Deuxième partie — Bungày
Chapitre I
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Les Mémoires d'Outre-Tombe moins avares de détails sur Bungay que sur Beccles. - Ce qu'ils nous disent des premiers rapports de Chateaubriand avec les Ives. - Nous partons pour Bungay. - Bungay, sœur jumelle de Beccles. - L'hôtel des « Trois Tonnes » et l'hôtel de « La Tête du Roi. - Le château de Hugues Bigot. - Coup d'œil sur le paysage. - Les églises de Holy Trinity et de St Mary. - Excursion au village de St Margaret Ilketshall dont le Révérend Ives était vicaire.
Si les Mémoires d'Outre-Tombe sont d'une brièveté un peu sèche pour ce qui regarde la période de Beccles, en revanche le séjour de Bungay leur a fourni quelques unes des pages les plus prenantes et les plus poignantes peut-être qui soient sorties de la plume de Chateaubriand. C'est que Beccles a pu donner au proscrit un asile, la subsistance matérielle, des protecteurs généreux et des livres, les meilleurs des amis; mais Bungay lui a fait un don unique, au prix duquel tous les autres ne sont rien : Bungay lui a donné le vrai pain de l'âme, Bungay lui a révélé l'amour. Rappelons les origines de cette chaste et pathétique idylle, telles que l'auteur des Mémoires nous les a contées1 :
1. Т. II, p. 133-134. ↩
A quatre lieues de Beccles, dans une petite ville appelée Bungay, demeurait un ministre anglais, le révérend M. Ives, grand helléniste et grand mathématicien. Il avait une femme jeune encore, charmante de figure, d'esprit et de manières, et une fille unique, âgée de quinze ans. Présenté dans cette maison, JJ fus mieux reçu que partout ailleurs. On buvait a la manière des anciens Anglais, et on restait deux heures à table après les femmes. M. Ives, qui avait vu l'Amérique, aimait à conter ses voyages, à entendre le récit des miens, à parler de Newton et d'Homère. Sa fille, devenue savante pour lui plaire, était excellente musi. cienne et chantait comme aujourd'hui madame Pasta. Elle reparaissait au thé et charmait le sommeil communicatif du vieux ministre. Appuyé au bout du piano, j'écoutais miss Ives en silence.
Que ces lignes nous suffisent pour l'instant. Nous lirons la suite de l'histoire sur les lieux mêmes. Acheminons-nous vers Bungay.
La route par laquelle Chateaubriand s'y rendait à cheval passe, au sortir de Beccles, entre le Rectory et la Leman's School, - où sont hospitalisés, en attendant la réouverture de leur institution, les élèves de la Fauconberge; - elle oblique peu après sur la droite, à partir des hauteurs de Grange, et longe, au flanc des collines, le bord méridional de la vallée dont elle épouse les sinuosités. Ombragée d'ormes et de chênes séculaires, elle doit être exquise à parcourir au printemps.
Nous, c'est tout prosaïquement la voie ferrée que nous allons prendre, sur l'autre rive de la Waveney, la rive norfolkienne, moins variée d'aspect, moins romantique, agréable tout de même, avec ses pentes longues, mollement inclinées, a où, parmi les pourpres automnales, éclatent en tons plus vifs les cottages rouge sombre ou rose clair, disséminés au milieu des bois.
Il fait un ciel doux, un peu indécis, moitié pluie et moitié soleil. Dans les prés, d'un vert d'ambre, coupés de menus canaux, comme un polder, les courbes de la rivière éveillent par intervalles un frisson d'argent. Çà et là s'étendent des pâtis communaux, - des commons, - hérissés de cet « ulex épineux » si cher à l'émigré de Beccles, parce qu'il lui rappelait les ajoncs de sa Bretagne. Près des fermes, des vaches au beau pelage ruminent, vautrées dans l'herbe ; des moutons à tête noire vont broutant; des laboureurs, d'une fière prestance de gentlemen, charment en bottes, les pieds à demi plongés dans la terre grasse... Nous franchissons deux, trois petites stations, paisibles et proprettes : une tour grise, ornée de quatre clochetons à ses quatre angles, se profile dans les vapeurs laiteuses, - et c'est Bungay.
Vous diriez la sœur jumelle de Beccles.
Comme à Beccles, la ville s'étage sur une éminence détachée en promontoire au-dessus de la vallée, et que la Waveney enserre d'une de ses boucles. Mais elle est peut-être encore plus curieuse et plus charmante, située au centre d'un paysage plus intime et plus enveloppant. Dès que l'on a quitté la gare et traversé le pont qui vous remet en Suffolk, une vieille rue, bordée de maisons bourgeoises, vous conduit è une petite place triangulaire qui est comme le cœur de la cité. Là s'élève une sorte de temple hexagonal, de style Renaissance, dont la coupole, appuyée sur des piliers massifs, porte à son sommet une statue de femme tenant à la main une balance, - symbole à la fois du commerce et de la justice : car cet édicule, qui ne préside plus qu'aux transactions agricoles, les jours de marché, a fait longtemps l'office de pilori, comme l'atteste le double carcan de fer encore scellé dans la pierre d'une de ses colonnes. - Un peu plus bas est la fontaine publique, autour de laquelle les langues vont leur train, tout comme dans nos bourgs de France, en attendant que les seaux aient fini de se remplir.
A l'entrée de la place, deux hôtels se dévisagent. L'un, avec sa pantagruélique enseigne : The Three Tuns1, évoque l'ère des grandes beuveries où les « nobles hommes » de Suffolk et de Norfolk étaient, dit-on, passés maîtres. Leurs descendants, qui ont sans doute d'autres habitudes, préfèrent aujourd'hui l'hôtel d'en face, plus confortable et mieux achalandé. Celui-ci s'appelle, à l'instar de son confrère de Beccles, le Ring's Head. Pourquoi toujours . cette « Tête de Roi » arborée, comme au bout d'une pique, à la tringle innocente de ces graves et pacifiques auberges d'Est Anglie? Je l'ai demandé, sans obtenir de réponse satisfaisante.
1. « Les Trois Tenes ». ↩
- C'est en souvenir de la décollation de Charles I°, - m'ont répété les gens de Bungay après ceux de Beccles.
Était-ce, pour les hôteliers du temps, une manière de protester de leur loyalisme envers les Stuarts, ou, au contraire, d'afficher leurs sentiments cromwelliens ? Il ne m'a pas été possible de le savoir. Peut-être ne le savait-on déjà plus, à l'époque où Chateaubriand s'établit en ces parages. Et il ne dut guère s'en étonner, lui qui, à Londres même, visitant sous les fenêtres murées de Whitehall le lieu consacré par la mort du roi, n'y trouvait qu'une solitude où « quelques manœuvres équarissoient des pierres en sifflant avec insouciance ». Il rentra chez lui, dit-il, « plein de philosophie et de tristesse, et plus que jamais convaincu de la vanité de la vie, et du peu, du très peu d'importance de ses plus grands événements1 ».
1. Essai, t. II, p. 97, note 1. - C'est le passage que l'on retrouve dans René (Œuvres complètes, t. XVIII, p. 109) sous cette forme : & Comme je me promenois un jour dans une grande cité, en passant derrière un palais, dans une cour retirée et déserte, j'aperçus une statue qui indiquait du doigt un lieu fameux par un sacrifice. Je fus frappé du silence de ces lieux; le vent seul gémissoit autour du marbre tragique. Des manœuvres étoient couchés avec indifférence au pied de la statue, ou tailloient des pierres en sifflant. Je leur demandai ce que signifioit ce monument : les uns purent à peine me le dire, les autres ignoroient la catastrophe qu'il retraçoit. Rien ne m'a plus donné la juste mesure des événements de la vie et du peu que nous sommes. Que sont devenus ces personnages qui firent tant de bruit? Le temps a fait un pas, et la face de la terre a été renouvelée ». ↩
Gagnons cependant le King's Head, dont le propriétaire est, si je ne me trompe, le richissime duc de Norfolk : c'est à lui qu'appartiennent, en tout cas, les ruines féodales qui dominent de leur masse encore imposante la cour de l'hôtel. On y accède du fond de cette cour par un étroit escalier creusé au revers d'une énorme butte artificielle. Là s'élevait autrefois le château de Bungay, à la pointe la plus extrême du promontoire qui porte la ville. Notre premier soin est, naturellement, d'y grimper.
S'il y eut dans ce coin du monde un asile où la nostalgie de Chateaubriand prit plaisir à se réfugier, ce fut assurément celui-ci. C'est un Combourg dévasté, croulant, un Combourg dont il ne subsiste plus que le spectre des tours et les pans déchiquetés des murailles. Mais les restes en ont encore fière mine sous les opulentes nappes de lierre qui les ensevelissent à moitié. Au xI° siècle, la forteresse passait pour inexpugnable, et le Normand Hugues Bigot, qui la fit construire, pouvait, à l'abri de ses créneaux, dire, en parlant de Henri II contre lequel il vécut en rébellion ouverte :
When I am in my castel of Bungay,
Upon the river of Waveney,
I would no care for the king of Cockney1.
1. « Quand je suis dans mon château de Bungay, - sur la rivière la Waveney, - je me moque pas mal du roi de Cockney (le roi de Londres, où l'on parle cockney) » ↩
Une esplanade herbeuse, une véritable « cour verte1 », occupe le milieu des ruines. Tout au fond, l'embrasure vide d'une fenêtre, demeurée intacte dans un mur reliant deux tours, encadre une jolie vue de nature, gracieuse et fraîche comme un paysage de keepsake, avec des toits de tuiles moussues qui dégringolent en cascade, un bout de rivière qui miroite entre des saules, des prés qui fument, et des silhouettes de collines aux teintes changeantes, moirées de lumière et d'ombre, qui tremblent sur l'horizon. Que si l'on gravit les marches assez scabreuses qui permettent d'atteindre au faîte du donjon, l'ampleur du spectacle a quelque chose de saisissant, de fascinating, - pour me servir d'une épithète dont abusent volontiers les Anglais. - L'ondulante contrée semble soulever vers vous les volutes immobiles de ses vagues, et, plus encore ici qu'à Beccles, lorsque vous essayez d'en caractériser l'image, ce sont les termes mêmes de l'auteur des Mémoires d'Outre-tombe décrivant sa Bretagne de Combourg qui, par une sorte de hantise inéluctable, s'imposent à votre esprit : pays « entrecoupé de fossés boisés » qui lui donnent « l'air d'une forêt »; « vallons étroits arrosés par de petites rivières non navigables, séparés par des landes et par des futaies » ; « campagnes pélagiennes1 » dans les lointains de l'ouest; au sud, au nord, terrains s'élevant par degrés » et « formant des amphithéâtres d'arbres » d'où pointent « des campaniles de villages2: » - avec cette différence seulement qu'au lieu de s'appeler Bécherel, Dingé, Tinténiac, ces villages s'appellent Earsham, Ditchingham ou S' Margaret Ilketshall... Par une singulière coïncidence, comme, les yeux pleins d'une vision qui, des rives de la Waveney, nous a reportés aux bords du Linon3, nous redescendons, le docteur Gostling et moi, de notre belvédère moyenâgeux », voici qu'un superbe chat, aussi haut sur pattes qu'un jeune tigre, s'échappe je ne sais d'où, vient mystérieusement se frôler à nos personnes, puis disparaît dans une lézarde, comme le génie familier du lieu. En Bretagne, on n'eût pas manqué de le tenir pour l'âme réincarnée en bête de Hugues Bigot, premier duc de Norfolk; et nul ne s'étonnera qu'il nous ait fait souvenir de son macabre congénère des Mémoires, le familier de Coëtquen Jambe-de-bois, qui jadis rôdait avec le fantôme de son maître par la tourelle ou René adolescent avait sa chambre⁴, et dont on vous exhibe aujourd'hui, dans un des salons de Combourg, le squelette désormais inoffensif.
1. Mém. d'O.-I., t. 1, p. 136. ↩
1. C'était, on s'en souvient, le nom d'une des cours du château de Combourg : « En sortant de l'obscurité des bois, nous franchîmes une avant-cour plantée de noyers...; de là nous débouchâmes, par une porte bâtie, dans une cour de gazon, appelée la Cour Verte ». (Mém. d'O.-I., t. 1, p. 70.) ↩
1. Mém, đO.-T., t. 1, p. 67.
2. Ibid., p. 74. ↩
3. C'est le nom de la rivière qui alimente l'étang de Combourg ↩
Après son château, ce que Bungay présente de plus intéressant, ce sont ses églises. Il y en a deux, entourées chacune de leur vieux cimetière, et qui voisinent, ménageant au centre de la ville une oasis de verdure et de silence, coupée seulement par la chaussée solitaire et presque sans maisons de Trinity Street.
La plus ancienne, Holy Trinity, dont la tour ronde et crénelée remonte, dit-on, à l'époque saxonne, est un de ces sanctuaires délicieusement vétustes où flotte, sous les voûtes, dans l'air alourdi, comme saturé de prière, un vague relent de choses défuntes, une indéfinissable odeur de passé. C'est là, contre la paroi du chevet, que l'on a fixé la tablette commémorative, en marbre blanc, d'Ann Scott1, de son mari, et de leur fils unique, John Barber Scott, né le 24 février 1792, mort le 10 septembre 1862; au bas de l'inscription, un champ de blé můr, sculpté en relief, illustre la parole de saint Paul sur la résurrection : « Ce que tu sèmes ne reprend point vie, s'il ne meurt ».
1. Cf. ci-dessus, p. 50. ↩
L'autre église, plus vaste, et de pur style gothique, est celle de S' Mary. Elle dépendait primitivement d'un couvent de Bénédictines, dont il subsiste encore, dans les pelouses du cimetière, quelques débris de murailles et quelques arceaux, - soignés, nettoyés, parés, enguirlandés avec cette piété presque excessive que l'Angleterre prodigue aux moindres monuments de son histoire. - A l'intérieur de l'édifice, qui n'a de remarquable que sa lumineuse nudité, nous avons la satisfaction d'être accueillis par le ministre de la paroisse, M. Hurst, homme d'étude et homme d'action, à figure martiale d'officier d'artillerie plutôt que de clergyman.
Il sait pourquoi nous venons et met sur l'heure à notre disposition son clerk et ses archives. Quant à lui, tout entier aux questions actuelles, il n'a guère le temps de se passionner pour les vieilleries encloses aux pages des registres. Le clerk, en revanche, M. Adams, qui a hérité sa charge de plusieurs générations d'ancêtres, est né fouilleur de paperasses. Il possède à fond les annales de son église et de sa ville. Non content de nous ouvrir les armoires paroissiales, il nous emmène chez lui, dans une maigre échoppe de tailleur, - car il manie l'aiguille aux heures que lui laissent ses fonctions de sacriste, - et, sur l'humble comptoir jonché de lambeaux d'étoffes, il nous donne à compulser le livre de raison où son grand-père consigna ses faits et gestes dans les premières années du xix° siècle. Je dois ainsi à l'obligeance de M. Adams plusieurs renseignements d'un vif intérêt qui trouveront leur place au cours de cette étude.
Il en est un que nous utiliserons dès présent. M. Adams me confirme, en effet, l'exactitude d'une information sur laquelle j'étais tombé, la veille, dans la petite bibliothèque municipale de Beccles, en feuilletant les Antiquités du Suffolk1, par Alfred Suckling : à savoir que « le révérend M. Ives » des Mémoires était « vicaire » de S'-Margaret Ilketshall, et non point ministre de Bungay. C'est le moins que nous commencions par rendre visite à sa cure, ne serait-ce que pour traverser un paysage qui fut certainement associé à quelques-unes des plus troublantes émotions de Chateaubriand.
1. Pour le titre complet de l'ouvrage, cf. ci-dessus, p. 27. ↩
Ilketshall est un petit village de la banlieue de Bungay, trois milles environ vers le sud. Nous nous y transportons dans l'antique landau du King's Head, conduits par un cocher solennel dont la souquenille vert-prune et le vaste chapeau tromblon semblent décrochés d'un musée des costumes.
Le temps a décidément tourné au noir. Il ne pleut pas encore, mais une pénombre endeuillée plane, avec les grandes nues en marche, sur la campagne montueuse, accidentée, où le chemin s'enfonce parfois comme un tunnel entre un double talus broussailleux, sous des enchevêtrements de ramures aux frondaisons à peine éclaircies par l'automne. Après le deuxième mille environ, passé la borne blanche qui marque la limite du territoire de Bungay, notre véhicule roule sur un haut plateau dont les glèbes fromenteuses et les champs de betteraves se perdent aux confins embrumés du ciel. Deux rangées de chênes quatre et cinq fois séculaires nous accompagnent quelques minutes. Presque pas trace d'habitations humaines dans ce désert. Une seule ferme, avec sa cour boueuse et son abreuvoir d'eau croupie, comme en me-et-Vilaine. Cependant, au bout de la perspective, dans un léger repli du sol, une tour ronde apparaît, rappelant celle de Holy Trinity. Et nous faisons notre entrée dans le village d'Ilketshall, - si, toutefois, cinq ou six masures éparses peuvent mériter le nom de village.
On pénètre dans le cimetière par une espèce de portique en bois, surmonté d'un auvent de tuiles au-dessus duquel se déploie l'immense architecture végétale d'un frêne géant. Rien de plus sauvage que cet enclos des morts, où triomphent toutes les puissances de la libre nature. Vous diriez une clairière de forêt vierge. Dans une herbe qui ne se souvient pas d'avoir été tondue gisent, çà et là, des pierres rongées de mousse, qui sont peut-être de simples éclats de roches, et , peut-être des tombes. Signalons néanmoins un bouquet de chrysanthèmes récemment déposé sur un tertre sans nom. Des rideaux d'arbres, des fourrés d'aubépine, des treillis de grandes ronces, suspendues comme des lianes, enveloppent cette solitude. Pas d'autre bruit que des chants d'oiseaux et la mélopée de la brise d'automne dans la chevelure des pins. On imagine aisément quel éden, quel « paradou » foisonnant de verdure et de fleurs, doit être un pareil lieu, à la belle saison. Mais, par cette grise après-dînée de novembre, l'impression qu'il produit est plutôt mélancolique.
Et ce n'est plus seulement de la mélancolie, c'est de l'angoisse, c'est un serrement de cœur que l'on éprouve, dès que l'on a franchi le seuil de l'église. Combien vieille, cette église, et combien triste, combien pauvre, - d'une pauvreté d'autant plus pénible qu'elle tâche à se montrer plus décente !... Je comprends que son pasteur, M. Olliver, ne soit jamais pressé d'en ouvrir les portes ni d'en laisser voir le dénuement aux amateurs de pittoresque, trop nombreux à son gré, qui, l'été, choisissent S'-Margaret comme but de promenade.
Nous avons dû parlementer avec lui un bon quart d'heure, sous la petite véranda venteuse de son plus que modeste presbytère, avant de réussir à dissiper ses doutes sur l'honnêteté de nos intentions. Son esprit se refusait à concevoir que j'eusse passé la mer et fait le voyage d'Ilketshall pour le seul plaisir de jeter un coup d'œil dans la misérable église d'un misérable village, - tout cela parce qu'un de ses prédécesseurs, mort depuis cent ans, y venait célébrer l'office, le dimanche, lorsque le temps n'était pas trop mauvais ou que des affaires plus urgentes ne l'appelaient point ailleurs1...
1. « Dans les campagnes, - dit Chateaubriand (Essai, t. II, p. 250) -, les temples, restent fermés pendant la semaine, et tout s'y borne à quelques courtes prières le dimanche. ↩