M. de Chateaubriand (suite)
Chateaubriand → [Joubert], 9 mars 1822, Londres
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Calmann Lévy, 1884, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Voir le fac-similé.
« Vous savez, mon cher ami, que je n'aime point les adieux, et c'est pour cela que je ne vous ai pas embrassé en partant. Me voilà dans ce Londres ou j'ai passé ma jeunesse, et c'est en revenant de Londres que je vous ai vu pour la première fois. Je suis fort attristé par tout ce que ce lieu me rappelle ; et hier, en revoyant Kensington, le souvenir du pauvre Fontanes me mettait les larmes aux yeux. Tout me paraît noir et triste ici. Je m'y ferai, mais je suis enchanté que la Chatte n'y soit pas venue, elle y mourrait : le charbon de terre, le brouillard, l'humidité, sans parler de la société, lui seraient insupportables.
»Je suis au milieu des ouvriers qui meublent et peignent la maison. Vous jugez quel ennui et quelle souffrance! J'en ai pour des mois à passer ainsi, et peut-être qu'alors il y aura d'autres chances d'avenir.
»Bonjour, mon cher ami, j'embrasse le Loup et vous bien tendrement; mille choses à Frisell, qui doit venir me voir. »