 1e janvier 1815 au 26 juillet 1816» (le temps des Cent-Jours excepté, bien entendu), et à partir du 27 juillet 1816 appelé au commandement de la Compagnie des Elèves de la Marine à Brest, poste pour lequel il avait été désigné dès le re mai et qu'il garda onze années durant1.
(1) Le Maréchal de Castries, ministre de la Marine du 7 juin 1700 au 24 août 1707, avait établi en 1704 trois « Compagnies des Elèves de la Marine » et leur avait fixé pour résidences les ports de Brest, Toulon et Rochefort. C'était le premier essai d'une véritable nicole navale substituée à l'ancien corps des « gardes-marine ». Ces derniers, disséminés sur les divers vaisseaux de la flotte et faisant leur apprentissage comme bons à tout faire, n'étaient pas des élèves soumis à une même discipline et réunis en compagnie ou en école. ↩
Le commandement de la Compagnie des Elèves de la Marine à Brest (c'est aujourd'hui celui de notre Ecole navale) convenait à du Plessis-Parscau, officier de haute valeur morale et de dévoûment absolu, mais il lui fut fort coûteux. Le 28 mai 1822, le marquis de Clermont-Tonnerre, ministre de la Marine du 14 décembre 1821 au 3 août 1824, adressait un rapport au Roi, qui l'approuva, proposant d'accorder à du Plessis-Parscau une somme de 1 200 francs « à titre d'indemnité et comme témoignage de satisfaction, cet officier s'étant cru obligé à des dépenses de représentation extraordinaire en réunissant souvent à sa table les Elèves de la Marine afin de les entretenir dans les sentiments honorables dont il est lui-même pénétré » Le 10 juin de la même année, le marquis de Lauriston, ministre de la Maison du Roi, envoie à Clermont-Tonnerre une Note remise par M. de Villèle le 22 mai en faveur de du Plessis-Parscau (1) : cet officier a 10000 francs de dettes dont le terme est échu, il a trouvé prêteur pour 3 60o francs, et pour le reste il demande un secours ; mais, la liste civile étant déjà bien chargée, la Maison du Roi renvoie l'affaire à la Marine comme plus qualifiée pour en décider. Clermont-T'Tonnerre, qui ne se refusait pas à payer les déjeuners ou dîners pendant lesquels le Commandant des Élèves exerçait sur ceux-ci dans l'intimité de sa table une influence salutaire, fit renouveler en 1823 l'indemnité de 1 200 francs, mais aucune pièce du dossier ne laisse voir ou supposer que le ministre de la Marine ait consenti en 1822 à grever le budget de son ministère des 6400 francs de dettes que la liste civile ne voulait point acquitter; ce refus est sans doute l'origine de la plainte dont Chateaubriand, à la date du 28 juin, prie un de ses correspondants de se faire l'interprète auprès de Clermont-Tonnerre.
On remarquera dans la même lettre une autre plainte, celle-ci portant sur l'ensemble de l'administration centrale de la Marine, administration hostile aux officiers que la Révolution et l'Empire avaient écartés du service. Ici l'explication est dans une lettre que du Plessis-Parscau adresse à Charles X le 15 mai 1825 pour lui demander, à l'occasion du couronnement prochain (29 mai), le grade de contre-amiral : « Une prévention peu fondée, j'ose le dire, contre la capacité de la plupart des fidèles sujets de votre Majesté qui furent réintégrés dans la Marine à la Restauration, les fit écarter presque tous du service de mer. Une ordonnance subséquente du 31 octobre 1819, semblant militer contre eux seuls, leur ferma la porte à tout avancement, en exigeant des conditions nouvelles qu'on ne leur permit plus de remplir. » Ainsi parlait du Plessis-Parscau en 1825. Dès 1815, nous l'avons vu souhaiter un emploi actif' à la mer plutôt que les travaux obscurs d'un port de guerre : ce souhait était une preuve de son zèle, mais en haut lieu on jugeait sainement en employant sur terre des officiers qui, au cours de nombreuses années d'exil, avaient perdu l'habitude de la mer et de ses dangers. En effet, les officiers admis à rentrer dans le service à la mer, et que le langage courant désigna sous le nom de rentrants, n'avaient pas tardé en général à faire preuve d'une infériorité notoire: tel ce M. de Chaumareix qui, conduisant au Sénégal la frégate La Méduse, causa la perte de ce navire en le laissant buter contre le banc d'Arguin où il s'échoua (2 juillet 1816); son impéritie, outre qu'elle inspira plus tard à Eugène Sue un de ses romans maritimes, La Salamandre (1832), valut très vite à la France un chef-d'œuvre qui a fait époque dans l'histoire de la peinture, le Radeau de la Méduse, par Géricault, exposé au Salon de 18191, mais en même temps elle ne fut pas sans influence sur cette ordonnance du 31 octobre de la même année, dont du Plessis-Parscau rappelait avec amertume les conséquences à Charles X en 1825. Quoi qu'il en soit; voici enfin la lettre de Chateaubriand origine de cette exégèse :
(1) Il est vraisemblable que cette Note avait été inspirée à Villèle par Chateaubriand ou par Mme de Chateaubriand. ↩
(1) Cf. Charles Clément, Géricault, Paris, Didier, 1868, in-8, p. 119-120.