Beaumont. Créteil, le 14 frimaire an 3 de la République une et indivisible
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Archives nationales (cote f 7 6147). lettre du général Damas au général lefebvre
Glessen, 16 frimaire an B.
Je vous dois, citoyen général, les détails qui me sont relatifs sur le compte du nommé Beaumont, que je viens de faire arrêter conformément à votre ordre et qui me servait de secrétaire depuis mon dernier départ de Paris, c'est-a-dire il y a un peu moins de deux mois.
Si ces faits ne peuvent m'empêcher d'être compromis dans cette affaire, qu'ils servent du moins à convaincre ceux qui auraient à me juger, et mes camarades surtout, dont l'estime est ce que j'ambitionne le plus, que je suis incapable d'avoir secondé les projets d'un homme accusé de trahison envers la patrie.
Étant à Paris dans l'année 1789 ou 1790 (V. S.), je connus par hasard le citoyen Beaumont chez un ami à moi qui était chargé de mes affaires particulières et qui faisait aussi comme homme public celles du citoyen Beaumont. Les événements de la Révolution et la guerre me l'ayant fait perdre de vue depuis cette époque, je ne le revis qu' mon dernier voyage à Paris, où, ayant encore eu des affaires avec ce même ami, chez qui je l'avais vu la première fois, il montra de l'empressement à renouveler ma connaissance et vint plusieurs fois chez moi.
Il arriva tout simplement qu'en parlant de la guerre et des armées, le citoyen Beaumont, sachant que j'étais sur le point de partir dans celle de Sambre-et-Meuse, me dit qu'il avait la plus grande envie de voyager, et surtout aux armées; que si je voulais le prendre pour mon secrétaire, il en remplirait exactement les devoirs, et qu'il serait flatté de pouvoir mettre à profit pour son instruction particulière le temps qu'il passerait près de moi.
Je lui demandai s'il n'avait pas d'autres raisons de quitter Paris, en lui disant que je le croyais assez honnête homme pour ne pas me compromettre, s'il avait quelque reproche à se faire; ce sont mes propres paroles devant témoins. Il me dit que je ne devais avoir rien à craindre, qu'il ne pouvait pas même être soupçonné d'émigration parce qu'il n'avait pas quitté Paris, où il avait fait preuve continuellement de patriotisme. Il me montra à l'appui de ce qu'il avançait des certificats de réșidence, de civisme et un passeport qui lui servait pour aller et venir à une maison de campagne qu'il avait près de Paris.
Après peu de moments de réflexion, jugeant de sa bonne foi d'après la mienne, je lui proposai de l'emmener avec moi, comme mon secrétaire, et, depuis près de deux mois qu'il m'en sert, je dois dire avec vérité, que chaque fois qu'il est question de la Révolution je l'en ai entendu parler comme un de ses chauds partisans.
Mon crime est d'avoir été sa dupe.
Je vous donne ma parole d'honneur, mon cher général, et je ne la sais pas donner en vain, que je ne vous avance rien dans ceci qui ne soit très sérieusement conforme à la vérité.
DAMAS. ARCHIVES NATIONALES MÉMOIRE DU CITOYEN BEAUMONT AUX CITOYENS ADMIXIS- TRATEURS DU DIRECTOIRE DU DISTRICT DE BERGERAC.
Citoyens, Christophe François Beaumont, étudiant pour le Génie, demeurant à Paris, rue Meslée n° 27,
Expose qu'il a constamment envoyé ses certificats de résidence nécessaires suivant la loi, jusqu'au moment de la vente qu'il a consentie de ses propriétés dans le district de Bergerac, en faveur du citoyen Dupeyrat, le 13 frimaire dernier, devant Jalabet et Nounet, notaires à Paris.
Il a été surpris d'apprendre que l'administration avait fait saisir sur sa terre, tous les fruits, revenus el mobiliers des biens par lui vendus sous le prétexte qu'il était émigré.
L'exposant rapporte pour sa justification :
1° Un certificat du secrétaire général du département de Paris, du 3 floréal dernier, qui atteste qu'il n'est point porté sur la liste des émigrés;
° Un autre, du comité de la section des Gravilliers, à Paris, du 5 floréal, visé par le Directoire du département de Paris, le 11 du dit mois;
3° Un autre qui constate sa résidence, en exécution de la loi du 28 mars 1793, de la même section attesté de 9 témoins qui y résident, qui déclarent que l'exposant y a établi sont domicile depuis près de 3 ans, du 2) germinal, signé du président de la dite section des Gravilliers ;
4° La copie en due forme du contrat de vente que l'exposant a consenti au citoyen Dupeyrat, du 13 frimaire dernier, où il paraît que le dit exposant n'a pas eu l'intention d'émigrer, puisque la vente n'est faite que sous des conditions de termes et délais dont cent mille livres à 6 mois de sa date et le surplus un an après ;
5° Un certificat de la municipalité de Puyguillen, du 26 floréal, qui atteste qu'il a résidé depuis le mois de mai 89 jusqu'en octobre 91 (vieux style) dans la dite commune, où il s'est comporté en bon citoyen et donné des preuves du plus pur patriotisme, puisqu'il y fut fait commandant de la garde nationale;
6° Un autre de la même municipalité, du 17 novembre (vieux style), qui atteste qu'il y a fait déposer le mème jour, tous les titres des redevances et droits féodaux dont il était dépositaire, qui ont été brûlés, au désir du décret du 17 juillet dernier, le dit jour 17 novembre, en présence de toute la municipalité du dit Puyguillen.
De ces différents actes il résulte que l'exposant et le citoyen Dupeyrat son acquéreur sont l'un et l'autre constamment restés fidèles à la patrie; qu'ils n'ont pas quitté le territoire de la République, que l'intention de l'un et de l'autre se manifeste d'une manière non équivoque à persévérer dans l'opinion qui les a conduits jusqu'à ce jour pour l'unité, la fraternité et l'indivisibilité de la République.
ARCHIVES NATIONALES (DE BEAUMONT) LETTRE DE PRÉCY, MEMBRE DU CONSEIL DES ANCIENS AU MINISTRE DE LA POLICE GÉNÉRALE.
Paris, 20 germinal an viI.
Citoyen ministre, J'ai appris que par vos ordres une visite domiciliaire a eu lieu chez ‚e citoyen Jourdin, rue des Fontaines, n° 7, le 12 de ce mois et que cette visite avait pour objet la recherche du citoyen Beaumont (Christophe-françois), agé de vingt-neuf a trente ans.
Je n'en connais pas la cause; mais je sais que le citoyen Beaumont a des ennemis qui le poursuivent depuis longtemps.
Victime sous l'ancien régime de la puissance du ci-devant ministre Montmorin, son beau-père, il fut obligé de fuir pour assurer sa liberté menacée d'une lettre de cachet.
La Révolution est arrivée : il s'est prononcé en sa faveur. Il est pourvu de certificats nombreux qui attestent sa résidence en france, son civisme et les actes de bienfaisance qu'il a exercés en faveur de pauvres républicains.
Porté sur une liste d'émigrés dans le département de la Dordogne, où il avait des biens, il a obtenu sa radiation définitive du comité de législation de la Convention nationale.
En l'an VI, étant à l'armée de sambre-et-Meuse, il fut dénoncé et arrêté comme prévenu d'émigration. Il se justifia de celle inculpation et sa liberté lui fut rendue.
On m'a assuré qu'il est maintenant dans le département de la Dordogne, à la suite d'un procès coutre le sieur Duperrat, membre du Conseil des cinq-cents.
Citoyen ministre, s'il existe des plaintes contre le citoyen Beaumont, je me persuade qu'il s'empressera de se rendre auprès de vous pour se justilier.
Il doit exister dans vos bureaux une lettre de moi que j'ai remise au ministre de la police le 3 nivôse an VI, en faveur du citoyen Beaumont. Tout ce que j'ai alors annoncé est dans la plus exacte vérité.
Le père du citoyen Beaumont n'a point quitté Paris; il n'a ni frères ni sœur émigrés et d'après les principes qu'il m'a manifestés depuis 4 ou 5 ans, et principalement à l'époque du 18 fructidor an v, je ne puis me persuader qu'il soit l'ennemi du gouvernement.
Si vous jugiez à propos de voir ses papiers, je vous prie de m'indiquer l'heure de votre commodité, j'aurais l'honneur de vous les communiquer.
Salut et fraternité,