Lettres inédites a m. Clausel de Coussergues. « Notre meilleur ami (suite)
[Mme de Chateaubriand] → [Abbé de Bonnevie], 11 juillet 1840
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Feret et Fils;Champion, 1888, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Voir le fac-similé.
« Vous dites donc, mon cher chanoine, que je ne vous écris ni ne vous réponds : heureusement que vous avez eu la bonté, ou plutôt la méchanceté de lire quelques lignes de ma dernière lettre à Mer l'évêque de Gap1, autrement je m'en prendrais à la poste...
(1) L'abbé Rossat, né à Lyon le 8 décembre 1789, devint curé de la Primatiale et chanoine titulaire, puis fut sacré évêque de Gap le 14 février 1841, en remplacement de Mgr de La Croix d'Azolette, promu archevêque d'Auch par ordonnance royale du 4 décembre 1839. Mgr Rossat fut préconisé évêque de Verdun en 1844. Il est mort en 1867. ↩
« Le voyage d'Italie est manqué. Nous ne voyageons plus qu'en projets; nous devenons paresseux et nous ne nous aimons plus que la où il nous reste encore quelques amis. Le nombre, mon bon abbé, est bien diminué. Le vieux Clausel est allé planter des arbres qu'il ne verra pas croître. Mais il avait la passion de mourir dans son castel, où il sera enterré en seigneur de paroisse; les paysans, grâce à leur ignorance, étant restés sauvages au point de faire plus de cas d'un boisseau de pommes de terre que de la sainte égalité.
« Ce qui me fait regretter de ne pas aller à Rome, c'est que cela nous empêche d'aller à Lyon. Nous nous faisions une si grande fête de vous revoir et d'aller manger l'excellent potage de Berthe. Vous ne parlez pas de cette bonne fille; il paraît qu'elle est devenue tout à fait infirme : c'est un vrai chagrin pour nous, - et pour elle qui, j'en suis sûre, plaint moins son mal que le malheur de ne plus pouvoir vous soigner et vous gronder à son gré. Dites-lui, je vous prie, que je veux la trouver gaie et gaillarde comme jadis, quand nous irons cette année, ou l'année prochaine, lui demander a dîner.
« Adieu, notre vieil ami, vous savez que personne ne vous est aussi tendrement et aussi sincèrement attaché que nous. Vous savez aussi que je vous écris et que vos reproches sont injustes. »