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L'Enchanteur 1768—1848

Correspondance

3 264 lettres lues comme une partition. Chaque correspondant a sa portée, chaque lettre est une note : au-dessus de la ligne quand il écrit, au-dessous quand on lui répond.

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Mme de Staël à Mme Récamier, Coppet, 9 7bre 1801

Coppet 9. 7bre 1801.

Vous souvenez vous, belle Juliette, d'une personne que vous avez comblée de marques d'intérêt, cet hiver et qui se flatte de vous engager à redoubler l'hiver prochain ? Comment gouvernez-vous l'empire de la beauté ? On vous l'accorde avec plaisir cet empire, parceque vous êtes éminemment bonne et qu'il semble naturel qu'une ame si douce ait un charmant visage pour l'exprimer. De tous vos adorateurs, vous savez que je préfère Adrien de Montmorency. J'ai reçu de ses lettres, remarquables par l'esprit et la grace, et je crois à la solidité de ses affections, malgré le charme de ses manières. au reste ce mot de solidité convient à moi qui ne prétends qu'à un rôle bien secondaire dans son cœur. Mais vous qui êtes l'héroïne de tous les sentiments, vous êtes exposée aux grands événements dont on fait les tragédies et les romans. Le mien s'avance au pied des Alpes. J'espère que vous le lirez avec intérêt. Je me plais assez à cette occupation. En parlant de vos adorateurs, je ne parlais pas de M. de Narbonne ; il me semble qu'il s'est rangé parmi les amis. S'il n'en était pas ainsi, je n'aurais pu dire que je lui préférais personne. Au milieu de tous ces succès, ce que vous êtes et ce que vous resterez, c'est un ange de pureté et de beauté, et vous aurez le culte des dévots, comme celui des mondains. Que disent-ils vos dévots du nouveau traité avec le Pape ? Est-ce bien orthodoxe ? Nous autres hérétiques, nous confondons tout cela. Donnez moi quelques lumières sur ce mélange un peu singulier. Avez-vous revu l'auteur d'Atala. Etes vous toujours à Clichy ? Enfin, je vous demande des détails sur vous. J'aime à savoir ce que vous faites, à me représenter les lieux que vous habitez. Tout n'est-il pas tableau dans les souvenirs que l'on garde de vous ? Je joins à cet enthousiasme si naturel pour vos rares avantages beaucoup d'attrait pour votre société. — Acceptez, je vous prie, avec bienveillance, tout ce que je vous offre et promettez moi que nous nous verrons souvent l'hiver prochain.