Préface
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Rapproché de M. de Chateaubriand par une insigne faveur du sort, nous avons eu l'honneur d'être admis dans l'intimité de cet homme illustre, et, comme tous ceux qui l'ont vraiment connu, nous avons été pénétré pour lui du plus profond et du plus tendre respect.
C'est le vif sentiment d'admiration que nous inspire ce noble génie qui nous a décidé à la publication que nous faisons aujourd'hui. Nous croyons servir la gloire du grand écrivain en faisant connaître au public le texte primitif des trois premiers livres de ses souvenirs d'enfance et de jeunesse.
La curieuse étude littéraire qui résultera pour le lecteur de la comparaison de ce texte avec celui qu'on a connu jusqu'ici, montrera, il est vrai, que l'auteur du Génie du christianisme, des Martyrs et - de tant d'autres chefs-d'œuvre, à la fin de sa laborieuse carrière, n'avait pas échappé à la loi de déca- * dence inhérente aux plus hautes facultés humaines. Il en est dans les lettres comme dans les arts : l'artiste qui veut revenir après de longues années sur une toile inachevée, et qui date de l'époque culminante de son talent, a rarement la vigueur et la délicatesse de pinceau que réclamerait un pareil travail; sous ses dernières touches on cherche en vain la virginité de l'esquisse sublime qu'il a refroidie en voulant la terminer.
Nous ne connaissons guère de jouissance supérieure à celle que fait éprouver à tout homme épris des arts la contemplation d'un chef-d'œuvre, au moment ou le génie du maître vient de l'enfanter. Dans cette terre ou sur cette toile que la main de l'artiste abandonne à peine, dans ce premier jet de sa création, il y a un charme, une saveur, une séduction qu'ont bien sentis tous ceux auxquels le culte des arts n'est pas étranger. La première rédaction d'une œuvre écrite de verve, sous l'entrainement d'une fougueuse et rapide inspiration, n'est-elle pas aussi le plus souvent supérieure au livre fruit d'un long et pénible labeur?
Le volume que nous offrons u public n'est point à proprement parler une esquisse, moins encore une ébauche : c'est le premier jet, l'expression spontanée la plus pure et la plus simple • de - la pensée de son auteur. Nous ne doutons pas que les amis délicats des lettres ne trouvent, à la lecture de cette rédaction primitive, un de ces vils bonheurs d'admiration dont nous parlions tout à l'heure.
Commencés à son retour de la terre sainte, les Mémoires de M. de Chateaubriand devinrent l'occupation de sa vie entière. Poursuivis au travers des. circonstances diverses d'une existence pleine de vicissitudes, revus, remaniés, corrigés par lui sans relâche jusqu'à son dernier jour, ils sont le miroir fidèle où se reflètent le rare désintéressement, la fière indépendance de son caractère; mais ils portent aussi l'empreinte des passions qui agitèrent l'âme de ce puissant et mélancolique génie. Il est impossible de ne pas reconnaître que les perpétuelles retouches que l'auteur du Génie du christianisme fit subir à cette œuvre, objet de sa prédilection, lui ont nui. Dans ces Mémoires d'outre-tombe, où les beautés de premier ordre abondent, la plume que guidait en les corrigeant une main appesantie par l'âge n'a pas gardé toujours sa délicatesse et sa souplesse accoutumées.
Témoins de ces corrections incessantes et tardives, les amis intimes de M. de Chateaubriand et ceux des fervents admirateurs de son talent qui connaissaient son œuvre de longue date, en étaient venus à s'effrayer de l'altération que tous ces remaniements apportaient à la rédaction primitive; ils faisaient des vœux pour qu'elle pût être soustraite au danger qu'ils lui faisaient courir. Ce vœu n'a été réalisé que pour une bien faible portion, mais enfin le texte primitif existe en partie; il ne va malheureusement pas au delà du moment où le chevalier de Chateaubriand, sous-lieutenant au régiment de Navarre, quitte le château de Combourg après avoir reçu la bénédiction de son père. Le manuscrit qui le reproduit porte la date de 1826; il est à peu près tout entier de la main de madame Récamier, qui se fit seulement aider dans sa copie (pour un quart environ) par Charles Lenormant. Imprimé sur cette copie, le volume que nous offrons au public contient donc le tableau de l'enfance et de la jeunesse de l'illustre écrivain, dans une rédaction que n'ont point encore altérée les repeints qu'il lui infligea plus tard. Nous ajouterons que plusieurs feuillets d'un manuscrit autographe, exactement conforme à la copie que nous avons suivie, existent en la possession de M. Faugère.
La rigueur des jugements que M. de Chateaubriand a portés sur ses adversaires politiques souleva, lors de l'apparition de ses Mémoires d'outre-tombe, de profondes rancunes et d'implacables inimitiés; une polémique ardente s'établit pour et surtout contre un ouvrage auquel les amours-propres irrités allèrent jusqu'à refuser le talent. Notre publication ne peut en aucune manière ranimer ces débats. La vie politique est absolu: ment étrangère à cette partie des souvenirs; elle ne comprend que les années de l'existence du poëte écoulées sur les grèves de l'Océan ou dans les bois de Combourg. Le spectacle de la nature et les révélations de la Muse parlaient seuls alors à l'adolescent.
Avant d'examiner le texte de 1826 au point de vue littéraire, et d'indiquer ce qui en fait une œuvre fort distincte de l'édition de 1849, nous allons énumérer les différences matérielles que présente notre manuscrit. Il n'a pour titre que ces mots : Mémoires de ma vie; et la date de 1809. Ce ne fut en effet que bien des années après que M. de Chateaubriand donna à ses souvenirs le titre de Mémoires d'outre-tombe. Le texte dont madame Récamier fit la copie est divisé par livres et non point par chapitres, forme adoptée également beaucoup plus tard pour l'édition posthume publiée d'après le manuscrit si souvent remanié. Notre copie contient trois livres. Ces trois livres fournissent, dans l'édition de 1849, deux cent neuf pages partagées en trente chapitres de fort inégales longueurs. La différence entre les deux versions frappera dès les premières pages; pas une phrase, pas un mot, pour ainsi dire, du texte de 1826 ne subsiste dans les vingt-six pages du début de l'édition de 1849. On y remarquera aussi la divergence de date assignée par l'auteur à la résolution qui lui est venue d'écrire ses mémoires. Il inscrit en tête de son texte primitif le chiffre de l'année 1809, et remplace ce millésime par celui de 1811 dans le manuscrit livré à ses éditeurs. Dans le texte de 1826, probablement par suite d'une erreur de mémoire et n'ayant pas son acte de naissance sous les yeux, M. de Chateaubriand se dit né le 4 octobre et laisse l'année en blanc (la vraie date est le 4 septembre 1768). La longue généalogie, qui ne tient pas moins de onze pages dans les Mémoires d'outre-tombe, est absolument absente de notre manuscrit. M. de Chateaubriand dit lui-même, page 19 de l'édition de 1849, qu'il ajouta cette généalogie à son ouvrage en 1831, époque où il la retrouva au cabinet des titres de la Bibliothèque royale. En général, les quelques différences que l'on pourra relever pour certains faits de détail entre le texte que nous publions et celui qui a été imprimé en 1849 tiennent a ce que la rédaction copiée en 1826, écrite de premier jet, n'a pas été contrôlée par les vérifications souvent très-minutieuses auxquelles l'écrivain recourut ensuite. Sous ce rapport elle a quelque chose de moins exact que le texte postérieur, auquel elle est si préférable à d'autres points de vue.
La supériorité littéraire du texte primitif sur celui qui, vingt ans plus tard, fut livré à l'impression, sera appréciée de tous les lecteurs. Le style, plus sobre, plus simple, atteint l'effet sans effort et marque bien ce qu'on peut appeler la seconde manière du plus grand prosateur français de ce siècle, alors que les conseils d'une amitié sincère et l'expérience eurent fait disparaître de ses écrits une certaine exubérance que réprouvait le goût, sans rien lui enlever de son éclat. Évoqués à une époque plus rapprochée des événements et des impressions qu'ils nous révèlent, ces souvenirs ont toute la grâce, la suavité, la fraîcheur des vingt. premières années de la vie, sans aucune des touches criardes ou forcées que des corrections postérieures y vinrent ajouter,
Des nuances notablement différentes se rencontrent dans le portrait du comte de Chateaubriand, et cette figure très-originale y gagne plus de réalité. On sent au moins un cœur dans la poitrine de ce fier gentilhomme endurci par une trop longue lutte avec l'adversité, et devant lequel tremblait toute sa famille. Quelques lignes inspirées par un vrai respect filial, et où perce un attendrissement d'autant plus touchant qu'il est plus rare, complètent et tempèrent le tableau que l'écrivain fait de son père. Et, chose étrange, ces lignes belles et simples ne se retrouvent pas dans l'édition de 1849. On a peine i s'expliquer cette suppression; sans doute qu'en revoyant la ferme silhouette qu'il avait tracée du taciturne et altier personnage de son père, le peintre septuagénaire crut lui donner plus de relief en chargeant sa palette : la demi-teinte attendrie disparut et ne laissa au modèle qu'un masque de marbre, beaucoup moins vraisemblable. D'autres suppressions, tout aussi regrettables, ont été opérées dans le texte toujours remanie, entre autres deux histoires de voleurs qui ne se trouvent que dans la copie de 1826.
Parmi les notables différences que nous devons encore indiquer entre les deux manuscrits, nous ferons remarquer celles qui existent dans ce que M. de Chateaubriand dit de sa sœur Lucile. Dans notre manuscrit, la mort de madame de Caud est racontée dès le troisième livre des souvenirs. Elle n'est rapportée, et avec de tout autres détails, que dans le cinquième volume de l'édition de 1849. On trouve cités au tome Ior de cette même édition trois très-courts fragments en prose de cette sœur bien-aimée : l'Aurore, une invocation A la lune, l'Innocence; ces morceaux ne se trouvent point dans le manuscrit primitif, et enfin le texte des lettres et billets cités dans les deux manuscrits diffère d'une manière assez sensible.
Afin de donner à nos lecteurs un exemple du procédé grossissant que pratiquait dans sa vieillesse l'illustre auteur de tant de chefs-d'œuvre, et justifier ce que nous avons dit, nous allons mettre en regard d'une page de notre manuscrit la page correspondante de l'édition de 1849. Chacun pourra renouveler page à page et pour ainsi dire phrase à phrase cette comparaison qui constitue assurément une curieuse étude littéraire,
Copie de 1826. Page 100 de l'édition de 1849. Nous nous arrêtâmes pour Nos chevaux se reposèrent laisser reposer les chevaux à a un village de pécheurs sur un village à l'entrée des ma- la grève de Cancale. Nous trarais de Dol. Nous repartîmes versâmes ensuite les marais ensuite, traversâmes toute la de la fiévreuse ville de Dol. triste ville de Dol et passâmes Passant devant la porte du ou allais bienne revenir, et, contr, nous nous enfonçâmes
nous nous enfonçâmes
suivant le grand chemin qui dans l'intérieur du pays.
mène à Combourg, nous commençâmes à nous enfoncer dans l'intérieur du pays.
Durant quatre mortelles
heures, nous n'aperçûmes que
des landes bordées de forêts, des bruyères guirlandées de des champs à peine cultivés, hois, des semailles de blé noir des paysans qui ressemblaient court et pauvre, et d'indigentes à des sauvages. avenières. Des charbonniers
conduisaient des files de petits
chevaux à crinière pendante
et mêlée.
Des paysans à sayonsde peau
de bique, à cheveux longs,
pressaient des bœufs maigres
mar-
avec des cris aigue, d'une
chaient à la queue
lourde charrette comme des
faunes labourant.
Enfin du haut d'une colline Enfin nous découvrîmes une nous découvrîmes une vallée vallée au fond de laquelle toute fermée par des bois ; du s'élevait, non loin d'un étang, fond de cette vallée s'élevait, la flèche de l'église d'une au bord d'une espèce de lac, bourgade ; les tours d'un châsur un terrain élevé, un chateau gothique dont les tours se perdaient dans les arbres d'une futaie éclairée par le soleil couchant.
J'ai été obligé de m'arrêter J'ai été obligé de m'arrêter, après avoir tracé ces dernières mon cœur battait au point de
repousser la table sur laquelle •
hgnes, mon cœur battait au point de faire trembler ma j'écris. Les souvenirs qui se main et de repousser la table réveillent dans ma mémoire sur laquelle j'écris. Les sou- m'accablent de leur force et venirs qui se réveillent dans de leur multitude, et pourtant ma mémoire m'accablent par que sont-ils pour le reste du leur force et leur multitude; monde?
mais n'interrompons pas mon récit, el que chaque souffrance vienne dans son ordre et à sa place.
Descendus de la colline, Descendus de la colline, nous nous franchîmes un ruisseau, guéâmes un ruisseau; après et après avoir marché une avoir cheminé une demi-heure, demi-heure nous quittâmes le nous quittâmes la grande route chemin pour gagner une fu- et la voiture roula au bord taie voisine. La voiture roula d'un quinconce, dans une allée bientôt dans une allée de vieil- de charmilles dont les cimes les charmilles dont les cimes s'entrelaçaient au-dessus de s'unissaient en berceau à une nos têtes.
grande hauteur au-dessus de nos têtes.
Voici maintenant le portrait du comte de Chateaubriand.
Manuscrit de 1826.
Mon père était grand et sec; il avait lé nez aquilin, les lèvres Édition de 1849, page 32.
M. de Chateaubriand était grand et sec; il avait le nez pâles, les yeux bleus et petits. aquilin, les levros minces et
Je n'ai jamais vu un pareil regard: dans la colère ses yeux lançaient véritablement flammes.
Une seule passion le dominait, celle de son nom : il ne vivait que pour rendre a sa famille l'éclat qu'elle avait perdu ; son orgueil blessé par sa première position, par le sentiment de l'injustice humaine, dégénéra dans une tristesse pâles, les yeux enfonces, petits et pers ou glauques, comme ceux des lions ou des anciens barbares.
Je n'ai jamais vu un pareil regard: quand la colère y montait, la prunelle étincelante semblait se détacher et venir vous frapper comme une balle.
Une seule passion dominait mon père, celle de son nom.
Son état habituel était ude tristesse profonde que l'age
poir de rendre à sa famille son profonde que l'age ne fit premier éclat; hautain aux qu'augmenter, et dans un silence dont il ne sortait que par des explosions de colère; du reste; les qualités du gentilhomme, le courage, la probité, l'honneur, brillaient chez lui au suprême degré. Avare dans l'espoir de rétablir son nom et de laisser à sa famille une vaste fortune, il avait dans l'occasion, et tout naturellement, les plus grandes manières ; il etats de Bretagne avec les gentilshommes, dur avec ses vassaux à Combourg, taciturne, despotique et menaçant dans son intérieur, ce qu'on sentait en le royant, c'était la crainte.
etait presque toujours magnifiquement vêtu. Hautain aux états de Bretagne avec les gentushommes, despotique avec ses vassaux, taciturne et menaçant dans son intérieur, ce qu'on sentait en le voyant, c'était la crainte.
La naissance de l'auteur :
Enfin ma mèremit au monde ma mere accoucha un ta sean papiste eu ni qui devint dans la suite le petit- qui dans la suite devint le petit-gendre de M. de Malesherbes et qui a eu l'honneur de monter sur l'échafaud avec cet homme illustre. Après Jean-Bapuste, gendre de M. de Malesherbes.
Après Jean-Baptiste naquirent quatre filles : Marianne, Bénigne, Julie et Lucile; toutes quatre die : Marianne, Béni- quatre d'une rare beauté, et gne, Julie et Lucile; toutes quatre d'une rare beauté, et dont les deux aînées ont seules survécu avec moi aux orages de la révolution.
nais duce, le dernier de des infortunés.
survécu aux orages de la révolution. La beauté, frivolité sérieuse, reste quand toutes les autres sont passées.
Je fus le dernier de ces dix enfants. Il est probable que mes quatre sœurs durent leur existence au désir de mon père d'avoir son nom assuré par l'arrivée d'un second garçon; je résistais, j'avais aversion pour la vie.
Voici enfin un dernier exemple :
J'étais donc réduit à mon- J'étais réduit à monter à la ter à la dérobée de grosses dérobée deux grosses juments juments de carrosse et un grand de carrosse ou un grand cheval cheval pie extrêmement mé- piè. - La Pie n'était pas, chant à qui j'aimais à faire comme celle de Turenne, un sauter des fossés au risque de de ces destriers nommés par me rompre le cou. les Romains desultorros equos
et façonnés à secourir leur
maître ; c'était un pégase luna-
tique qui me mordait les jambes
quand je le forçais à sauter des
Nous ne pousserons pas plus loin ces comparaisons de textes. Le lecteur intelligent préférera les faire lui-même. Il constatera assez sans nous quels devinrent, dans la rédaction tardivement remaniée, l'archaïsme du langage, l'abus des mots vieillis et souvent bizarres, la passion des termes techniques.
Il verra l'expression de syndérèses chrétiennes remplacer celle de « sentiments religieux ». Dévaler le tronc mis pour « se laisser glisser le long du tronc ». Taillades pour étroites ouvertures ». Jointif des deux tours pour a qui liait les deux tours : Excaver pour & creuser ». Dodiner pour & sommeiller ». Mon père me faisait éprouver les affres de la vie remplaçant « mon père me faisait trembler ». Le laboureur germé à l'ombre des épis, au lieu de né à l'ombre ». Blandices pour « jouissances ». Charmeresse, etc., etc. Nous n'en finirions point si nous voulions enregistrer tous les mots plus ou moins étranges dont une déplorable manie vint de la sorte altérer le charme souverain du texte primitif. Ces différences entre les deux rédactions successives, ainsi que la supériorité de la première, ont été déjà signalées par M. de Loménie, qui avait eu connaissance de notre copie.
Nous avons cru compléter l'intérêt de cette • publication en faisant suivre les trois premiers livres des souvenirs de M. de Chateaubriand par la très-remarquable étude que Charles Lenormant consacra en 1850 aux Mémoires d'outre-tombe. Les hommes de génie rencontrent rarement des juges équitables parmi leurs contemporains. Les admirateurs comme les détracteurs sont trop passionnés dans leurs appréciations; mais le temps amène l'arrêt impartial et définitif, et si nous ne nous l'ompons, un des mérites du travail de M. Lenormant fut d'avoir devancé la postérité.
Nous avons publié ailleurs, dans les Souvenirs et Correspondances tirés des papiers de madame Récamier, la plupart des lettres de M. de Chateaubriand à sa noble et fidèle amie. Cette publication ne comprenait guère pourtant que la correspondance des années brillantes de la vie publique de l'auteur du Génie du christianisme.
En mettant aujourd'hui sous les regards du public une œuvre de la jeunesse du grand poète, la pensée nous est venue d'y joindre les lettres de ses dernières années : on les trouvera à la fin de ce volume. Les infirmités avaient rendu la vieillesse bien lourde à M. de. Chateaubriand et ajouté leur tristesse à sa mélancolie native, mais le vieux lion blessé n'était pas devenu insensible aux beautés de la nature, il en recevait toujours une impression vive et vraie : l'empreinte indélébile de son génie ne s'était pas effacée.
On trouvera encore, dans les lettres et les billets que sa main tremblante était souvent hors d'état de tracer, l'allure pittoresque de sa phrase avec plus de sensibilité et une grâce exquise.
Bossieu, 1er septembre 1873.