Du Traité de la politique d'Aristote
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S'il y a un homme qui soit à mille lieues de comprendre le Traité d'Aristote sur la politique, à notre avis, cet homme-là est M. Barthélemy Saint-Hilaire, qui vient d'en publier une traduction.
Nous avons hâte de reprendre notre phrase, et d'ajouter que M. Saint-Hilaire est un homme d'un incontestable mérite; qu'il paraît être un helléniste fort exercé, et qu'il a fait une étude assez approfondie de la philosophie grecque. Comment se fait-il donc, nous objectera-t-on peut-être, qu'avec des qualités réelles et éminentes de philologue et de philosophe, que nous nous empressons de reconnaître et de constater, M. Saint-Hilaire soit resté aussi étranger que nous le disons au sens de la Politique d'Aristote? - Cela tient, et nous avons eu souvent l'occasion de signaler ce fait, à ce que l'histoire domestique, civile et religieuse des peuples anciens n'est pas encore écrite; à ce que nous ne savons que très-imparfaitement la signification de leurs mœurs, de leurs lois et de leurs croyances ; ce qui fait que lorsque nous autres modernes nous essayons de traduire quelqu'un de leurs livres qui a trait à ces croyances, à ces lois et à ces mœurs, nous tombons, à moins d'études spéciales, dans les méprises les plus étranges et les plus monstrueuses.
M. Saint-Hilaire, qui est, nous l'avons dit, un bon philologue, et qui sait la philosophie grecque, pourra traduire fort convenablement les livres d'Aristote qui rentrent dans ces deux spécialités : par exemple, la rhétorique et la métaphysique; mais le Traité sur la politique exigeait un jurisconsulte consommé, qui sût parfaitement les lois civiles et municipales de l'ancienne Grèce, et le travail qui nous occupe démontre jusqu'à l'évidence que M. Saint-Hilaire ne les sait pas. Jusqu'ici, sa traduction d'Aristote ne traduit donc pas Aristote; c'est un livre de fantaisie, et, il faut le dire, ce livre-là n'est pas bon.
Il est bien entendu qu'en tout ce que nous disons du travail de M. Saint-Hilaire nous ne prétendons pas être cru sur parole; aussi allons-nous donner nos raisons. Nous avons la confiance qu'on les trouvera sincères ; et nous allons tâcher de faire qu'on les trouve concluantes.
La première chose qui frappe, en lisant la traduction qui nous occupe, c'est l'allure moderne que prend Aristote sous la plume de M. Saint-Hilaire. On dirait à tout instant d'une brochure de M. de Pradt. Par exemple, il • est question à chaque page des lois de l'ÉTAT, des droits des CITOYENS et des chances de la RÉPUBLIQUE. Il est évident que M. Saint-Hilaire, qui a fait une traduction française et qui parle très-bien le français, emploie tous ces mots dans le sens que l'usage leur donne. Cela résulte, du reste, bien nettement du style même et des phrases dont ces mots font partie. Ainsi, pour M. Saint-Hilaire, un Etat est cet être moral qui résulte de la réunion des lois intérieures et des relations extérieures d'un pays; un citoyen est tout individu quelconque, qui appartient à un pays et qui vit sous ses lois; la république est ce mode de gouvernement qui consiste dans le concours de tous. Eh bien ! nous tenons pour certain et nous allons montrer qu'il n'y a et qu'il ne peut y avoir dans Aristote ni expression, ni terme, ni idée, qui signifie de près ou de loin Etat, citoyen ou république, ainsi compris; que ce sont là trois mots désignant trois faits absolument étrangers à la politique des anciens, et que la traduction de M. Saint-Hilaire constitue, dans sa terminologie et dans son esprit, un anachronisme perpétuel et un non-sens complet dans l'histoire des institutions sociales de la Grèce.
Le caractère distinctif et fondamental de tous les philosophes ou légistes de l'antiquité grecque qui se sont occupés de discuter des lois ou d'en proposer, c'est d'en avoir discuté ou proposé pour une ville, jamais pour un pays. Solon fit des lois pour Athènes ; Lycurgue, pour Sparte ; Numa, pour Rome; Aristote, pour Stagyre ; Zaleucus, pour Locre ; Charondas, pour Thurium ; Phoronée, pour Argos..
La raison de ce fait est fort simple. Dans toute l'antiquité grecque, un peuple se composait d'une ville, jamais de deux. Les Athéniens formaient un peuple, les Argiens un peuple, les Thébains un peuple, les Corinthiens un peuple. Une nation de quinze mille hommes était une grande nation. Il est bien entendu que les esclaves n'étaient pas compris dans les dénombrements, puisqu'ils ne faisaient point partie des citoyens.
Dans l'ancienne Grèce, il n'y a donc pas d'exemple d'un gouvernement servant à deux villes. Lorsque, après la guerre du Péloponèse, Athènes fut prise par Lysandre, les Spartiates y établirent leur domination, jamais leurs lois. Athènes, Argos, Thèbes, Corinthe, étaient donc, en leur temps, des villes comme l'étaient au quatorzième siècle Bruges, Gand, Hondschoote, Ipres ou Termonde, c'est-à-dire des villes municipales, se gouvernant par un conseil municipal, qui était tout à la fois cour administrative et cour judiciaire. Le même sénat ou échevinage faisait la paix ou la guerre, votait les impôts, discutait les matières religieuses, avait toute haute et basse justice, jugeait les généraux traîtres à la patrie, les tuteurs infidèles et les voleurs de grand chemin. Point de séparation dans les pouvoirs, point de pouvoirs, point de codification dans les lois, et à peine des lois, des coutumes. Les Gantois étaient assurément plus puissants au moyen âge que ne le furent les Athéniens; ils mettaient quelquefois quarante mille hommes en campagne, tandis que les Athéniens n'en mirent peut-être jamais la moitié; eh bien! toutes les lois administratives, judiciaires ou civiles, qui servaient à organiser et à faire mouvoir cette redoutable ville de Gand, formaient quatre cent cinquante-un articles ! Du reste, nulle classification, nulle méthode; les quatre premiers titres traitaient des règles de la juridiction ; le cinquième, du droit de bourgeoisie ; le sixième, des hypothèques; le septième, des exécutions judiciaires; puis venait le plus singulier mélange de lois sur les ventes, sur les successions, sur les prescriptions, sur les testaments.
Les villes de l'ancienne Grèce n'étaient pas autrement organisées. Presque toutes les affaires y étaient jugées par jury, par arbitrage, par tradition orale, par droit coutumier, c'est-à-dire, sans lois écrites et codifiées. Les honnêtes libéraux de ce temps-ci, qui lisent dans Ammonius qu'Aristote avait recueilli deux cent cinquante-cinq constitutions de différents peuples, s'imaginent que c'étaient des chartes comme les nôtres; c'est là une erreur des plus naïves et des plus divertissantes. Ces constitutions étaient tout simplement des coutumes, comme celle de Gand, formées de quelques centaines de dispositions ou d'articles, quand elles étaient écrites, ce qui était fort rare, et embrassant toutes les matières relatives à l'organisation d'une ville, matières juridiques, matières civiles, matières administratives, matières criminelles, matières religieuses. Le Digeste nous apprend que la Coutume d'Athènes était écrite, et tout ce qui en est resté ne forme pas quarante articles. Du reste, nous avons encore à peu près dans son entier la Coutume la plus célèbre de l'antiquité, la Coutume du peuple romain, les Douze Tables. Les Douze Tables traitent de tout : de la religion, de la juridiction, de l'administration, du droit civil, du droit criminel, de la guerre, des finances; les Douze Tables n'ont que cent cinq articles. Voilà un exemple de ce qu'étaient, même en plus petit, les deux cent cinquante-cinq constitutions recueillies par Aristote.
Or, il résulte de ces explications préliminaires quelques conséquences dans le détail desquelles nous allons entrer.
Premièrement, il est évident qu'il n'y avait pas dans l'ancienne Grèce ce que nous appelons un ÉTAT. On n'a jamais dit que l'échevinage de Gand ou la châtellenie d'Audenarde constituaient un Etat, et cependant Audenarde et Gand étaient des nations à la façon d'Athènes et de Corinthe, ayant plus d'habitants, autant de puissance et la même forme de gouvernement. Un Etat suppose, dans nos idées, une assez grande étendue de territoire, plusieurs villes et plusieurs provinces soumises à une même loi politique. Or, nous l'avons dit, la Grèce ne renferma jamais rien de pareil. Les peuples s'y réduisaient à quelques milliers de bourgeois, réunis dans des murailles. Autant de villes, autant de nations. Les lois de l'État, la constitution de l'État, les destinées de l'Etat, et autres phrases pareilles, n'ont donc aucune espèce de signification dans une traduction d'Aristote, qui ne savait pas ce que c'est qu'un Etat, qui n'en avait jamais vu, qui ne pouvait pas en parler, et qui, en effet, n'en parle pas. Le mot grec que M. Saint-Ililaire traduit par Etat est le mot Polis, qui signifie ville, cité, et pas autre chose.
Deuxièmement, il n'est pas moins évident que, dans le gouvernement des anciennes villes grecques, ce qu'on appelait un citoyen ne ressemblait pas le moins du monde à ce que nous désignons en français par ce mot. Parmi nous, tout le monde est citoyen, depuis le serviteur gages jusqu'au roi inclusivement, et, par conséquent, soumis aux mêmes lois civiles. Parmi les anciens, citoyen était un mot de sens étroit, qui désignait seulement les membres de la cité, ceux qui étaient inscrits aux rôles de la bourgeoisie, et qui étaient en possession de ses priviléges. Non-seulement les esclaves n'étaient pas citoyens, mais encore, à Athènes par exemple, les mariniers, les agriculteurs et les gens de métier ne l'étaient pas. Or, n'être pas citoyen, cela voulait dire n'être pas soumis à la même loi civile, ne pas se marier, ne pas succéder, ne pas tester, ne pas acquérir, dans les mêmes conditions que ceux qui étaient citoyens. Si, en France, le mot citoyen signifie le premier venu, parce que le premier venu est citoyen, il n'en était done pas de même parmi les anciens; et, quand M. Saint-Hilaire dit, ce qu'il fait souvent, un citoyen pour dire un individu, il parle une langue qui ne traduit pas et qui ne peut pas traduire la langue d'Aristote.
Troisièmement, enfin, il est plus évident encore que ce que nous appelons la république était un régime complétement impossible chez les anciens. En effet, par république, nous voulons dire le concours de tous, l'égalité politique, et, à plus forte raison, l'égalité civile. Or, parmi tous les peuples de l'antiquité, il n'y en a pas un seul, un seul, qui ait connu même l'égalité civile. Comment donc auraient-ils connu l'égalité politique? Comment auraient ils pu comprendre le concours de tous et la république?
Mais, dira-t-on peut-être, il y avait pourtant parmi les anciens la république de Sparte et la république romaine? - Non, il n'y a jamais eu de république, c'est-à-dire d'égalité civile et politique, ni à Sparte, ni à Rome; ce sont là des erreurs puériles et ridicules.
D'abord, en ce qui touche Sparte, c'est une absurdité grammaticale de dire qu'elle a eu une république; république est un mot latin, propre à l'histoire romaine, et qui n'a rien à voir dans l'histoire grecque. C'est comme si nous disions de Rome qu'elle avait dans le sénat une chambre des lords, et dans le prétoire une cour royale. Ensuite, le mot latin respublica signifie littéralement intérêt commun, et non pas gouvernement par le concours de tous, ce qui est bien différent, car les intérêts communs à beaucoup de gens peuvent être gérés par très-peu de monde. La traduction rigoureuse, en français, du mot respublica, c'est commune; Aristote se sert ordinairement du mot polis, on du mot koinonia, qui ont la même signification. Or, dans la Respublica latine, dans la Polis grecque, dans la Commune française, il n'y avait aucune république, c'est-à-dire aucun gouvernement par le concours de tous ; car, à Athènes, les gens de métier, les paysans et les mariniers, n'étaient pas citoyens; à Rome, les affranchis, les comédiens, les paysans, ne l'étaient pas davantage ; au moyen âge, les manants, les faubouriens, les apprentis, ne participaient point aux priviléges de la bourgeoisie, et c'est de là même que les ouvriers ont conservé, en France, l'usage d'appeler leurs maîtres bourgeois, car les maîtres étaient en effet bourgeois, tandis que les apprentis ne l'étaient pas.
Qu'on se figure maintenant la transposition perpétuelle d'idées que les mots d'Etat, de citoyen et de république, employés par M. Saint-Hilaire, ont naturellement introduite dans le Traité de la Politique ! Quand l'auteur vous dit une chose, le traducteur vous en dit une autre; quand l'un va à droite, l'autre tourne à gauche. C'est une partie de barres sans fin, jouée avec une agilité merveilleuse, et dans laquelle les joueurs s'attrapent rarement. Et non-seulement M. Saint-Hilaire a employé ces mots, mais il a employé encore l'esprit dont ils émanent ; vous trouvez à chaque instant des constitutions et des élections; on vous parle d'amener le mérite au pouvoir, et le traducteur va jusqu'à faire très-sérieusement compliment au Stagyrite d'avoir pressenti le gouvernement des classes moyennes. M. Saint-Hilaire s'imagine avoir donné au public la politique d'Aristote; le fait est qu'il ne lui a donné que la politique du Constitutionnel.
Il y a un point surtout à l'occasion duquel le traducteur donne carrière à cette politique patriotique et nationale, qui peut être fort bonne en soi, mais qui cadre mal avec les principes par lesquels se réglaient les gouvernements de l'antiquité; c'est le point où Aristote discute l'origine et l'utilité de l'esclavage.
Il s'est formé depuis quelques années une école de traducteurs qui sont atteints, selon nous, d'une bien déplorable maladie ; car elle consiste à vouloir que les auteurs anciens leur ressemblent. Nous prendrons la liberté de leur faire observer que, si les auteurs anciens leur ressemblaient, ils ne seraient pas ce qu'ils sont, c'est-à-dire les représentants d'un ordre d'idées qui s'appelle l'antiquité, par opposition aux idées des temps modernes. M. Saint-Hilaire fait donc les efforts les plus singuliers pour excuser Aristote d'avoir admis l'esclavage, en quoi nous le plaignons sincèrement, car Aristote a eu la cruauté de lui donner sur ce point un sujet d'affliction bien profonde. Heureusement, M. Saint-Hilaire se console un peu en disant que Platon l'a admis bien plus explicitement encore, ce qui ne peut pas manquer d'amener une réclamation de M. Cousin.
C'est, à notre avis, quelque chose de bien étrange, que cette idée de vouloir faire d'Aristote un membre de la Société d'émancipation, et un collègue de M. Jullien de Paris. Nous aimerions autant être Aristote tout court. Mais ce qui nous paraît bien plus étrange encore, c'est l'idée de commenter Aristote avec des extraits de l'abbé Grégoire. Aristote et l'abbé Grégoire! concevez-vous ces deux noms dans le même livre, l'un pour le texte, l'autre pour la note? Composez done les ouvrages les plus surprenants de l'antiquité; soyez, avec Homère et avec Platon, l'une des trois plus grandes figures du paganisme ; ayez cette majesté calme et cette auguste pérennité que donnent deux mille ans passés des suffrages du monde ; et, un beau jour, on intercalera dans votre page, dans votre idée, sur un pied d'égalité et de fraternité littéraires, quelques lambeaux arrachés aux plates compilations d'un inconnu, qui s'appelle l'abbé Grégoire.
Nous ne finirons pas sans parler d'une distraction scientifique que nous ne reprocherions pas à un érudit ordinaire, mais qui acquiert assez de gravité dans un homme qui a traduit la Politique d'Aristote. Nous voulons parler du malheur qu'a eu M. Saint-Hilaire, presque à chaque page, de confondre Sparte et Lacédémone, et de ne pas remarquer que les Spartiates et les Lacédémoniens étaient des hommes très-différents.
Donc Sparte et Lacédémone, disions-nous, n'étaient pas la même chose. En effet, Lacédémone était un pays, et Sparte était une ville. Il y avait donc entre Sparte et Lacédémone la même différence qu'entre Paris et l'Ile-de-France, entre Tours et la Touraine, entre Angoulême et l'Angoumois. Même, l'exactitude grammaticale voudrait qu'on dit la Lacédémone, comme on dit la Béotie.
La différence était plus grande encore entre les Spartiates et les Lacédémoniens ; car les Spartiates n'étaient pas seulement les habitants de la ville et les Lacédémoniens les habitants de la campagne; les Spartiates étaient d'une condition politique plus élevée, car la presque totalité des terres leur appartenaient, sans qu'elles pussent passer aux Lacédémoniens, parce que des lois spéciales sur les successions et sur les mariages les avaient immobilisées dans leurs familles. Thucydide, dans le quatrième livre de son Histoire; Xénophon, dans le sixième livre des Helléniques, Plutarque, dans la Vie de Lycurgue, et Aristote Ini-même, dans le second livre de la Politique, font connaître assez clairement ces faits, pour qu'ils n'eussent pas dû échapper au traducteur de ce dernier. Il est même arrivé, par suite de cette méprise l'égard de la différence qu'il y avait entre les Spartiates et les Lacédémoniens, que M. Saint-Hilaire a écrit des phrases dont il serait évidemment embarrassé de donner une explication; par exemple, il écrit ces mots, à la page 177 du tome premier, en parlant de la Laconie : « comme le sol presque entier appartient aux Spartiates... » Mais, au point de vue de M. Saint-Hilaire, c'est-à-dire avec l'idée que les Spartiates et les Lacédémoniens ne sont qu'une seule et même chose, qu'y a-t-il donc d'étonnant à ce que, dans le pays des Spartiates, le sol presque entier leur appartienne? ne serait-il pas plus étonnant que le sol ne leur appartînt pas tout entier? A qui donc le sol appartient-il en France, si ce n'est à des Français ! Il est clair que, si M. Saint-Hilaire avait réfléchi sur sa phrase, et s'il avait remarqué que les Spartiates possédaient le sol presque entier de leur pays, il aurait vu qu'il fallait qu'il y eût quelqu'un de plus pour posséder ce qu'ils ne possédaient pas ; et cette première observation l'eût mis sur la trace de la vérité.
Nous finissons ici. Nous savions depuis longtemps que M. Saint-Hilaire était en candidature pour une chaire au collége de France, et nous avons attendu que la chaire lui eût été donnée pour parler de son livre. Nous avons été sévère, mais nous n'avons été que juste. Quand un homme de lettres publie un livre, la critique lui dit son fait ; pourquoi les professeurs auraient-ils un privilége? Pour nous, il nous paraît bon que la grave Université règle quelquefois ses comptes avec la science en gants jaunes, comme elle nous appelle, nous autres journalistes, frivoles et légers.