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L'Enchanteur 1768—1848
Madame de Chateaubriand, lettres inédites à M. Clausel de Coussergues Lettres inédites a m. Clausel de Coussergues. « Notre meilleur ami (suite)

Lettres inédites a m. Clausel de Coussergues. « Notre meilleur ami (suite)

Madame de Chateaubriand, lettres inédites à M. Clausel de Coussergues · 4 min de lecture · p. 105–108 · chapitre 80 sur 81

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Feret et Fils;Champion, 1888, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Chateaubriand

Amitié! Ce mot sur lequel s'arrêta la main vite lassée de Chateaubriand, ferme et résume la correspondance de sa femme avec M. de Clausel.

A voir ainsi rapprochés et comme associés les noms des deux époux au bas de la dernière lettre, ne dirait-on pas d'une double signature au terme d'une œuvre accomplie en collaboration ?

Image et symbole; rien de plus. A défaut de collaboration textuelle, il y avait communauté parfaite de sentiments. Pouvait-il en être autrement? Les premiers, les plus intimes amis de Chateaubriand, voilà quels furent les amis préférés, les seuls amis de sa femme.

Que si, par une coïncidence étrange, le mot final à M. de Clausel émane de Chateaubriand, ne l'oublions pas, c'est à la sollicitation, avec la plume, et sur le papier même de Mme de Chateaubriand qu'il fut écrit.

Entre Chateaubriand et ses amis de jeunesse, c'est elle qui fut le lien doux et fort, le vivant souvenir.

Oui, Chateaubriand continuait de les aimer, du moins les vrais intimes. Mais, soit excès de travail ou fièvre d'ambition, soit plus tard indolence, songeries, infirmités physiques, peut-être aussi parce qu'il savait sa femme toujours empressée aux soins de l'amitié, il laissait à la fine plume dont il s'était approprié avec orgueil maintes pages, la douce tâche de correspondre pour deux.

Quand les amis recevaient de Mme de Chateaubriand la réponse qu'ils attendaient de lui, en vérité, avaient-ils tant à se plaindre de la substitution ? Auraient-ils trouvé, dans les lettres du génie, si éloquentes fussent-elles, l'esprit avec l délicatesse, la grâce armée de piquant, la gaieté légère, les traits soudains, les jolis mots, les mille riens exquis, la vibration de cœur et d'âme qui les charmaient dans les lettres de Mme de Chateaubriand ?

Il est vrai : la constance de Chateaubriand n'était pas au bout de sa plume. Au moins était-elle au fond de son cœur. S'adressant au juge le mieux renseigné en semblable matière, il ne craignait pas de se donner pour « constant et fidèle. »

Et cependant, négligés en apparence et sans nouvelles de Chateaubriand, les amis auraient eu le droit de se croire oubliés, - oui, même Joubert, même Fontanes, même Clausel, si Mme de Chateaubriand n'avait pas été là, près du grand rêveur, pour traduire une part de ses rêves en bonne et fine prose bien française, pour remettre en cours, a leur usage, avec mille variantes gracieuses le Combien j'ai douce souvenance du poète.

Amour et amitié se confondaient dans ce noble cœur.

Il ne tint qu'à Chateaubriand de voir dans les amitiés de sa femme une forme particulière de l'amour conjugal, flatteuse autant que délicate.

De même que la chrétienne explique l'épouse, de même l'épouse explique l'amie.

Un ami du bon M. de Clausel, et qui est aussi le mien, se trouvait au château de Coussergues quand arriva la dernière lettre de Mme de Chateaubriand. Ce fut une journée de bonheur. Il fallut la lire et la relire au vénérable aveugle. Sur son ordre, elle circula de main en main. Chacun en Icuant le tour aimable et spirituel, on voyait sur le beau visage du vieillard le plaisir que lui causaient ces louanges. Lui-même ne tarissait pas d'éloges.

Plusieurs années passées à Coussergues, sous le toit et dans l'intimité du cher ministre sans portefeuille de Mme de Chateaubriand, ont laissé à M. ***, de qui je tiens ces détails1, des souvenirs qu'il a bien voulu résumer en des lignes trop courtes.

(1) Confirmés par M. de Clausel, le 19 septembre 1887. ↩

Je suis heureux de m'effacer devant ce témoin hors de pair. Aussi bien, est-ce à lui que je dois l'honneur d'avoir reçu communication de la précieuse correspondance.

Que M. de Clausel, et, avec lui, notre ami commun, veuillent donc agréer ici l'expression de ma vive gratitude. J'aurais voulu la mieux témoigner, en me montrant moins indigne de leur confiance.

« J'ai beaucoup connu et fréquenté M. Clausel de Coussergues dans les dernières années de sa vie. C'était un noble et saint vieillard, bon par nature et affable avec tout le monde; aussi la population l'entourait-elle de son respect et de son affection. Devenu presque aveugle, il avait pour le servir et l'accompagner dans ses promenades une pieuse fille de la localité; elle était souvent remplacée dans cet office par les personnes amies qui venaient visiter le châtelain de Coussergues. On le voyait alors heureux de causer avec elles; il s'entretenait volontiers des hommes qu'il avait connus, des évènements auxquels il s'était trouvé mêlé, et il les jugeait sans amertume, mais avec une pleine indépendance. Le nom de Mme de Chateaubriand ramenait infailliblement un sourire sur ses lèvres, une rougeur d'émotion sur son visage. Il n'en parlait qu'avec une sorte de vénération, partagée par tous les siens; il conservait ses lettres comme un trésor.

«Avant de mourir, il voulut mettre à exécution la promesse faite pendant l'exil: grâce à ses soins, une jolie chapelle gothique, dédiée à Notre-Dame des Sept-Douleurs, s'éleva sur les bords de la petite rivière qui passe à Coussergues. Elle fut bénite par son frère Mgr Clausel de Montals, évêque de Chartres, en 1843, et, en 1846, elle reçut sa dépouille mortelle. »

Infirmerie de Marie therese