Lettres inédites a m. Clausel de Coussergues. « Notre meilleur ami (suite)
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Feret et Fils;Champion, 1888, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Il se peut que l'amie de Mme de Duras, à Lausanne, dont Mme de Chateaubriand demandait l'adresse, soit cette dame de Cottens dont il est question dans les Mémoires d'outre-tombe1 :
(1) Mémoires d'outre-tombe, t. IV, p. 327. ↩
« Mme de Chateaubriand, étant malade, fit un voyage dans le midi de la France, ne s'en trouva pas bien, revint à Lyon où le docteur Prunelle la condamna. Je l'allai rejoindre; je la conduisis à Lausanne où elle fit mentir M. Prunelle. Je demeurai à Lausanne tour à tour chez M. de Sivry et chez Mme de Cottens, femme affectueuse, spirituelle et infortunée.i
Mme de Chateaubriand était à Lausanne le 20 mai 1826. Elle écrivit de cette ville, et ce même jour, à Mme Récamier, pour la remercier de s'être intéressée « à sa pauvre protégée, Mme Jonquier. C'est une sainte, ajoutait-elle, et qui priera Dieu pour vous. Vous avez fait le bonheur d'une famille entière et des plus honnêtes gens du monde. » - « Me de Chatcaubriand revint à Paris dans le courant de ce mème été1. »
(1) SouD. et Cor. de Mme Récamier, t. II, p. 214-215. ↩
Quelque éloquence était de mise dans une pièce destinée à passer sous les yeux de l'évêque d'Hermopolis. Mme de Chateaubriand s'y élève sans effort : elle en trouve le secret dans les inspirations de sa belle âme. D'une plume toujours libre et légère, elle effleure nombre d'arguments, les plus propres à gagner l'éloquent prélat et à être redits, par le ministre, au roi très chrétien. Quelle suite fut donnée à la lettre?
J'ai supposé qu'après avoir lu ce petit chef-d'œuvre, le lecteur poserait nécessairement la question.
Le grand nom de Massillon double la curiosité.
Voici les renseignements, très précis et très précieux, qui m'ont été adressés de Toulon, sous des dates diverses. Je les rassemble en les dégageant de tout détail étranger :
« Vous ne sauriez croire l'émotion que m'a causée votre lettre, non seulement par ce que vous me dites, concernant le séjour de Mm de Chateaubriand dans mon pays natal, mais surtout parce que j'appartiens à cette famille Massillon, recommandée si chaleureusement à Mer de Frayssinous.
« J'ai entendu raconter que M&" de Forbin-Janson revenant de faire un pèlerinage à Jérusalem, en 1820, s'arrêta dans notre ville dont il connaissait beaucoup le curé, M. de Laforest.
« Invité par son ami et ancien collaborateur de mission, à monter en chaire, on se souvient encore qu'il dit au milieu de son sermon : « Une femme supérieure, incomparable, etc., est parmi vous et vous ne la connaissez pas. C'est la femme de l'auteur de génie qui a écrit l'Itinéraire de Paris à Jérusalem, beau livre dont je vous conseille la lecture; c'est Mme de Chateaubrrriand. » Les vieux n'ont pas oublié que Mer de Forbin faisait beaucoup sonner les r.
« On pense que ce fut sur les conseils de M. de Jeffrier, directeur des contributions indirectes, à Toulon, que Mme de Chateaubriand choisit La Seyne pour essayer d'y rétablir sa pauvre santé. M. de Jeffrier venait, de Toulon, les jours de beau temps, promener son amie malade. Mon père, qui vit encore et avait dix-neuf ans en 1826, se rappelle avoir rencontré bien des fois Mme de Chateaubriand appuyée au bras de M. de Jeffrier. Celui-ci avait alors environ soixante ans. Sa fille a épousé M. Duroch, bras droit de l'amiral Dumont d'Urville pendant le voyage d'exploration de l'Astrolabe.
« Mme de Chateaubriand connut à La Seyne les familles des deux frères Vincent Massillon et Jacques Massillon.
« Vincent Massillon habitait cours de La Seyne, à deux portes de Mme de Chateaubriand. Il avait deux filles et un fils, nommé Joseph, qui passa, de la marine marchande, dans la marine de l'État, le r°r Juin 1826. La date est à remarquer : je la souligne. Peu à peu, Joseph a conquis les quatre galons d'or de capitaine de frégate et la rosette d'officier dela Légion d'honneur. Il a même commandé en Chine. Il est mort en bon chrétien, sur notre paroisse, en 1877.
« Jacques Massillon avait deux fils, François et Bernardin : ce sont les deux Massillon que Mme de Chateaubriand recommandait à Mer l'évêque d'Hermopolis. Bernardin, le plus jeune, né le 7 septembre 1811, s'embarqua comme mousse le 20 mars 1827 : il ne fit que végéter dans la marine et eut une triste fin : il se noya en tombant accidentellement du bateau pêcheur le Kensington, dans la baie de Chesupeake, le 4 avril 1845.
« François, objet direct de la demande de Mme de Chateaubriand, fut admis comme écrivain de la marine, le 1er Mai 1826 : il remplaça mon père au bureau des inscriptions maritimes, dont le directeur était M. Cruveiller, intime ami de Me de Chateaubriand. François est arrivé au grade de sous-commissaire de la marine, avec les trois galons. Cher oncle et parrain ! j'ai eu la douloureuse consolation de l'administrer, l'an passé, à pareil jour (20 décembre 1885). Le 22 du même mois, il est mort à Marseille.
« Bien conseillés, grâce à Mme de Chateaubriand, et protégés en haut lieu, les deux cousins, sinon les deux frères, ont donc fourni une carrière honorable.
» Mme de Chateaubriand était logée cours de La Seyne, actuellement cours Louis Blanc, près des Pères Maristes, dans une maison à trois étages. Les trois fenêtres de chaque étage sont ornées de têtes ou figures en saillie. La maison appartenait à Mm Esclapon-Riquier, sœur de cette dame Jonquier en faveur de laquelle Mme de Chateaubriand écrivit aussi, de La Seyne, à Mme Récamier. M. Esclapon et M. Riquier se rattachaient, comme les Massillon, venus d'Hyères, à l'ancienne bourgeoisie de la contrée, totalement ruinée par la révolution et par les guerres de l'Empire1. »
(1) Lettres de M. l'abbé Daniel, docteur en théologie, vicaire à Saint-Joseph, Toulon. ↩
Ce n'est plus à l'ami Clausel que sont adressés les deux billets suivants : on s'en aperçoit dès les premiers mots, et au changement de ton ; c'est à son frère, l'abbé de Clausel, membre du conseil royal de l'instruction publique. On a vu plus haut, par suite de quelles circonstances il vint à Rome. Il s'y trouvait à la mort de Léon AII, et fut choisi pour conclaviste par le cardinal de Clermont-Tonnerre. Au bout d'un an d'absence, il reprit ses fonctions au Conseil de l'instruction publique, mais pour peu de temps. Il donna sa démission en 1830. « Peu d'hommes, dit la Biographie Universelle1, ont eu plus d'agrément dans l'esprit. Sa conversation brillante et pleine de saillies avait un attrait tout particulier. Mais ses saillies étaient tempérées par la droiture du jugement et par ses excellentes qualités. - Après le Concordat de 1802, il fut nommé grand vicaire d'Amiens, mais il résida presque constamment à Beauvais, et il était chargé de l'administration spirituelle du département de l'Oise, qui alors faisait partie du diocèse d'Amiens. Il occupa ce poste pendant vingt ans, sauf dans le court intervalle des Cent-jours, où il se retira en Belgique. En 1822, l'évêque d'Hermopolis, son ami, ayant été fait grand-maître de l'Université, l'appela au Conseil de l'instruction publique, en le chargeant spécialement des facultés de théologie, des aumôniers de college, etc... »
(1) Michaud. ↩