Julie a été arrêtée la veille, jour de l’exécution de Marie-Antoinette. Lucile refuse d’abandonner sa belle-sœur. Elles seront détenues à Fougères puis à Rennes jusqu’au 5 novembre 1794.
Le registre d’écrou de la maison d’arrêt du château de Fougères porte Julie de Farcy le 16 octobre 1793, Céleste et Lucile le 17. Le 14 frimaire an II (4 décembre 1793 ; « 3 décembre » dans le catalogue de 1948), les trois femmes sont conduites de la Tour-le-Bat au Bon-Pasteur de Rennes (livre d’écrou du Bon-Pasteur). Une pétition de la citoyenne Debroise confirme que Lucile s’est constituée prisonnière (catalogue de l’exposition de la Bibliothèque nationale, 1948) :
« Lucile s’est rendue d’elle-même prisonnière pour accompagner sa belle-soeur qui n’est qu’une enfant […] »
Pétition de la citoyenne Debroise, 1793-1794 (catalogue de l’exposition de la Bibliothèque nationale, 1948).
Le 26 mars 1794, un médecin du Bon-Pasteur, de la Hardrouyère, certifie l’état de santé de Lucile, qu’il soigne depuis six semaines.
Avant l’arrestation (d’après Georges Collas, « Les Jours douloureux de la femme et des sœurs de Chateaubriand (1792-1794) », Annales de Bretagne, 1949) : après les massacres de septembre 1792, que Mme Ginguené leur a fait passer chez elle, Julie, Lucile et Céleste obtiennent des passeports et quittent Paris pour Fougères ; elles s’installent à l’hôtel de Farcy, « sous la main de la nation » depuis l’émigration du comte. Le 15 octobre 1792, les commissaires viennent en dresser l’inventaire : le domestique Augustin Pilorge les reçoit, Mme de Farcy est alitée, les meubles sont laissés à sa garde, sous la caution de Lucile. Le 28 octobre, Julie obtient la séparation de biens, qu’une loi annule bientôt. Le 3 janvier 1793, Céleste, qui n’a pas dix-neuf ans, est interrogée par le comité de surveillance.
L’arrestation et les prisons : le 16 octobre 1793, les commissaires du comité de surveillance de Fougères arrêtent Julie et la conduisent à la maison d’arrêt du château ; le 17, Céleste, et Lucile qui demande à la suivre. Zoé de Farcy est recueillie par Mme de Marigny. À l’approche des Vendéens, le district envoie les suspects à Rennes : le 26 octobre, un garde national à cheval remet le convoi au geôlier de la Tour Le Bât. Le registre d’écrou du Bon-Pasteur, prison de femmes ouverte dans l’ancien couvent, commence le 14 frimaire an II (4 décembre 1793) ; les trois Chateaubriand en tête de liste. Collas date le transfert du 9 frimaire (29 novembre), d’après des sorties inscrites dès le 10.
De la Tour Le Bât, trois demandes d’élargissement, sans date ni signature, sont conservées aux Archives d’Ille-et-Vilaine (L 1483) :
« Leur arrestation a même cela de particulier qu’il n’y a aucun ordre touchant la citoyenne Lucile : elle n’a pas voulu abandonner sa jeune belle-sœur par la tendresse particulière qu’elle lui porte. »
Pétition « Aux citoyens composans le Comité de Salut Public de Rennes », 1793, publié par Collas (1949).
« […] elles se trouvent toutes trois presque dénuées de tout; elles sont sans hardes, sans linge et ne connaissent personne […] »
Même pétition.
« La citoyenne Buisson est roturière; elle n’a que 18 ans, elle n’a paru coupable que parce que son mari est noble […] »
La citoyenne Debroise au citoyen Le Mage, publié par Collas (1949).
Les trois femmes offrent d’être gardées chez une parente de Rennes, la citoyenne Savarière. Le 4 ventôse an II, le comité de surveillance de Rennes refuse : elles sont « parentes d’émigrés » et tombent sous la loi des suspects (Collas imprime « 2 février 1794 » ; le 4 ventôse an II correspond au 22 février). En mars, Lucile est malade ; le médecin du Bon-Pasteur certifie :
« Je soussigné, médecin de Montpellier, atteste que la citoyenne Lucile Chateaubriand que je traite au Bon Pasteur depuis six semaines a une humeur considérable fixée depuis longtemps à la tête […] »
Certificat du médecin de la Hardrouyère, Rennes, 6 germinal an II (26 mars 1794), publié par Collas (1949).
Le même mois, le mobilier de l’hôtel de Farcy est vendu et l’hôtel affermé. Le 7 avril 1794, une pétition de vingt-sept citoyens de Fougères, réunie par Mme de Chateaubourg, et une attestation de la municipalité restent sans effet.
Ni la Tour Le Bât ni le Bon-Pasteur ne sont le château de Combourg : les Mémoires (livres III, chapitre 9, et X, chapitre 8) disent qu’il avait été question de les y enfermer, « devenu forteresse d’État ». Collas montre que la municipalité de Combourg proposa seulement, le 2 novembre 1793, d’y loger ses propres détenus, et que la proposition n’eut pas de suite.