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L'Enchanteur 1768—1848
Les correspondants de J. Joubert 1785-1822 M. de Chateaubriand (suite)

M. de Chateaubriand (suite)

Les correspondants de J. Joubert 1785-1822 · 2 min de lecture · p. 203–20 · chapitre 22 sur 33

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Calmann Lévy, 1884, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

M. de Fontanes était mort depuis moins d'un an, et M. de Chateaubriand, qui l'avait connu jadis à Londres, ressentait une vive tristesse à la vue des lieux où ils s'étaient livrés à de si longues causeries. « C'est le premier ami que j'aie compté dans ma vie, dit-il dans ses Mémoires, et il a marché vingt-trois ans à mes côtés; la mort tragique d'un fils l'a jeté dans la tombe avant l'heure ! » Le nouvel ambassadeur retrouvait aussi en Angleterre le souvenir de son frère aîné, le comte de Chateaubriand, qui, après avoir été secrétaire à Londres, à l'époque où le marquis de la Luzerne y représentait la France, avait péri sur l'échafaud le même jour que la comtesse de Chateaubriand, sa femme, madame la présidente de Rosanbo, sabelle-mère, et M. de Malesherbes, père de cette dernière. Les Mémoires contiennent quelques pages charmantes sur la vie de M. de Chateaubriand à Londres, de 1793 à 1800, et sur les contrastes extraordinaires qu'elle présentait avec son existence nouvelle. Il était arrivé dans cette ville le 21 mai 1793, malade et sans argent, en compagnie de M. Hingant, conseiller au parlement de Bretagne; ils y avaient d'abord logé dans un grenier, et y seraient morts de faim tous les deux, sans les ressources que leur procurèrent bientôt quelques travaux obscurs : « Nous prions, dit-il, le 21 janvier et le jour de la mort de la reine, tout émus d'une oraison funèbre prononcée par le curé émigré de notre village; nous rencontrions dans les rues des prêtres martyrs portant le petit collet, le grand chapeau à trois cornes, la longue redingote noire usée; les Anglais les saluaient en passant. i Il habitait aujourd'hui l'hôtel de Portland-Place, et était en Angleterre l'ambassadeur de la monarchie restaurée !

M. Joubert ne devait pas survivre longtemps à M. de F'ontanes, mais il put voir encore son illustre ami, réalisant les autres chances d'avenir, auxquelles il faisait allusion dans sa lettre datée de Londres, prendre part au congrès de Vérone et siéger comme ministre des affaires étrangères dans les conseils de Louis XVIII. M. Joubert rendit le dernier soupir un mois avant le jour où M. de Villèle, congédiant brutalement du ministère son collègue et son ami, le jeta dans une opposition qui fut à la fois si funeste à la Restauration, à la France et à la gloire de M. de Chateaubriand lui-même.