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L'Enchanteur 1768—1848
Mémoires d'outre-tombe : états et fragments manuscrits Copie de passages du voyage de 1832 (Papiers Récamier, XXIII)

Copie de passages du voyage de 1832 (Papiers Récamier, XXIII)

Mémoires d'outre-tombe : états et fragments manuscrits · 13 min de lecture · chapitre 2 sur 5

Copie calligraphiée, reliée dans les Papiers de Mme Récamier, XXIII (BnF, NAF 14089, f. 206-220), lue sur les images. La copie porte une seconde pagination (f. 208 = 189, f. 220 = 201) : c'est un extrait d'un cahier plus long. La main n'est pas identifiée.

Ces pages correspondent à la fin du livre XXXV des Mémoires (chapitres 19 à 21) ; le poème, au chapitre 6 du livre XXXIV. Ce qui diffère du texte imprimé :

  • Mme Récamier est nommée à Coppet. Copie : « je me promène le soir avec Madame Récamier. Nous sommes allés hier… on nous en a ouvert… nous avons erré ». Imprimé : « je me promène le soir. Je suis allé hier… on m'en a ouvert… j'ai erré ». « Ma compagne de pèlerinage » reste dans les deux.
  • Hortense. Copie : « nous avons trouvé sur le rivage la Reine Hortense et son fils ». Imprimé : « nous avons aperçu madame la duchesse de Saint-Leu ».
  • Les lettres échangées avec Hortense et le prince Louis ne sont pas données : la copie passe de « grandeurs évanouies » à « Lorsque petit garçon… ».
  • Absents de l'imprimé : « pour tolérer la vue de cette défroque Napoléonienne » ; « Voilà comme ces bons Suisses font leurs révolutions si retentissantes dans les journaux ».
  • Absents de la copie : la phrase du « vétéran émigré », « après avoir été outrageusement calomniée ». « Mr C. XXX » y tient la place de « M. Cottrau ».
  • Le poème est ici « A Madame Récamier. Le Naufrage », en six strophes. L'imprimé le donne dans une lettre, avec trois strophes de plus (« Tantôt sur ton beaupré… », « Maintenant retiré… », « Dès le premier récif… »). Les neuf strophes se lisent dans un autre recueil des Papiers Récamier, Extraits d'écrits contemporains, signées « à Madame Récamier. Chateaubriand » (XVI, NAF 14082, Gallica, vues 46 à 48).
NAF 14089, f. 206
f. 206 · BnF, NAF 14089 · Gallica
Madame de St Leu.

En rentrant à Constance, nous avons trouvé sur le rivage la Reine Hortense et son fils, Louis Napoléon : ils venaient au devant de Madame Récamier. Sous l'Empire je n'avais point connu la Reine de Hollande ; je savais qu'elle s'était montrée généreuse lors de ma démission à la mort du Duc d'Enghien et quand je voulus sauver mon cousin Armand. Sous la Restauration, Ambassadeur à Rome, je n'avais eu avec Madame de St Leu que des rapports de politesse : ne pouvant aller moi-même chez elle, j'avais laissé libres les secrétaires et les attachés de lui faire leur cour, et j'avais invité le Cardinal Fesch à un dîner de Cardinaux. Depuis la dernière chute de la Restauration, le hazard m'avait fait échanger quelques lettres avec la Reine Hortense et le Prince Louis. Ces lettres sont un assez singulier monument des grandeurs évanouies.

Lorsque petit garçon, j'étais compagnon des

NAF 14089, f. 207
f. 207 · BnF, NAF 14089 · Gallica

pâtres sur les bruyères de Combourg, aurais-je pu croire qu'un temps viendrait où je marcherais entre les deux plus hautes puissances de la terre abattues, donnant le bras d'un côté à la famille de St Louis, de l'autre à celle de Napoléon ; grandeurs ennemies qui s'appuyent également dans l'infortune qui les rapproche, sur l'homme faible et fidèle, naguères haï de l'usurpation et dédaigné de la légitimité.

Madame Récamier alla s'établir au Wolfberg, château tenu par Madame Parquin dans le voisinage d'Arenenberg habité par Madame la Duchesse de St Leu ; je restai deux jours à Constance pour chercher des logements. Je vis tout ce qu'on pouvait voir : la halle ou le grenier public que l'on baptise salle du Concile, la prétendue statue de Huss, les tableaux-caricatures, la place où Jérôme de Prague et Jean Huss furent, dit-on, brûlés, enfin toutes les abominations ordinaires de l'histoire et de la société.

Le Rhin en sortant du lac s'annonce bien comme un Roi, pourtant il n'a pu défendre

NAF 14089, f. 208
f. 208 · BnF, NAF 14089 · Gallica

Constance qui a, si je ne me trompe été saccagée par Attila, assiégée successivement par les Hongrois, les Suédois et prise deux fois par les Français. Partout où un fleuve sort d'un lac il y a une ville.

Constance est le St Germain de l'Allemagne ; les vieilles gens de la vieille société s'y sont retirés. Quand je frappais à une porte m'enquérant d'un appartement à louer, je trouvais quelque chanoinesse fille majeure, quelqu'antique prince, électeur en bas âge et à demi-solde, ce qui allait fort bien avec les cloches abandonnées et les couvents déserts de la ville. L'armée de Condé a combattu glorieusement sous les murs de Constance et semble avoir déposé son ambulance dans cette ville.

Arenenberg. — Retour à Genève.

Le 29 d'Août j'allai dîner chez Madame de St Leu. Arenenberg est situé sur une espèce de promontoire dans une chaîne de collines escarpées. La Reine que l'épée avait faite et que l'épée a

NAF 14089, f. 209
f. 209 · BnF, NAF 14089 · Gallica

défaite, a bâti le château ou si l'on veut le pavillon d'Arenenberg.

On y jouit d'une vue étendue, mais triste. Cette vue domine le lac inférieur de Constance qui n'est qu'une expansion du Rhin sur des prairies noyées. De l'autre côté du lac on aperçoit des bois sombres, restes de la forêt noire, quelques oiseaux blancs voltigeant sous un ciel gris et poussés par un vent glacé. Là, après avoir été assise sur un trône, la Reine Hortense est venue se percher sur un rocher ; au bas est l'île du lac où l'on a, dit-on, retrouvé la tombe de Charles le Gros, et où meurent à présent, rendus à la liberté des serins qui demandent en vain le soleil des Canaries. Madame de St Leu était mieux à Rome ; elle n'est cependant pas descendue par rapport à sa naissance et à sa première vie ; au contraire, elle a monté ; son abaissement n'est que relatif à un accident de sa fortune : ce ne sont pas là de ces chutes comme celle de Madame la Dauphine, tombée de toute la hauteur des siècles.

Le compagnon et les compagnes de Madame de St Leu étaient son fils, Madame Salvage,

NAF 14089, f. 210
f. 210 · BnF, NAF 14089 · Gallica

(Madame XXX.) En étrangers il y avait Madame Récamier, Mr Vieillard et moi. Madame de St Leu se tirait très bien de sa difficile position de Reine et de demoiselle Beauharnais.

Après le dîner elle s'est mise à son piano avec Mr C. XXX, beau, grand, jeune peintre à moustache, à chapeau de paille, à blouze, au col de chemise rabattu, au costume bizarre tenant des mignons de Henri III et des bergers de la Calabre, aux manières sans façon, à ce mauvais ton d'atelier entre le familier, le drôle, l'original, l'affecté. Il chassait ; il peignait ; il chantait ; il aimait ; il riait, spirituel et bruyant.

Le Prince Louis habite un pavillon à part où j'ai vu des armes, des cartes topographiques et stratégiques ; petites industries qui faisaient comme par hasard, penser au sang du conquérant sans le nommer. Le Prince Louis est un jeune homme instruit, plein d'honneur et naturellement grave.

Madame la Duchesse de St Leu m'a lu quelques fragments de ses Mémoires : elle m'a montré un cabinet rempli des dépouilles de Bonaparte. Je me suis demandé pourquoi ce

NAF 14089, f. 211
f. 211 · BnF, NAF 14089 · Gallica

vestiaire me laissait froid, pourquoi ce petit chapeau qui fait le bonheur des Bourgeois de Paris, pourquoi cette ceinture, cet uniforme porté à telle bataille, me trouvaient si indifférent ? Je n'étais pas plus ému qu'à l'aspect de ces habits de généraux pendillants aux boutiques des revendeuses dans la rue du Bac : j'étais bien plus troublé en racontant la mort de Napoléon à Ste Hélène. La raison en est que Bonaparte est notre contemporain ; nous l'avons tous vu et connu : l'homme détruit dans notre souvenir, le héros : il est encore trop près de sa gloire. Dans deux mille ans ce sera autre chose. La forme même et la matière de ces reliques nuit à leur effet : nous verrions avec un respect curieux la cuirasse du Macédonien sur le dessin de laquelle fut tracé le plan d'Alexandrie, mais que faire d'un frac râpé ? J'aimerais mieux la jaquette de montagnard Corse que Napoléon a dû porter dans son enfance : sans qu'on s'en doute le sentiment des arts exerce un grand empire sur nos idées.

Que Madame de St Leu s'enthousiasme de cette fripperie, c'est tout simple ; mais les autres

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f. 212 · BnF, NAF 14089 · Gallica

spectateurs ont besoin de se rappeler les manteaux déchirés par l'ongle Napoléonien, pour tolérer la vue de cette défroque Napoléonienne. Il n'y a que les siècles qui aient donné le parfum de l'ambre à la sueur d'Alexandre : attendons ; d'un conquérant il ne faut montrer que l'épée.

La famille de Bonaparte ne se peut persuader qu'elle n'est rien : aux Bonapartes il manque une race ; aux Bourbons, un homme : il y aurait encore plus de chances de Restauration pour les derniers, car un homme peut tout-à-coup survenir et l'on ne crée pas une race. Tout est mort pour la famille de Napoléon avec Napoléon : il n'a pour héritier que sa renommée. La dynastie de St Louis est si puissante par son vaste passé, qu'en tombant elle a arraché avec ses racines une partie du sol de la société.

Je ne saurais dire à quel point ce monde Impérial me parait caduc de manières, de physionomie, de ton, de mœurs ; mais d'une vieillesse différente du monde légitimiste : celui-ci jouit d'une décrépitude arrivée avec le temps ; il est aveugle et sourd ; il est débile, laid et grognon ; mais il a son air naturel

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f. 213 · BnF, NAF 14089 · Gallica

et les béquilles vont bien à son âge. Les Impérialistes au contraire ont une fausse apparence de jeunesse ; ils veulent être ingambes, et ils sont aux Invalides ; ils ne sont pas antiques comme les Légitimistes, ils ne sont que vieillis comme une mode passée : ils ont l'air de divinités de l'Opéra descendues de leur char de carton doré ; de fournisseurs en banqueroute par suite d'une mauvaise spéculation ou d'une bataille perdue ; de joueurs ruinés qui conservent encore un reste de magnificence d'emprunt, des breloques, des chaînes, des cachets, des bagues, des velours flétris et des satins fanés.

Retourné au Wolfberg avec Madame Récamier, je partis de nuit : le temps était obscur et pluvieux ; le vent soufflait dans les arbres et la hulotte lamentait : vraie scène de la Germanie !

Madame de Chateaubriand arriva bientôt à Lucerne. L'humidité de la ville l'effraya et Lugano étant trop cher, nous nous décidâmes à revenir à Genève. Nous prîmes notre route par Sempach : le lac garde la mémoire d'une bataille qui assura l'affranchissement des Suisses, à une époque où les Nations de ce côté-ci des Alpes

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f. 214 · BnF, NAF 14089 · Gallica

avaient perdu leur liberté. Au delà de Sempach nous passâmes devant l'abbaye de St Urbin, tombante comme tous les monuments du Christianisme. Elle est située dans un lieu triste, à l'orée d'une bruyère qui conduit à des bois : si j'eusse été libre et seul, j'aurais demandé aux moines quelque trou dans leurs murailles déshabitées, pour y achever mes Mémoires auprès d'une chouette, puis je serais allé finir mes jours sans rien faire sous le beau soleil fainéant de Naples ou de la Sicile : mais à mon âge, les beaux pays et le printemps sont des désastres et des regrets.

En arrivant à Berne on nous apprit qu'il y avait une grande révolution dans la ville : j'avais beau regarder, les rues étaient désertes ; le silence régnait ; la terrible révolution s'accomplissait sans parler à la paisible fumée d'une pipe, au fond de quelqu'estaminet. Voilà comme ces bons Suisses font leurs révolutions si retentissantes dans les journaux.

Madame Récamier vint nous rejoindre à Genève.

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f. 215 · BnF, NAF 14089 · Gallica
Coppet. — Tombeau de Madame de Staël.

Genève, fin de septembre 1832.

J'ai commencé à me remettre sérieusement au travail : j'écris le matin et je me promène le soir avec Madame Récamier. Nous sommes allés hier visiter Coppet. Le château était fermé ; on nous en a ouvert les portes ; nous avons erré dans les appartements déserts. Ma compagne de pélerinage a reconnu tous les lieux où elle croyait voir encore son amie ou assise à son piano, ou entrant, ou sortant, ou causant sur la terrasse qui borde la galerie. Madame Récamier a revu la chambre qu'elle avait habitée ; des jours écoulés ont remonté devant elle : c'était comme une répétition de la scène que j'ai peinte dans René :

„ Je parcourus les appartements sonores „ où l'on n'entendait que le bruit de mes pas... „ ..... Partout les salles étaient détendues, et „ l'araignée filait sa toile dans les couches abandonnées.....

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f. 216 · BnF, NAF 14089 · Gallica

„ .......... qu'ils sont doux, mais qu'ils sont „ rapides, les moments que les frères et les sœurs „ passent dans leurs jeunes années, réunis sous „ l'aile de leurs vieux parents ! La famille de „ l'homme n'est que d'un jour ; le souffle de Dieu „ la disperse, comme une fumée. À peine le fils „ connait il le père, le père le fils, le frère la sœur, „ la sœur le frère ! Le chêne voit germer ses glands „ autour de lui ; il n'en est pas ainsi des enfants „ des hommes ! „

Je me rappelais aussi ce que j'ai dit dans ces Mémoires de ma dernière visite à Combourg en partant pour l'Amérique. Deux mondes divers, mais liés par une secrète sympathie, nous occupaient Madame Récamier et moi : hélas ! ces mondes isolés, chacun de nous les porte en soi ; car où sont les personnes qui ont vécu assez long-temps ensemble pour n'avoir pas des souvenirs séparés ? Du château nous sommes entrés dans le parc. Le premier automne commençait à rougir et à détacher quelques feuilles ; le vent s'abattait par degrés et laissait voir un ruisseau qui fait tourner un moulin. Après

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f. 217 · BnF, NAF 14089 · Gallica

avoir suivi les allées qu'elle avait coutume de parcourir avec Madame de Staël, Madame Récamier a voulu saluer ses cendres. À quelque distance du parc est un taillis mêlé d'arbres plus grands, et environné d'un mur humide et dégradé. Ce taillis ressemble à ces bouquets de bois au milieu des plaines que les chasseurs appellent des remises : c'est là que la mort a poussé sa proie et renfermé ses victimes

Un sépulcre avait été bâti d'avance dans ce bois pour y recevoir Mr Necker, Madame Necker et Madame de Staël. Quand celle-ci est arrivée au rendez-vous, on a muré la porte de la crypte. L'enfant d'Auguste de Staël est resté en dehors et Auguste lui-même, mort avant son enfant a été placé sous une pierre aux pieds de ses parents. Sur la pierre sont gravées ces paroles tirées de l'Ecriture : „ Pourquoi cherchez-vous parmi „ les morts, celui qui est vivant dans le ciel ? „

Je ne suis point entré dans le bois ; Madame Récamier a seule obtenu la permission d'y pénétrer : resté assis sur un banc devant le mur d'enceinte, je tournais le dos à la France et j'avais les yeux

NAF 14089, f. 218
f. 218 · BnF, NAF 14089 · Gallica

tantôt sur la cime du Mont-blanc, tantôt sur le lac de Genève : des nuages d'or couvraient l'horizon derrière la ligne sombre du Jura ; on eut dit d'une gloire qui s'élevait au dessus d'un long cercueil. J'apercevais de l'autre côté du lac la maison de Lord Byron, dont le faîte était touché d'un rayon du couchant. Rousseau n'était plus là pour admirer ce spectacle et Voltaire, aussi disparu, ne s'en était jamais soucié. C'était au pied du tombeau de Madame de Staël que tant d'illustres absents sur le même rivage se présentaient à ma mémoire. Ils semblaient venir chercher l'ombre leur égale, pour s'envoler au ciel avec elle, et lui faire cortège pendant la nuit. Dans ce moment Madame Récamier pâle et en larmes est sortie du bocage funèbre, elle-même comme une ombre.

Si j'ai jamais senti à la fois la vanité et la vérité de la gloire et de la vie, c'est à l'entrée du bois silencieux, obscur et inconnu où dort celle qui eut tant d'éclat et de renom, et en voyant ce que c'est que d'être véritablement aimé.

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f. 219 · BnF, NAF 14089 · Gallica
Le Naufrage.

Rebut de l'aquilon, échoué sur le sable,
Vieux vaisseau fracassé dont finissait le sort,
Et que, dur charpentier, la mort impitoyable
Allait dépecer dans le port !

Sous tes ponts désertés un seul gardien habite ;
Autrefois tu l'as vu sur ton gaillard d'avant,
Impatient d'écueils, de tourmente subite,
Siffler pour ameuter le vent.

Vous pensiez défaillir, amarrés à la rive,
Vieux vaisseau, vieux nocher ! vous vous trompiez tous deux.
L'ouragan vous saisit et vous traîne en dérive,
Hurlant sur les flots noirs et bleus.

NAF 14089, f. 220
f. 220 · BnF, NAF 14089 · Gallica

Ce vaisseau c'est ma vie, et ce nocher, moi-même ;
Je suis sauvé ! mes jours aux mers sont arrachés,
Un astre m'a montré sa lumière que j'aime
Quand les autres se sont cachés.

Cette étoile du soir qui dissipe l'orage,
Et qui porte si bien le nom de la beauté,
Sur l'abîme calmé conduira mon naufrage
A quelque rivage enchanté.

Jusqu'à mon dernier port douce et charmante étoile,
Je suivrai ton rayon toujours pur et nouveau ;
Et quand tu cesseras de luire pour ma voile,
Tu brilleras sur mon tombeau.