Aller au contenu
L'Enchanteur 1768—1848
Jacques-Louis David, Madame Récamier (1800, inachevé), musée du Louvre

Personnes

Juliette Récamier

4 décembre 1777 – 11 mai 1849 ·

Née Bernard à Lyon, épouse du banquier Récamier, la femme la plus célébrée de Paris sous le Consulat, peinte par David et Gérard. Ils se voient pour la première fois en 1801 et se retrouvent auprès de Mme de Staël mourante, en 1817. Installée à l’Abbaye-aux-Bois après sa ruine (1819), elle devient la compagne de toute la seconde moitié de sa vie, malgré les orages de 1823. C’est dans son salon que sont lus les Mémoires en 1834. Elle lui survit dix mois.

En bref

Naissance4 décembre 1777 — Lyon
Mort11 mai 1849, « à dix heures du matin », du choléra, à la Bibliothèque (rue de Richelieu), dans l’appartement de son neveu par alliance Charles Lenormant, où elle s’était réfugiée (Lenormant).
SépultureCimetière de Montmartre (Wikidata).
LienL’amie de toute la seconde moitié de sa vie ; destinataire de la plus longue de ses correspondances ; un livre entier des Mémoires lui est consacré.
Première rencontre1801. Les Mémoires en donnent deux versions : Christian de Lamoignon le conduit chez elle (livre XIII, chapitre 7) ; ou il la voit « pour la première fois » chez Mme de Staël, qu’il était allé remercier de sa radiation (livre XXVIII, chapitre 18).
Seconde rencontrePrintemps 1817, au chevet de Mme de Staël mourante, quelques mois avant sa mort (14 juillet 1817) ; l’assiduité commence en 1818, à son retour d’Aix-la-Chapelle (Lenormant).
Lieux communsVallée-aux-Loups (elle la loue de moitié avec Mathieu de Montmorency, 1818) ; Abbaye-aux-Bois (1819-1849), où il vient chaque jour ; Rome (elle y séjourne en 1824 ; il y est ambassadeur en 1828-1829) ; Constance et Arenenberg (1832) ; Dieppe (étés).
ChantillyFin octobre, probablement en 1818 (Levaillant ; Mayer, dont le calendrier saute l’année 1818, laisse lire 1817) : le « secret » de la forêt, rappelé à mots couverts dans les lettres de Londres en 1822 et que Mme Lenormant a retranché ; voir l’enquête plus bas.
CriseSeptembre 1823 – mai 1825 : la passion pour Cordélia de Castellane ; Juliette part pour l’Italie le 2 novembre 1823 (pour la santé de sa nièce, selon Mme Lenormant) et revient à la fin de mai 1825.
Mariage refusé1847 : veuf, il lui offre de l’épouser ; elle refuse (Beaunier).
Correspondance684 lettres dans la Correspondance (70 écrites, 614 reçues). Une partie des lettres de Chateaubriand est publiée par Amélie Lenormant (1859) ; l’édition complète est postérieure (Levaillant, 1951).
Après luiElle lui survit dix mois ; presque aveugle, elle est dans la chambre de la rue du Bac à sa mort, le 4 juillet 1848, avec le comte Louis de Chateaubriand, l’abbé Deguerry et une sœur de charité, « quatre personnes seulement » (Lenormant, qui dément la présence de Béranger) ; Le Goffic, qui date la mort du 3 juillet, y ajoute Ampère et Béranger.
Dans les Mémoires286 mentions (relevé automatique) : livres VI (1) ; XIII (7) ; XXII (24) ; XXVI (1, 3) ; XXVII (11) ; XXVIII (9, 10, 18, 19, 20, 21) ; XXIX (1, 3, 11, 14, 16, 17) ; XXX (8 chapitres) ; XXXI (8) ; XXXIII (5, 10) ; XXXIV (6, 13, 15) ; XXXV (7, 18, 19, 20, 21, 22) ; livre « Madame Récamier ».
RéférenceWikidata Q236442

Lyon, la Déserte, Paris (1777-1793)

« Jeanne-Françoise-Julie Adélaïde Bernard naquit à Lyon, le 4 décembre 1777. Son père, Jean Bernard, était notaire dans la même ville […] »

Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage

Sa mère, Julie Matton, très jolie, a l’esprit des affaires et fait la fortune de la famille. En 1784, M. Bernard est nommé receveur des finances à Paris ; l’enfant reste à Villefranche chez une tante, puis entre en pension au couvent de la Déserte, à Lyon, où une autre sœur de sa mère est religieuse. Elle en garda toute sa vie la nostalgie, et Chateaubriand recopia dans les Mémoires les lignes qu’elle en avait écrites. Mme Lenormant les a retrouvées parmi ses souvenirs, qui furent brûlés à sa mort sur son ordre :

« C’est sans doute à ces vives impressions de foi reçues dans l’enfance que je dois d’avoir conservé des croyances religieuses au milieu de tant d’opinions que j’ai traversées. »

Juliette Récamier, fragment de ses souvenirs, cité par Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage

Un mariage de nom (24 avril 1793)

Jacques-Rose Récamier, né à Lyon en 1751, banquier à Paris, fréquente la maison Bernard. Il épouse Juliette en pleine Terreur ; elle a quinze ans, lui quarante-deux. Sa nièce et fille adoptive l’atteste sans l’expliquer :

« Ce lien ne fut, d’ailleurs, jamais qu’apparent; Mme Récamier ne reçut de son mari que son nom. »

Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage

« Ils se marièrent à Paris le 24 avril 1793. »

Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage

Mme Lenormant ajoute que M. Récamier « n’eut jamais que des rapports paternels avec sa femme ». Beaunier, en 1910, refuse d’entrer dans les explications « physiologiques » que d’autres ont avancées ; aucune source consultée ne les établit.

La rue du Mont-Blanc : la beauté du Consulat (1798-1805)

En octobre 1798, M. Récamier achète l’hôtel de Necker, rue du Mont-Blanc (aujourd’hui rue de la Chaussée-d’Antin, n° 7) ; c’est par cette vente que Juliette connaît Mme de Staël :

« M. Récamier était depuis longtemps en relation d’affaires avec M. Necker, il était son banquier ainsi que celui de sa fille; il acheta l’hôtel. L’acte de vente porte la date du 25 vendémiaire an VII. »

Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage

L’architecte Berthaut, aidé de Percier, le restaure et le meuble ; Jacob, l’ébéniste, exécute le mobilier :

« Chacune des pièces de l’ameublement, bronzes, bibliothèques, candélabres, jusqu’au moindre fauteuil, fut dessiné et modelé tout exprès. »

Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage

Le mobilier du salon de Madame Récamier, rue du Mont-Blanc, par Jacob frères (Paris, vers 1798 ; placage d'acajou) : guéridon, chaise longue, bergères, fauteuils, chaises, tabouret (musée du Louvre)
Le mobilier du salon de Madame Récamier, rue du Mont-Blanc, par Jacob frères (Paris, vers 1798 ; placage d'acajou) : guéridon, chaise longue, bergères, fauteuils, chaises, tabouret (musée du Louvre) — photo Rémi Vernier, musée du Louvre, 12 juillet 2024

Ce mobilier du salon est aujourd’hui au Louvre. C’est le temps où David la peint (1800, tableau resté inachevé) et où Gérard fait le portrait que le prince royal de Bavière demande à voir (1805, musée Carnavalet). Lucien Bonaparte, rencontré au printemps de 1799 dans un dîner à Bagatelle, est le premier d’une longue suite d’adorateurs éconduits (Lenormant).

Jacques-Louis David, Madame Récamier (1800, inachevé), musée du Louvre
Jacques-Louis David, Madame Récamier (1800, inachevé), musée du Louvre — Jacques-Louis David — Wikimedia Commons (Public domain)
François Gérard, Portrait de Juliette Récamier (1805), musée Carnavalet
François Gérard, Portrait de Juliette Récamier (1805), musée Carnavalet — François Gérard — Wikimedia Commons (CC0)

Première rencontre (1801)

Les Mémoires racontent deux fois la première rencontre, et ne s’accordent pas. Dans le livre XIII, Christian de Lamoignon l’introduit rue du Mont-Blanc :

« Christian de Lamoignon, mon camarade d’exil à Londres, me conduisit chez madame Récamier : le rideau se baissa subitement entre elle et moi. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 7. · Lire le passage

Dans le livre qui lui est consacré, il la voit d’abord chez Mme de Staël :

« J’allai remercier Mme de Staël, et ce fut chez elle que je vis pour la première fois Mme Récamier, si haut placée par sa renommée et sa beauté. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVIII, chapitre 18. · Lire le chapitre dans l'éd. Edmond Biré (autre rédaction)

La version longue de ce livre donne la scène entière : il était chez Mme de Staël, un matin, pendant qu’on l’habillait.

« […] entre tout à coup Madame Récamier vêtue d’une robe blanche ; elle s’assit au milieu d’un sofa de soie bleue ; Madame de Staël restée debout continua sa conversation fort animée et parlait avec éloquence ; je répondais à peine les yeux attachés sur Madame Récamier. Je me demandais si je voyais un portrait de la candeur ou de la volupté. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre « Madame Récamier » (version de 1839, donnée en appendice), chapitre 1. · Lire le passage

Il dit ne l’avoir revue que douze ans plus tard. Beaunier, d’après une note de Chênedollé, pense qu’il la revit dès 1802 dans le salon de Mme de Staël ; Sainte-Beuve place une seconde rencontre « en 1816 ou 1817 ».

La ruine, Coppet et le prince Auguste (1806-1807)

« En ce temps-là, une faillite dans la fortune de M. Récamier entraîna celle de sa femme. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVIII, chapitre 19. · Lire le chapitre dans l'éd. Edmond Biré (autre rédaction)

Mme de Staël l’attire à Coppet (1807). Le prince Auguste de Prusse s’y éprend d’elle et veut l’épouser :

« Le prince Auguste de Prusse, fait prisonnier à la bataille d’Eylau, se rendant en Italie, passa par Genève : il devint éperdument amoureux de Mme Récamier. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVIII, chapitre 19. · Lire le passage

Elle demande à son mari d’annuler leur mariage. M. Récamier répond qu’il y consentira si elle le veut, et ajoute un aveu que sa petite-nièce a recueilli :

« […] il exprimait même le regret d’avoir respecté des susceptibilités et des répugnances sans lesquelles un lien plus étroit n’eût pas permis cette pensée de séparation […] »

Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage

« […] elle le revit vieux, dépouillé de la grande fortune dont il avait pris plaisir à la faire jouir, et l’idée de l’abandon d’un homme malheureux lui parut impossible. »

Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage

Le prince, à qui elle n’ose pas dire non tout de suite, gardera l’espoir des années. En 1818, il commande à Gérard, pour elle, le tableau de Corinne au cap Misène, qui ornera sa chambre de l’Abbaye-aux-Bois (Lenormant).

L’exil : Châlons, Lyon, Rome, Naples (1811-1814)

En 1811, pour être allée voir Mme de Staël à Coppet, elle est exilée à quarante lieues de Paris, comme Mathieu de Montmorency :

« Les quarante lieues de distance de Paris furent maintenus. Madame Récamier se retira à Châlons-sur-Marne […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVIII, chapitre 21. · Lire le passage

Elle passe à Lyon en 1812, où le philosophe Ballanche se donne à elle pour la vie (Sainte-Beuve), puis en Italie de 1813 à 1814 : Rome, Naples, chez Murat et Caroline. À Lyon :

« […] elle visitait secrètement à Lyon les prisonniers Espagnols. Quand elle leur apparaissait en robe blanche, et les mains chargées de bienfaits, dans l’obscurité de leur geôle, ils la prenaient pour une vision. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre « Madame Récamier » (version de 1839, donnée en appendice), chapitre 12.

Madame Récamier visitant les prisonniers espagnols à Lyon : gravure sur acier d'Eugène Legenisel (vers 1819-1855) d'après Félix Philippoteaux (1815-1884), 1857-1859, pour une édition des Mémoires d'outre-tombe. Exilée à Lyon, « elle visitait secrètement à Lyon les prisonniers Espagnols » (Mémoires, livre XXIX)
Madame Récamier visitant les prisonniers espagnols à Lyon : gravure sur acier d'Eugène Legenisel (vers 1819-1855) d'après Félix Philippoteaux (1815-1884), 1857-1859, pour une édition des Mémoires d'outre-tombe. Exilée à Lyon, « elle visitait secrètement à Lyon les prisonniers Espagnols » (Mémoires, livre XXIX) — photo Rémi Vernier, 10 octobre 2026, exposition « La Vallée-aux-Loups et l'Abbaye-aux-Bois : les lieux d'un amour », Maison de Chateaubriand, Châtenay-Malabry

À Rome, en 1813, Canova fait son portrait. Selon Mme Lenormant, il « avait modelé son buste de souvenir » et elle s’en montra « peu satisfaite » ; il en fit la Béatrice de Dante, dont son atelier tira plusieurs marbres (cartel de la Maison de Chateaubriand).

Antonio Canova, Juliette Récamier en Béatrice, buste modelé de mémoire après le séjour romain de 1813
Antonio Canova, Juliette Récamier en Béatrice, buste modelé de mémoire après le séjour romain de 1813 — Antonio Canova — Wikimedia Commons (Public domain)
Atelier d'Antonio Canova, Tête idéale : Juliette Récamier en Béatrice, vers 1820, marbre. À Rome, en 1813, Canova avait modelé son portrait en terre cuite ; le modèle ne l'aimant pas, il en fit la Béatrice de Dante, dont lui et son atelier tirèrent plusieurs marbres (cartel de l'exposition)
Atelier d'Antonio Canova, Tête idéale : Juliette Récamier en Béatrice, vers 1820, marbre. À Rome, en 1813, Canova avait modelé son portrait en terre cuite ; le modèle ne l'aimant pas, il en fit la Béatrice de Dante, dont lui et son atelier tirèrent plusieurs marbres (cartel de l'exposition) — photo Rémi Vernier, 10 octobre 2026, exposition « La Vallée-aux-Loups et l'Abbaye-aux-Bois : les lieux d'un amour », Maison de Chateaubriand, Châtenay-Malabry

Revenue en 1814, elle voit Benjamin Constant s’éprendre d’elle (1814-1815) ; ses lettres sont citées dans le même livre des Mémoires.

Le dîner de 1817 : « mon ange gardien »

Au printemps de 1817, Mme de Staël, paralysée depuis février, reçoit encore à dîner ; elle ne peut paraître. Chateaubriand est placé à côté de Mme Récamier :

« Je ne la regardais point ; elle ne me regardait pas ; nous n’échangions pas une parole. Lorsque vers la fin du dîner, elle m’adressa timidement quelques mots sur la maladie de Madame de Staël, je tournai un peu la tête, je levai les yeux [et je vis mon ange gardien à ma droite.] […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre « Madame Récamier » (version de 1839, donnée en appendice), chapitre 22. · Lire le passage

(Les crochets sont dans le texte de l’édition : la proposition manque dans l’édition Biré, qui s’arrête à « je levai les yeux ».)

« Je craindrais de profaner aujourd’hui par la bouche de mes années un sentiment qui conserve dans ma mémoire toute sa jeunesse et dont le charme s’accroît à mesure que ma vie se retire. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre « Madame Récamier » (version de 1839, donnée en appendice), chapitre 22. · Lire le passage

Mme de Staël meurt le 14 juillet 1817. Il va voir Mme Récamier rue Basse-du-Rempart, puis rue d’Anjou :

« A la maison de la rue d’Anjou il y avait un jardin ; dans ce jardin un berceau de tilleuls entre les feuilles desquels j’apercevais un rayon de lune, lorsque j’attendais Madame Récamier […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre « Madame Récamier » (version de 1839, donnée en appendice), chapitre 22. · Lire le passage

Selon sa nièce, les visites ne deviennent assidues qu’en 1818 :

« C’est auprès du lit de douleur de Mme de Staël, et bien peu de mois avant la mort de cette femme illustre, que M. de Chateaubriand rencontra Mme Récamier; mais ce ne fut qu’en 1818, au retour des eaux d’Aix-La-Chapelle, où Mme Récamier avait retrouvé le prince Auguste de Prusse, que M. de Chateaubriand commença à venir assidûment chez elle. »

Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage

« […] il eut bientôt conquis la première place dans le coeur, ou tout au moins dans l’imagination de Mme Récamier. »

Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage

Ballanche et Mathieu de Montmorency, les amis plus anciens, en prennent ombrage. En 1818, elle traduit à la Vallée-aux-Loups, que Montmorency vient d’acheter et dont elle voulait partager l’acquisition (Herriot), le premier des Triomphes de Pétrarque, le Triomphe de l’Amour (cartel de la Maison de Chateaubriand).

Le Triomphe de l'Amour, chant premier : manuscrit de Juliette Récamier, [1818]. Encouragée par Ballanche, elle traduit à la Vallée-aux-Loups, avec Mathieu de Montmorency et Ballanche, le premier des Triomphes de Pétrarque (cartel de l'exposition)
Le Triomphe de l'Amour, chant premier : manuscrit de Juliette Récamier, [1818]. Encouragée par Ballanche, elle traduit à la Vallée-aux-Loups, avec Mathieu de Montmorency et Ballanche, le premier des Triomphes de Pétrarque (cartel de l'exposition) — photo Rémi Vernier, 10 octobre 2026, exposition « La Vallée-aux-Loups et l'Abbaye-aux-Bois : les lieux d'un amour », Maison de Chateaubriand, Châtenay-Malabry
« Madame Récamier à Aulnay près de Paris » : l'aile de la maison construite par Mathieu de Montmorency, propriétaire après Chateaubriand (lithographie de Champin d'après Auguste-Jacques Régnier, 1834, Société Chateaubriand, en dépôt à la Maison de Chateaubriand)
« Madame Récamier à Aulnay près de Paris » : l'aile de la maison construite par Mathieu de Montmorency, propriétaire après Chateaubriand (lithographie de Champin d'après Auguste-Jacques Régnier, 1834, Société Chateaubriand, en dépôt à la Maison de Chateaubriand) — photo Rémi Vernier, 10 octobre 2026, exposition « La Vallée-aux-Loups et l'Abbaye-aux-Bois : les lieux d'un amour », Maison de Chateaubriand, Châtenay-Malabry

Chantilly : l’enquête (octobre 1818 ?)

Aucun récit du séjour n’existe : ni les Mémoires, ni les Souvenirs d’Amélie Lenormant n’en parlent, et Mme Lenormant a retranché le nom de Chantilly des lettres qu’elle publiait (Beaunier). On ne le connaît que par les originaux, publiés par Édouard Herriot en 1904 et commentés par André Beaunier en 1910.

La date. Gilbert Mayer (Calendrier des déplacements de Chateaubriand, 1946) écrit que c’est « dans les derniers jours d’octobre » que Chateaubriand rejoint Mme Récamier à Chantilly, « où elle devint probablement sa maîtresse ». Sa phrase suit le paragraphe de 1817, mais son calendrier n’a pas de paragraphe pour 1818 (vérifié sur la page imprimée, p. 90) : l’année n’y est pas sûre. Maurice Levaillant, éditeur des lettres, écrit qu’en octobre 1818 la forêt « semble avoir abrité quelque merveilleux secret ». Les autres témoignages vont dans le même sens : en octobre 1817, Chateaubriand est chez ses amis du Perche, à Lonné le 8 et à Vorré le 15 (Mayer) ; la liaison ne commence qu’en 1818 (Lenormant, Herriot). Juliette, arrivée à Aix-la-Chapelle le 3 août 1818, écrit le 25 septembre : « nous partons décidément le 1er d’octobre » ; elle passe l’automne de 1818 à la Vallée-aux-Loups (Herriot). Octobre 1818 s’accorde avec tout cela ; aucun document daté ne le prouve.

Ce que disent les lettres de 1822. Ambassadeur à Londres, il écrit, dit-il, sous « la contrainte » et glisse Chantilly à la fin des lettres :

« N’oubliez pas la forêt de Chantilly. »

Chateaubriand à Juliette Récamier, Londres, 23 avril 1822 (ligne supprimée par Mme Lenormant), d’après l’original publié par Édouard Herriot, Madame Récamier et ses amis (1904 ; éd. de 1909), t. II. · Lire le passage dans André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand

« Je regrette tous les jours la petite cellule. Si j’y rentre jamais, je n’en sortirai plus. Et la forêt? Y venez-vous? »

Le même, Londres, 25 avril 1822, ibid.. · Lire le passage dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier

« Au nom du ciel, ne vous mettez pas dans la foule. Songez à Chantilly et écrivez-moi de manière à me consoler. »

Le même, 14 mai 1822, ibid. (Mme Lenormant a gardé la fin de la phrase, sans Chantilly). · Lire le passage

Juliette, jalouse, lui reproche « d’oublier Chantilly » (Beaunier, Levaillant). Il répond le 11 juin :

« Oublier Chantilly? Ne vous en ai-je pas plusieurs fois parlé; mais vous étiez dans vos grandes injustices. Oui, j’irai; mais tiendrez-vous vos promesses? Si vous me trompiez alors, ce serait la dernière fois de votre vie. Ainsi, c’est à vous à prononcer. Fixez le mois, le jour, l’heure; je serai au rendez-vous […] »

Chateaubriand à Juliette Récamier, Londres, 11 juin 1822, cité par André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand, 1910. · Lire le passage

(L’original, selon Herriot, porte « tiendrez-vous promesses ».) Une autre lettre, datée seulement « le 14 », revient sur « l’article Chantilly » et sur « la maison près de la Vallée ». Le 3 septembre, sur le point de rentrer, il propose un rendez-vous :

« Mais, dites, ne pourriez-vous venir au-devant de moi à Chantilly? J’aurai soin de vous faire connaître juste le jour et l’heure auxquels je pourrais y arriver. Je vous verrais avant tout le monde, nous causerions! »

Chateaubriand à Juliette Récamier, Londres, mardi 3 septembre 1822, cité par Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage

« Répondez-moi sur le champ et courrier par courrier par un mot que vous adresserez poste restante à Calais […] Mais, au nom du ciel, gardez-vous d’Adrien. Le mal que cet homme m’a fait est incalculable. »

Fin de la même lettre, supprimée par Mme Lenormant, d’après l’original publié par Édouard Herriot, Madame Récamier et ses amis (1904 ; éd. de 1909), t. II.

On ne sait pas si le rendez-vous eut lieu : il quitte Londres le 8 septembre et il est à Paris le 12 (Mayer). Adrien de Montmorency, ambassadeur à Rome, connaissait le secret ; il s’en moque le 20 septembre, de Parme :

« […] quelques courses à la ville pour y voir l’homme de la forêt de Chantilly. Si je ne me trompe, vous reconnaîtrez son nom à cette désignation romanesque […] »

Adrien de Montmorency à Juliette Récamier, Parme, 20 septembre 1822, cité par Édouard Herriot, Madame Récamier et ses amis (1904 ; éd. de 1909), t. II. · Lire le passage dans Gabriel Pailhès, La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits

(Pailhès lit « désignation romantique ».) Il l’avait appris, pense Pailhès, dans la correspondance de Chateaubriand :

« […] comment ? sinon parce qu’il avait surpris ce petit secret dans la correspondance de Chateaubriand […] »

Gabriel Pailhès, La Duchesse de Duras et Chateaubriand, 1910. · Lire le passage

Ce qu’on en a conclu. Mayer y voit « probablement » le début de leur liaison charnelle ; Beaunier aussi :

« Et il me plaît de savoir que ce royal amour eut pour cachette cette royale résidence, Chantilly, avec son château, sa forêt magnifique à l’automne, son faste et son histoire […] »

André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand, 1910. · Lire le passage

Rien de plus n’est attesté : ni le lieu où ils logèrent, ni la durée du séjour. Selon Levaillant, après les retrouvailles de 1825, « jamais plus, dans leurs lettres, ne fut évoqué le souvenir de Chantilly ».

Le retour de 1837. Du 28 octobre au 8 novembre 1837 (Mayer), Chateaubriand s’installe à Chantilly pour travailler ; il y achève « cette affaire d’Espagne ». Juliette est malade. Beaunier l’y fait aller avec sa femme, en route pour Dieppe ; la lettre du 6 novembre dit au contraire « Mme de Ch. m’écrit ».

« Je pars le cœur bien gros de vous quitter pour quelques jours […] »

Chateaubriand à Juliette Récamier, 28 octobre 1837, cité par Édouard Herriot, Madame Récamier et ses amis (1904 ; éd. de 1909), t. II.

« Ne parlez jamais de ce que je deviendrais sans vous; si vous me le demandiez, je ne le saurais pas. […] Ce qu’il me faudrait serait d’être votre garde dans ma retraite. Je ne suis plus bon à rien qu’à vous aimer. »

Le même, Chantilly, lundi 6 novembre 1837, ibid..

« Je n’ai eu qu’une pensée en me promenant dans ces bois […] de longues percées traversant arbres après arbres, c’était vous […] »

Le même, Chantilly, novembre 1837, cité par André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand, 1910 (d’après Biré). · Lire le passage

Un an plus tard, en novembre 1838, il revient à Chantilly écrire la mort du duc d’Enghien. Le chapitre s’ouvre sur une promenade aux étangs de Commelle, sans nom de personne :

« La mort a soufflé sur les amis qui m’accompagnèrent jadis au château de la reine Blanche […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVI, chapitre 2. · Lire le passage

Voir aussi la fiche du lieu, Chantilly.

1819 : « Vous aimer moins ? »

La police de Decazes fait copier le courrier de Chateaubriand, avec la complicité d’un valet de chambre ; Ernest Daudet a publié ces rapports (Le Temps, 22 décembre 1898). Au billet du 7 janvier 1819, l’« observateur » joint ce commentaire :

« Depuis environ trois semaines, Mme Récamier envoie presque tous les jours un billet soigneusement cacheté à M. de Chateaubriand. »

Rapport de police, janvier 1819, cité par André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand, 1910. · Lire le passage

Le 20 mars 1819, il intercepte le seul billet d’amour de Juliette que l’on connaisse :

« Il ne dépend plus de moi, ni de vous, ni de personne de m’empêcher de vous aimer ; mon amour, ma vie, mon cœur, tout est à vous. »

Juliette Récamier à Chateaubriand, 20 mars 1819, copie de police citée par Maurice Levaillant. · Lire le passage dans André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand

La seule lettre de lui à elle connue avant 1820 est un billet sans date (« mardi matin »), placé au printemps de 1819 par Agnès Kettler (cartel de la Maison de Chateaubriand). En octobre 1819, au retour d’un voyage en Normandie (Mayer le dit rentré à Paris le 28), il s’arrête à Versailles, renvoie son domestique et y passe le lundi : selon le policier, « tête à tête avec Mme Récamier » (Beaunier). Le 5 janvier 1820, le même observateur lui prête d’autres « intrigues de galanterie ». En octobre 1819, elle s’installe à l’Abbaye-aux-Bois (Herriot).

Billet de Chateaubriand à Juliette Récamier, « mardi matin » : daté du printemps 1819 par Agnès Kettler, dernière éditrice de sa correspondance, ce serait, selon le cartel de l'exposition, la seule lettre de lui à Mme Récamier connue avant 1820
Billet de Chateaubriand à Juliette Récamier, « mardi matin » : daté du printemps 1819 par Agnès Kettler, dernière éditrice de sa correspondance, ce serait, selon le cartel de l'exposition, la seule lettre de lui à Mme Récamier connue avant 1820 — photo Rémi Vernier, 10 octobre 2026, exposition « La Vallée-aux-Loups et l'Abbaye-aux-Bois : les lieux d'un amour », Maison de Chateaubriand, Châtenay-Malabry

L’Abbaye-aux-Bois (1819-1849)

Ruinée une seconde fois avec son mari, elle loue en 1819 une petite chambre au troisième étage de l’Abbaye-aux-Bois, couvent de la rue de Sèvres, puis prend vers 1826 le grand appartement du premier ; Chateaubriand y vient chaque jour. La fiche du lieu reconstitue les deux logements, l’escalier, le salon et les habitués. Sainte-Beuve, qui fut de ce salon :

« M. de Chateaubriand était l’orgueil de ce salon, mais elle en était l’âme […] »

Sainte-Beuve, « Madame Récamier », Causeries du lundi, t. I.

« Elle était véritablement magicienne à convertir insensiblement l’amour en amitié, en laissant à celle-ci toute la fleur, tout le parfum du premier sentiment. »

Sainte-Beuve, ibid..

François-Louis Dejuinne, La Chambre de Madame Récamier à l'Abbaye-aux-Bois (1826), musée du Louvre : la petite chambre du troisième étage
François-Louis Dejuinne, La Chambre de Madame Récamier à l'Abbaye-aux-Bois (1826), musée du Louvre : la petite chambre du troisième étage — François-Louis Dejuinne — Wikimedia Commons (Public domain)

Londres et Vérone (1822)

Ambassadeur à Londres d’avril à septembre 1822, il lui écrit à l’adresse de M. Lemoine (Lenormant). La plus ancienne lettre conservée à la Bibliothèque nationale est du 2 janvier 1822 ; Levaillant y compte 285 lettres, de 1822 à 1847, « en large majorité autographes », et rappelle que Juliette en avait détruit ou fait détruire un grand nombre. Mme Lenormant n’a publié que des extraits, en retirant les mots trop tendres : « dans notre vie », « J’aime mon bel ange pour la vie » (Beaunier).

Il obtient d’aller au congrès de Vérone (octobre-décembre 1822), puis devient ministre des Affaires étrangères.

L’orage de 1823 : Cordélia et le départ pour l’Italie

Ministre, à l’automne de 1823, il s’éprend de la comtesse de Castellane (Cordélia Greffulhe) : neuf lettres de lui, du 12 septembre 1823 au 24 avril 1824, l’attestent (voir sa fiche). Mme Lenormant voit l’amitié de Chateaubriand changée par le succès :

« […] le souffle d’un monde frivole et adulateur avait passagèrement altéré cette pure affection. »

Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage

Elle ne donne qu’une raison au départ : sa propre santé (elle est la nièce dont il s’agit), après une maladie de poitrine ; les médecins veulent l’hiver dans le Midi. Ballanche part avec elles, et le jeune Jean-Jacques Ampère se joint à la « petite caravane » :

« La tendresse inquiète de Mme Récamier la décida à partir pour l’Italie. Elle quitta Paris le 2 novembre 1823. »

Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage

Les historiens qui ont lu les lettres (Herriot, Beaunier, Levaillant) y voient une fuite. Elle passe l’hiver à Rome, l’été 1824 à Naples, puis revient à Rome, au palais Sciarra ; ses cheveux y blanchissent (Lenormant).

Le palais Sciarra-Colonna, via del Corso, à Rome, où Juliette Récamier s'installe avec sa nièce Amélie après cinq mois à Naples (eau-forte de Gaetano Cottafavi, 1841)
Le palais Sciarra-Colonna, via del Corso, à Rome, où Juliette Récamier s'installe avec sa nièce Amélie après cinq mois à Naples (eau-forte de Gaetano Cottafavi, 1841) — photo Rémi Vernier, 10 octobre 2026, exposition « La Vallée-aux-Loups et l'Abbaye-aux-Bois : les lieux d'un amour », Maison de Chateaubriand, Châtenay-Malabry

« Mme Récamier revint d’Italie dans les derniers jours de mai 1825, après une absence de dix-huit mois. »

Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage

Chateaubriand est alors à Reims pour le sacre de Charles X. Selon Levaillant, à ces retrouvailles « l’ère de la passion était close » ; la confiance et la tendresse durent ensuite jusqu’à la fin.

L’ambassade de Rome (1828-1829)

Nommé ambassadeur à Rome, il part en septembre 1828 ; de Fontainebleau, il lui écrit :

« Je vais à cette Italie le coeur aussi plein et aussi malade que vous l’aviez quelques années plus tôt. »

Chateaubriand à Juliette Récamier, Fontainebleau, dimanche soir 14 septembre [1828], cité par Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage

Il recopie une partie de ses lettres de Rome dans les Mémoires (livre XXIX, « Lettres à madame Récamier »). M. Récamier meurt le 19 avril 1830, dans le salon du grand appartement que sa femme occupe à l’Abbaye (Lenormant).

Les années 1830

En août 1832, après le choléra, elle le rejoint en Suisse :

« […] elle se rendit à Constance avec Mme Salvage. »

Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage

Le 29 août, ils dînent à Arenenberg chez la reine Hortense. En février 1834, il lit chez elle, devant quelques amis, les premiers livres des Mémoires : ces lectures de l’Abbaye-aux-Bois lancent l’œuvre. En novembre 1834, il l’attend en vain à Fontainebleau. En 1837, il retourne seul à Chantilly (voir plus haut). C’est en 1839 qu’il écrit le livre « Madame Récamier » des Mémoires, d’après les fragments de souvenirs qu’elle lui avait confiés. Le manuscrit, de la main de Pilorge, corrigé par Chateaubriand de 1839 à 1846, est à la Bibliothèque nationale (NAF 26450) ; en 1846, il en retranche une grande partie (cartel de la Maison de Chateaubriand) : c’est la version longue citée sur cette page.

Le livre XXIX des Mémoires d'outre-tombe, consacré à Mme Récamier : manuscrit de la main d'Hyacinthe Pilorge, corrigé par Chateaubriand, 1839-1846 (Bibliothèque nationale de France, Manuscrits, NAF 26450). En 1846, il en retranche une grande partie (cartel de l'exposition)
Le livre XXIX des Mémoires d'outre-tombe, consacré à Mme Récamier : manuscrit de la main d'Hyacinthe Pilorge, corrigé par Chateaubriand, 1839-1846 (Bibliothèque nationale de France, Manuscrits, NAF 26450). En 1846, il en retranche une grande partie (cartel de l'exposition) — photo Rémi Vernier, 10 octobre 2026, exposition « La Vallée-aux-Loups et l'Abbaye-aux-Bois : les lieux d'un amour », Maison de Chateaubriand, Châtenay-Malabry

Le mariage refusé (1847)

Céleste de Chateaubriand meurt le 9 février 1847. Juliette, presque aveugle, est opérée de la cataracte quelques semaines plus tard :

« La santé de Mme Récamier était restée très-affaiblie depuis l’année 1839, et vers la même époque, on s’aperçut qu’une cataracte se formait sur ses yeux. »

Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage

« Peu de semaines après cette mort, Mme Récamier subit pour la première fois l’opération de la cataracte. »

Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage

En juin, Ballanche meurt ; oubliant les précautions prescrites, elle s’installe à son chevet :

« […] elle ne le quitta plus, mais elle perdit dans les larmes toute chance de recouvrer la vue. »

Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage

Chateaubriand, veuf, lui offre de l’épouser (Beaunier). Elle refuse :

« Un mariage, pourquoi? à quoi bon? A nos âges, quelle convenance peut s’opposer aux soins que je vous rends? […] Si nous étions plus jeunes, je n’hésiterais pas, j’accepterais avec joie le droit de vous consacrer ma vie. Ce droit, les années, la cécité me l’ont donné […] »

Juliette Récamier à Chateaubriand, 1847, propos rapportés par André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand, 1910. · Lire le passage

Mme Lenormant ne parle pas de cette demande ; Beaunier ne cite pas sa source.

La mort de Chateaubriand (4 juillet 1848)

Elle passe la dernière nuit dans la maison de la rue du Bac, chez une voisine, et revient au jour à son chevet :

« M. de Chateaubriand rendit son âme à Dieu le 4 juillet 1848. On a dit que Béranger était présent à ce dernier moment, c’est une erreur; quatre personnes seulement assistaient à cette mort: le comte Louis de Chateaubriand, l’abbé Deguerry, une soeur de charité et Mme Récamier. »

Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage

Le Goffic, qui date la mort du 3 juillet, met aussi dans la chambre Ampère et Béranger : Mme Lenormant le dément.

« En perdant M. de Chateaubriand, Mme Récamier se sentit atteinte aux sources mêmes de la vie. »

Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage

Sa mort (11 mai 1849)

Au printemps de 1849, le choléra revient ; elle quitte l’Abbaye pour l’appartement de son neveu Charles Lenormant, à la Bibliothèque nationale, rue de Richelieu. Elle y est frappée dans la nuit du 10 au 11 mai :

« Nous nous reverrons, nous nous reverrons […] »

Juliette Récamier à sa nièce, nuit du 10 au 11 mai 1849, rapporté par Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage

« Mme Récamier expira le 11 mai 1849, à dix heures du matin. »

Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage

Un dessin « transporté sur la pierre par Achille Devéria » garde son visage apaisé (Lenormant). Elle est enterrée au cimetière de Montmartre (Wikidata).

Achille Devéria, Madame Récamier sur son lit de mort (mai 1849), dessin, Bibliothèque nationale de France
Achille Devéria, Madame Récamier sur son lit de mort (mai 1849), dessin, Bibliothèque nationale de France — Achille Devéria — BnF (domaine public)
Carafes, flûtes et verres en cristal taillé d'époque Empire ayant appartenu à Juliette Récamier, donnés à la Maison de Chateaubriand par les descendants d'Amélie Lenormant
Carafes, flûtes et verres en cristal taillé d'époque Empire ayant appartenu à Juliette Récamier, donnés à la Maison de Chateaubriand par les descendants d'Amélie Lenormant — photo Rémi Vernier, 10 octobre 2026, exposition « La Vallée-aux-Loups et l'Abbaye-aux-Bois : les lieux d'un amour », Maison de Chateaubriand, Châtenay-Malabry

Divergences entre les sources

Première rencontre : chez elle, amené par Lamoignon (Mémoires, livre XIII), ou chez Mme de Staël (livre XXVIII et version longue). Seconde rencontre : printemps 1817 au dîner de Mme de Staël (Mémoires, Lenormant) ; « en 1816 ou 1817 » (Sainte-Beuve). Début de la liaison : 1818 (Lenormant, Herriot, Levaillant) ; fin octobre 1817 ou 1818 (Mayer, voir Chantilly) ; Sainte-Beuve la date « tard, dans le temps où M. de Chateaubriand sortit du ministère » (1824). Départ de 1823 : santé d’Amélie (Lenormant) ou fuite devant Cordélia de Castellane (Herriot, Beaunier, Levaillant). Témoins de la mort de Chateaubriand : quatre selon Lenormant, Béranger et Ampère en plus selon Le Goffic.

Sources et documents

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 7 ; livre XVI, chapitre 2 ; livre XXVIII, chapitres 17 à 21 ; livre XXIX ; livre « Madame Récamier » (version de 1839)
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I (lire sur le site · Project Gutenberg)
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance…, t. II (lire sur le site · Project Gutenberg)
Sainte-Beuve, « Madame Récamier », Causeries du lundi, t. I (lire en ligne)
André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand, 1910 (chapitre « Madame Récamier » : lettres de 1822 d’après les originaux, rapports de police de 1819) (lire sur le site · Internet Archive)
Édouard Herriot, Madame Récamier et ses amis, 1904 (éd. de 1909, 2 vol. : texte des originaux des lettres de 1822, lettres de 1818 et de 1837) — protégé par le droit d’auteur, cité pour les lettres seulement (lire en ligne)
Gabriel Pailhès, La Duchesse de Duras et Chateaubriand, 1910
Maurice Levaillant, « Les lettres de Chateaubriand à Madame Récamier », La Revue [des Deux Mondes] (PDF du Drive)
Gilbert Mayer, « Calendrier des déplacements de Chateaubriand à partir de son retour d’exil », Annales de Bretagne, t. 53, 1946, p. 75-101 (Persée) (lire en ligne)
Ernest Daudet, « La police et Chateaubriand, 1816-1820 », Le Temps, 22 décembre 1898 (cité par Beaunier, non consulté)
Lucien Lambeau, « L’Abbaye-aux-Bois de Paris (1638-1906) », Commission municipale du Vieux Paris, 1905 (Gallica) (lire en ligne)
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII ; livres XXVIII à XLIII ; livre « Madame Récamier »

Périodes

Dans le journal

1777

1817

1818

1819

1820

1821

1822

1823

1825

1826

1828

1829

1830

1832

1833

1834

1835

1837

1838

1840

1841

1842

1844

1845

1846

1847

1848

1849

1874

Ajouter un commentaire

Les informations de cette page sont aussi précises que possible, mais des erreurs ont pu s'y glisser. N'hésitez pas à utiliser ce champ pour en signaler une, proposer une source ou démarrer une conversation.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *