Première partie
VII
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris La Pensée française, 1922, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Et les amours se suivaient. Ou plutôt se chevauchaient dans ce cœur rebelle au chômage, toujours avide de flamber. Et ces amours s'avéraient plus tendres, plus éternelles (disait-il) les unes que les autres. Amours, on l'a vu, mondaines et particulées de préférence.
De cette jolie duchesse de Mouchy (fille du banquier Laborde, épouse en 1790 d'un Noailles), on a tenu longtemps le nom voilé. René affirme que c'était la seule femme qu'il eût vraiment aimée... Une enchanteresse, qui lui a cédé tard... Il en parlait avec ravissement. Quel amant n'est ravi de son idole?
Donc, la belle Nathalie de Noailles (elle ne fut Mouchy qu'en 1816, à la mort de son beau-père) attendait à Grenade le Pélerin de Jérusalem. Elle voyageait d'ailleurs depuis six mois en Ibérie avec ses enfants, et consacra deux mois entiers à la vieille et belle cité cont elle croquait les monuments, l'imagination exaltée par le style mauresque. Si l'on en croit Mme de Boigne, c'est en Espagne qu'elle apprit la mort d'un certain colonel L... dont elle avait, avant qu'elle aimât René, accepté les soins assidus. De sorte que le voyageur la trouva en deuil et pleurant un amour défunt, au lieu de la trouver joyeuse et souriante à l'amour nouveau-né. Mais elle se consola vite. Elle prétendait avoir la malchance, a peine un ami trouvé, d'en rencontrer un autre qui lui plaisait davantage. Elle aima tant d'ailleurs, ardente, chouanne et volontiers conspiratrice, qu'elle en perdit la raison. Folie déchirante plutôt que violente, écrivait Mme de Duras à Mme Schwetchine. Délire de persécution. Elle valait mieux que sa conduite. Elle se savait mal jugée et sa fierté s'en blessait. Au bref, une malheureuse. Pauvre Mouche! l'appelait gentiment René. Mais au temps des amours, vibrante, trop nerveuse, « avec je ne sais quoi, sourit G. Pierredon, qui me donne par avance une sorte d'image et d'annonciation de cette jeune femme d'un autre sang qui porte aujourd'hui avec gloire le même nom qu'elle i. Spirituelle, elle mettait en feu le cœur, la chair et l'esprit du grand romantique. Il en fit la Blanca du Dernier Abencérage et lui dédia cette « romance de l'Esclave » dont la dernière strophe est si bien tournée.