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L'Enchanteur 1768—1848

« Je suis entré dans Paris au milieu de la canonnade »

Le combat de la rue de Rohan, près du Louvre, le 29 juillet 1830 : le jour où Chateaubriand rentre dans Paris « au milieu de la canonnade »
Le combat de la rue de Rohan, près du Louvre, le 29 juillet 1830 : le jour où Chateaubriand rentre dans Paris « au milieu de la canonnade » — auteur inconnu — Wikimedia Commons (Public domain)

Rentré en hâte de Dieppe, il écrit à Juliette au matin du troisième jour.

« Je vous écris sans savoir si ma lettre vous arrivera, car les courriers ne partent plus. Je suis entré dans Paris au milieu de la canonnade, de la fusillade et du tocsin. »

Chateaubriand à Mme Récamier, jeudi 29 juillet 1830 (lire sur le site). · Lire le passage

« […] il paraît qu’on s’organise et que la résistance continuera tant que les ordonnances ne seront pas rappelées. »

Chateaubriand à Mme Récamier, 29 juillet 1830 (lire sur le site). · Lire le passage

La lettre

Jeudi matin, 29 juillet 1830

Je vous écris sans savoir si ma lettre vous arrivera, car les courriers ne partent plus. Je suis entré dans Paris au milieu de la canonnade, de la fusillade et du tocsin. Ce matin le tocsin sonne encore, mais je n’entends plus les coups de fusil: il paraît qu’on s’organise et que la résistance continuera tant que les ordonnances ne seront pas rappelées. Voilà le résultat immédiat–sans parler du résultat définitif–du parjure dont les ministres ont donné le tort, au moins apparent, à la couronne.

La garde nationale, l’école Polytechnique, tout s’en est mêlé. Vous jugez dans quel état j’ai trouvé Mme de Chateaubriand. Les personnes qui, comme elle, ont vu le 10 août et le 2 septembre, sont restées sous l’impression de la terreur. Un régiment, le 5e de ligne, a déjà passé du coté de la Charte. Certainement M. de Polignac est bien coupable: son incapacité est une mauvaise excuse; l’ambition dont on n’a pas les talents est un crime. On dit la cour à Saint-Cloud et prête à partir.

Je ne vous parle pas de moi; ma position est pénible, mais claire. Je ne trahirai pas plus le roi que la Charte, pas plus le pouvoir légitime que la liberté. Je n’ai donc rien à dire ni à faire, attendre et pleurer sur mon pays.

Midi.

Le feu recommence: il paraît qu’on attaque le Louvre, où les troupes du roi se sont retranchées. Le faubourg que j’habite commence à s’insurger. On parle d’un gouvernement provisoire dont les chefs seraient le général Gérard, le duc de Choiseul et M. de Lafayette.

Il est probable que cette lettre ne partira pas, Paris étant déclaré en état de siége. C’est le maréchal Marmont qui commande pour le roi. On le dit tué, mais je ne le crois pas. Tâchez de ne pas trop vous inquiéter. Dieu vous protége! nous nous retrouverons!

Vendredi.

Cette lettre était écrite d’hier; elle n’a pu partir… Tout est fini: la victoire populaire est complète; le roi cède sur tous les points: mais j’ai peur qu’on n’aille maintenant bien au delà des concessions de la couronne. J’ai écrit ce matin à Sa Majesté. Au surplus, j’ai pour mon avenir un plan complet de sacrifices qui me plaît; nous en causerons quand vous serez arrivée. Je vais moi-même mettre cette lettre à la poste et parcourir Paris.

Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, t. II, 1859 (lire sur le site) · Lire le passage

Son monde ce jour-là

Âge 61 ans 10 mois, 25 jours
Régime Seconde Restauration 08.VII.1815 → 29.VII.1830
Chef de l'État Charles X, roi de France 16.IX.1824 → 02.VIII.1830
Où il vit
Fonctions
Relations

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