Première partie — Beccles
Chapitre V
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Champion, 1909, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Une petite-fille de Bence Sparrow. - Les papiers de Thorington Hall, - Fragment tiré des sermons manuscrits d'un prêtre émigré. - Une lettre inédite de l'auteur du Génie du Christianisme. - Chateaubriand débiteur du recteur de Beccles. - Son refroidissement manifeste à l'égard de son ancien bienfaiteur. - Mort de Bence Sparrow à Thorington Hall, l'année même où Chateaubriand revenait à Londres comme ambassadeur de France.
J'ai dit que j'avais eu la bonne fortune d'être mis en rapports avec une petite-fille de Bence Sparrow, Mrs. Ida Bence Lambert, qui possède encore, à Thorington, sur la route de Beccles à Darsham, la magnifique habitation de Thorington Hall, où mourut son grand-père et où elle conserve avec un soin religieux les papiers qu'il a laissés. Elle n'y résidait malheureusement pas, lors de mon voyage dans le Suffolk, ayant accompagné son mari, le colonel Lambert, aux chasses d'Ecosse; de sorte qu'il ne lui fut pas possible de m'ouvrir ses archives de famille, comme elle se le proposait. Mais, dès son retour, elle eut la gracieuseté d'y pratiquer elle-même quelques fouilles et de m'envoyer en communication les documents qu'elle jugeait plus particulièrement susceptibles de m'intéresser.
Le lot consistait :
1° en une lettre autographe de Chateaubriand; 2° en une liasse de cahiers manuscrits qu'en raison des sujets traités mon aimable correspondante supposait avoir quelque rapport avec le Génie du Christianisme et dans lesquels je me flattais moi-même, à l'avance, de découvrir les ébauches premières de cet ouvrage.
Disons tout de suite que, de ce côté, mon attente a été complètement déçue. Je n'avais devant moi que de vulgaires sermons, des homélies dans le ton habituel, Sur la Foi, Sur l'Église, Sur l'Eucharistie, élucubrations de quelque prêtre français, réfugié sans doute à Beccles, comme Chateaubriand, mais qui n'avait assurément que cela de commun avec lui. L'on s'en rendra compte par ce spécimen, qui porte la marque du temps où il fut écrit, et dont je respecte l'orthographe. Il est emprunté à une Conférence sur l'Eglise. L'auteur, après avoir démontré que « l'Église romaine est sainte dans ceux qu'elle a sanctifiés » s'écrie :
Est-ce en France que nous trouverons cet honneur rendu aux Bienheureux ?... Demandez-le à la capitale de cet Empire, elle vous dira que les impies ont insulté à la mémoire et troublé les cendres de sa glorieuse Patronne, qu'on lui a enlevé sa Basilique pour la dédier aux grands hommes qui ont bien mérité de la Patrie. Vous savez ce que vallent ces expressions dans la bouche de ceux qui les profèrent. Ces grands hommes ne sont autre chose que de grands scélérats. Quelle famille offriroit un jour le Panthéon, si la divine Providence n'étoit sur le point de l'écraser. Jugez de ceux dont les mânes ont été placées dans un lieu destiné à être consacré à Dieu sous l'invocation de Sainte Geneviève : un Voltaire, un Mirabeau, etc., sont les premières divinités civiques dont on a infesté ce lieu. Maudite soit l'Eglise qui canonise, je me trompe, qui déifie de tels monstres.
Il serait superflu, je pense, de produire d'autres citations. Relevons encore, cependant, l'indication suivante, consignée au bas de l'un des cahiers, et qui nous est un témoignage que Chateaubriand n'eut pas précisément à regretter d'avoir échangé, dès le printemps de 1794, son grenier ou, comme il dit, son garret1 de New Road, près de Marylebone Street, à Londres, pour une bonne vieille chambre de province, à Beccles :
1. Mansarde, galetas. ↩
N. B. - Il y eut en Angleterre une très grand hiver. Il gela depuis le 15 décembre 1794 jusqu'à la fin de février 1795. Le charbon valu jusqu'à 3 sh. 6 d. le boisseau et encore il étoit très rare. Il y eut à Londres, le 15 décembre, premier jour de la gelée, un si grand brouillard, que l'on ne se voyoit pas à trois pats. Les lanternes furent allumées dès une heure après-midi; encore elles ne servoient de rien, quantité de personnes furent égarées.
L'auteur de ces « conférences » - et peut-être n'en était-il après tout que le transcripteur - n'a pas cru devoir y mettre son nom. Mais la seule chose qui nous importe est d'avoir constaté qu'elles ne sont point de Chateaubriand. Et voici, en revanche, une lettre qui est authentiquement de lui. Elle est adressée : « Au Rév. Bence Sparrow, a Beccles, Comté de Suffolk, Angleterre, par Calais, département du Pas-de-Calais ». Le timbre du Foreign Office est du 23 octobre 1802. Le cachet rompu, en cire rouge, est marqué d'un C.
Monsieur, Votre lettre m'a fait le plus grand plaisir; il y a longtemps que je désirois d'apprendre de vos nouvelles. Je suis charmé qu'Atala ait pu vous plaire un instant. Quant à mon grand ouvrage1, il est publié depuis quelques mois, et il a eu en France le même succès que le petit roman qui l'a précédé2; on va en donner trois nouvelles éditions à la fois. Les malheurs de toute ma famille, monsieur, et surtout la volonté dernière d'une mère mourante m'ont rappelé à des sentimens religieux : je me reproche de les avoir si longtemps négligés. - Au reste, monsieur, je crains qu'on ne vous ait un peu trompé sur ma position. Je n'ai rien retrouvé en France; tous mes biens étoient vendus. Je ne vis que du produit de mes Ouvrages, à la vérité assez considérable pour me faire exister honnêtement, mais non pas pour me donner rien qui ressemble à une fortune. Je suis si peu riche que je ne puis même faire venir ma femme à Paris. On vous a dit peut-être, monsieur, que j'avois des places dans le gouvernement ? La famille du Consul me traite avec bonté. On a parlé un moment de me donner une place fort agréable à Rome, mais tout cela est en projet : rien de fait, rien de certain. Vous devez croire assez que je ne manque pas d'ennemis : à la fois ancien noble, émigré rentré, religieux, et auteur heureux, voilà assez de motif (sic) de haine, de persécution et d'envie.
1. Le Génie du Christianisme. ↩
2. Atala. ↩
Quoiqu'il en soit, monsieur, si j'ai bien compris l'obscurité des dernières phrases de votre lettre, il paraît que je vous suis redevable de quelque chose. J'ai pu oublier la valeur de cette dette, sans oublier votre obligeance au jour de mes malheurs. Veuillez donc me mander sur-le-champ à quoi se monte la somme que je puis vous devoir. Je ferai mon possible pour y satisfaire. J'espère seulement que vous voudrez bien m'accorder quelque temps pour l'acquitter, et que, si je ne puis payer tout à la fois, vous consentirez à recevoir le payement par parties.
Je pars à l'instant pour Avignon, pour tâcher d'y supprimer une contrefaçon de mon dernier ouvrage, le Génie du Christianisme ; je serai de retour à Paris vers le 20 de novembre et j'espère y trouver votre réponse.
J'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur
Chateaubriand
Voici mon adresse :
Au C « Chateaubriand, rue St-Honoré, n° 85, près de la rue Neuve du Luxembourg, à Paris, France.
Paris, ce 17 octobre 1802.
Nous savions déjà par les Mémoires' qu'à cette date de 1802 Chateaubriand logeait « rue Saint-Honoré, à l'Hôtel d'Étampes, près la rue Neuve-du-Luxembourg » où habitait son amie, madame de Beaumont. D'autre part, rien de plus exact que le voyage d'Avignon. Si le correspondant de Bence Sparrow force un peu la note en disant qu'il part « à l'instant »1, du moins était-il à la veille de se mettre en route : car, le vendredi 15 octobre, il écrivait à Chênedollé2 : « Mon cher ami, je pars lundi pour Avignon, où je vais saisir, si je puis, une contrefaçon qui me ruine; je reviens par Bordeaux et par la Bretagne. » Il n'eut pas de peine à saisir la contrefaçon; il en saisit même deux : l'une, d'Atala; l'autre, du Génie du Christianisme. Mais, s'il avait compté sur leur produit pour acquitter sa dette de Beccles, il avait mal calculé.
1. Dès le 12 octobre, toutefois, il projetait d'entreprendre immédiatement le voyage. A cette date, sollicitant de Lucien Bonaparte des lettres de recommandation pour le préfet du Vaucluse, il écrivait : « On vient de contrefaire à Avignon le Génie du Christianisme. Si je ne veux pas être ruiné totalement, il faut que je parte à l'instant, et dans le plus grand secret, pour faire saisir l'édition. » (Cf. Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis, p. 109.) ↩
2. Cf. Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'Empire, t. II, p. 195. ↩
Nous lisons, en effet, dans les Mémoires3 :
3. 1. II, p. 310-311. ↩
Arrivé à Avignon la veille de la Toussaint, un enfant portant des livres m'en offrit : j'achetai du premier coup trois éditions différentes et contrefaites d'un petit roman nommé Atala. En allant de libraire en libraire, je déterrai le contrefacteur, à qui j'étais inconnu. Il me vendit les quatre volumes du Génie du Christianisme, au prix raisonnable de neuf francs l'exemplaire, et me fit un grand éloge de l'ouvrage et de l'auteur. Il habitait un bel hôtel entre cour et jardin. Je crus avoir trouvé la pie au nid : au bout de vingt-quatre heures, je m'ennuyai de suivre la fortune, et je m'arrangeai presque pour rien avec le voleur.
A dire juste, il ne retira guère de cette équipée que les frais de son voyage1 et le plaisir de visiter le midi de la France, où il n'était jamais allé.
1. Il écrivait à Fontanes, d'Avignon, le 6 novembre : « Si l'on ne contrefait que les bons ouvrages, mon cher ami, je dois être content, J'ai saisi une contrefaçon d'Atala et une du Génie du Christianisme. La dernière était l'importante; je me suis arrangé avec le libraire; il me paie les frais de mon voyage, me donne de plus un certain nombre d'exemplaires de son édition qui est en quatre volumes et plus correcte que la mienne ; et moi, je légitime mon bâtard, et le reconnais comme seconde édition » (Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis, p. 109-110.) ↩
Il revint, comme il l'annonçait à Chênedollé, par la Bretagne. Depuis dix ans qu'il avait quitté la terre natale, c'était la première fois qu'il larevoyait. Mais, comme il s'y rendait en cachette de Mme de Beaumont, il ne fit que la traverser en toute hâte. « Je ne pus, dit-il, que rester vingt-quatre heures auprès de ma femme et de mes sœurs2 ». Au vrai, il n'avait nul désir de s'attarder davantage, et sa femme, sa « veuve »3, ainsi qu'il l'appelait, n'était pas précisément pour le retenir. Il n'aspirait qu'à la laisser au plus vite derrière lui dans le mélancolique hôtel de Fougères où elle vivait1, comme une reléguée, des épaves d'une fortune que son mari n'avait pas peu contribué à entamer et dont la récente banqueroute d'un oncle venait d'engloutir un large débris. Il n'était donc pas absolument véridique en écrivant à Bence Sparrow : « Je suis si peu riche que je ne puis même faire venir ma femme à Paris ». Il y avait de cela peut-être, mais il y avait aussi autre chose, beaucoup d'autres choses.
2. Mém. d'O.-T., t. II, p. 326. ↩
3. Ibid., t. II, p. 227. « Ma jeune veuve ne me connaissait que par une union de quelques mois, par le malheur et par une absence de huit années ». ↩
1. Dans la rue Derrière, aujourd'hui rue Chateaubriand. ↩
Où il est tout à fait sincère, en revanche, c'est quand il fait entendre que sa désignation pour le poste de secrétaire d'ambassade à Rome n'est encore qu'à l'état de projet. La « famille du Consul » - c'est-à-dire : Lucien Bonaparte et Mme Bacciochi - s'employait depuis plus d'un an à le lui faire obtenir, mais il ne devait recevoir l'avis officiel de sa nomination que le 9 mai 1803. En octobre 1802, il en est donc toujours réduit, comme il le déclare, à ne compter, pour subsister, que sur le produit de ses ouvrages, qu'il se plaît, d'ailleurs, proclamer « assez considérable ».
De ces ouvrages, Bence Sparrow connaît le premier, Atala, qu'il a lu, comme il sied, avec admiration et dont il a sans doute fait de vifs compliments à l'auteur. Il n'est pas défendu de supposer que Chateaubriand, encore fidèle à cette époque aux amitiés de l'exil, avait eu la bonne pensée de lui adresser un exemplaire de son livre. Il n'en fut pas de même pour le Génie du Christianisme. La première édition française avait été mise en vente le 14 avril 1802, et nous voyons que, six mois après, le recteur de Beccles ignore qu'elle ait paru. Il ne semble même pas qu'il soit au courant de la nouvelle attitude d'âme adoptée par son ancien hôte, puisque Chateaubriand éprouve le besoin de l'en avertir, en reprenant, sous une autre forme, le fameux : « J'ai pleuré, et j'ai cru ». D'où il résulterait que, depuis la fin de 1798, date probable de la crise religieuse de Chateaubriand, celui-ci aurait cessé toutes relations, même épistolaires, avec l'homme qui lui avait si libéralement ouvert sa maison, sa bibliothèque et sa bourse.
Il faut, en effet, que les avances d'argent consenties par le ministre anglais à l'émigré nécessiteux aient été assez fortes pour que Chateaubriand - qui, tout en ne se souvenant point de ce qu'il doit, a tout de même quelque vague idée de ce qu'il peut devoir - demande non seulement des délais, mais la faculté de s'acquitter en plusieurs termes. II devait, du reste, à d'autres qu'à Bence Sparrow, si nous en jugeons par la seconde lettre qu'il lui adressait le 11 décembre 1802, et dont Kerviler, dans sa Bio-Bibliographie bretonne1, cite d'après les catalogues d'Eugène et d'Etienne Charavay, une phrase dans laquelle Chateaubriand prie son créancier de lui faire connaître la somme dont il est redevable, soit à lui, soit « à toute autre personne de Beccles »
1. Article : Chateaubriand et sa famille, p. 55. ↩
Cette seconde lettre, écrite au retour du voyage d'Avignon et de Bretagne, d'où Chateaubriand n'était rentré que vers le 5 ou 6 décembre1, donnerait à penser que Bence Sparrow n'avait pas encore répondu à la première. Sans doute regrettait-il déjà la démarche qu'il s'était permise en rappelant à son obligé une dette que celui-ci, plus riche de gloire que de pécune, craignait de n'être pas tout de suite en état de payer. La meilleure et la plus délicate manière de lui accorder du temps n'était-elle pas de garder envers lui le silence, jusqu'à ce qu'il estimât lui-même le moment opportun de le rompre ?
1. Dans une lettre du 27 novembre 1802, à Chênedollé, il lui donne rendez-vous pour le vendredi 3 décembre, soit à Vire, soit à Fougères, afin de s'acheminer ensemble vers Paris (Sainte-Beuve, Chateaubriand et son gr. litt., p. 197). ↩
Peut-être aussi le recteur de Beccles ne fut-il pas sans ressentir quelque chagrin du ton de la lettre que nous publions. Il est évident que les termes en sont un peu froids et distants. Des formules comme : « Si j'ai bien compris l'obscurité des dernières phrases de votre lettre, il parait que je vous suis redevable de quelque chose » ou comme : « Veuillez me mander sur-le-champ à quoi se monte la somme que je puis vous devoir », causèrent vraisemblablement une impression pénible au serviable étranger qui, après avoir attendu cinq ou six ans le règlement de sa créance, n'osait y faire qu'une timide allusion, comme en post-scriptum, à mots assez couverts pour être taxés d'obscurs. Il dut se dire que les temps étaient bien changés et que l'illustre auteur du Génie du Christianisme avait la gratitude moins enthousiaste que l'auteur encore inconnu de l'Essai.
Il est évident qu'à cette date le refroidissement était déjà profond, du côté de Chateaubriand. Il ne fit qu'augmenter avec les années. En 1822, rédigeant à Londres même la page de ses souvenirs relative à la période de Beccles, l'auteur des Mémoires est si détaché de Bence Sparrow - qui pourtant vivait encore - qu'il feint d'avoir oublié jusqu'à son nom. Il s'était sans doute libéré envers lui dans l'intervalle. Estimait-il que sa dette de cœur se trouvait réglée avec sa dette d'argent?
Si Bence Sparrow eût différé d'un an pour se rappeler au souvenir de son débiteur, il est à croire que les choses eussent pris une autre tournure et que le recteur de Beccles eût évité toute allusion, même obscure, à la question d'argent. La fin de 1803 devait, en effet, modifier dans le sens le plus heureux sa situation de cadet d'Angleterre, n'ayant à lui, pour faire face à ses nombreuses obligations, que le produit de ses prébendes et la dot apportée par sa femme. Le 30 décembre de cette année, il devenait, par la mort de son cousin, George Golding, l'héritier du patrimoine des Bence, ses ancêtres maternels1. Il était ainsi placé, du jour au lendemain, à la tête d'une vaste fortune. Conformément aux usages anglais, son premier soin, pour rendre hommage à la famille dont il héritait, en quelque sorte, le passé avec les biens, fut d'échanger son nom de Sparrow contre celui de Bence : il signa dorénavant Bence Bence, et c'est ce double vocable qu'on lit sur sa pierre funéraire, encastrée dans le dallage de l'église de Beccles, en avant du chœur, à côté de celle de sa femme, Henriette Elmy, qui le précéda de neuf ans dans la tombe2.
1. Une coupure de journal, recueillie par Wilton Rix, annonce ainsi la nouvelle : « Dans la nuit de vendredi est décédé, à l'âge de trente ans, George Golding, Esq., de Thorington Hall, en Suffolk. Cette mort va mettre le Rév. Bence Sparrow, recteur de Beccles, en possession d'une fortune considérable (a large estate) ». (Beccles Collection, div. III, vol. IV, p. 1068). ↩
2. Elle était la fille de William Elmy, Esq., de Beccles, et mourut le 9 juin 1815, à l'âge de 56 ans. ↩
Parmi les terres qui lui échurent, figurait le superbe domaine de Thorington Hall, avec son parc de deux cents acres3, ombragé de pins séculaires, et son antique manoir seigneurial, qu'il fit rebâtir en 1820 dans le style de l'époque, « au prix de seize mille livres », dit l'Histoire du Suffolk de William White4. C'est dans cette belle et noble demeure, restée la propriété de sa descendance, qu'il acheva paisiblement sa carrière, le 2 septembre 1824, à l'âge de soixante-dix-sept ans, ayant, comme on le voit, assez vécu pour apprendre le retour à Londres, en qualité d'ambassadeur de France, du gentilhomme breton qu'il avait autrefois secouru dans la misère et dont il n'eut pas la satisfaction de recevoir la visite, aux jours de la prospérité1.
3. Plus de quatre-vingts hectares en mesures de France. ↩
4. History, Gazetteen and Directory of Suffolk, 1855. « C'est, dit William White, une élégante maison de brique blanche, décorée d'un majestueux portique, et dont les nombreux appartements sont meublés avec goût » ↩
1. Nous verrons plus loin que l'ambassadeur eut, un instant, la ferme intention, qui ne fut, d'ailleurs, pas suivie d'effet, d'accomplir un pèlerinage en Suffolk, mais pour se rendre à Bungay, non à Beccles. ↩