Première partie
III
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Lyon : E. Vitte, 1907, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
« Le comte Charles d'Hautefeuille, le baron de Saint-Marsault-Chatelaillon et le chevalier de Chateaubriand, qui précédemment avaient eu l'honneur d'être présentés au Roi, ont eu, le 19, celui de monter dans les voitures de Sa Majesté, et de le suivre à la chasse. »
Monter dans les carrosses du roi, c'était quelque chose ; mais le frère de Chateaubriand rêvait mieux encore pour lui : il s'agissait de le faire attacher à l'ordre de Malte, au moyen de quoi le chevalier jouirait de gros bénéfices. « Ce fut, dit-il, à cette époque (1788), que mon frère, suivant toujours ses projets, prit le parti de me faire agréger à l'ordre de Malte. Il fallait pour cela me faire entrer dans la cléricature : elle pouvait m'être donnée par M. Cortois de Pressigny, évêque de Saint-Malo. Je me rendis donc dans ma ville natale... Comme Mme de Chateaubriand était une véritable sainte, elle obtint de l'évêque la promesse de me donner la cléricature; il s'en faisait scrupule: la marque ecclésiastique donnée à un laïque et à un militaire lui paraissait une profanation qui tenait de la simonie. M. Cortois de Pressigny, aujourd'hui archevêque de Besançon et pair de France1, est un homme de bien et de mérite. Il était jeune alors, protégé de la reine, et sur le chemin de la fortune, où il est arrivé plus tard par une meilleure voie : la persécution. Je me mis à genoux, en uniforme, l'épée au côté, aux pieds du prélat ; il me coupa deux ou trois cheveux sur le sommet de la tête ; cela s'appela tonsure, de laquelle je reçus lettres en bonne forme.. »
(1) Chateaubriand a écrit cette partie de ses Mémoires en 1821. ↩
La pièce justificative de ce récit a été retrouvée par M. Cunat dans le registre destiné à enregistrer « les dispenses, démissoires, lettres d'ordres, synodes, délibérations du clergé du diocèse, et généralement les expéditions quelconques du secrétariat de l'évêché. »
Voici le texte de cette pièce, en marge de laquelle sont écrits ces mots : 16 décembre 1788, lettre de tonsure pour M. de Chateaubriand :