Lettres inédites a m. Clausel de Coussergues. « Notre meilleur ami (suite)
[Mme de Chateaubriand] → [Abbé de Bonnevie], 10 janvier 1841
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Feret et Fils;Champion, 1888, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
« Le 10 janvier 1841.
« Très cher abbé, où avez-vous pris que nous avions traversé Lyon sans mot dire? Le Rhône, qui n'a déjà que trop cheminé, arriverait à Paris, avant qu'il nous arrivât de saluer la tour de Saint-Jean sans aller vous embrasser. Nous n'avons pas quitté la rue du Bac. C'est notre beau neveu Louis qui est allé voir son frère à Turin, et qui, à son retour, vous aura brûlé, voulant arriver à temps pour voir Paris réduit en cendres, selon la prophétie à l'usage des royalistes pur sang. Heureusement, nous n'avons eu d'autres cendres que celles de Napoléon, qui n'étaient rien moins que chaudes en s'en allant au dernier gite, par un froid de dix degrés.
«Nous faisons toujours des projets de départ pour le printemps. Nous pensons à Rome ; mais la ville aux merveilles n'est pas merveilleuse pour s'y établir à demeure, ne pouvant, qu'à prix de ce qui nous manque, beaucoup d'argent, se procurer les aisances de la vie auxquelles les ans nous ont accoutumés, c'est-à-dire un bon lit, un dîner passable et un appartement tant soit peu confortable. Rien de moins poétique que tout cela ; mais si, à nos âges, ou peut encore admirer le Colisée, l'on veut aussi trouver son lit un peu moins dur que les briques de cette illustre ruine...
« Nous avons ici un horrible froid; l'hiver n'est pas ordinairement aussi cosaque, mais il aura voulu se mettre à la mode.
« Adieu, très cher abbé, M de. Chateaubriand et moi nous vous aimons comme de coutume, de toute la sincérité de notre cœur, »