Première partie — Beccles
Chapitre VII
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Les tournées de Chateaubriand aux environs de Beccles. - Son opinion sur les « grands», - Sa réputation de médiocre cavalier : anecdote à ce sujet, rapportée par Wilton Rix. - Désagréments que lui valaient parfois ses tournées. - Avantages qu'il en retirait. - La vie en plein air avec la nature. - Chateaubriand naturaliste et botanophile. - Le « cresson voyageur »
L'enseignement dont Chateaubriand était chargé à la Brightley's School, pour les élèves des deux écoles, ne lui prenait, en effet, qu'une assez faible partie de son temps, et, probablement, ne lui fournissait qu'un subside assez restreint. Il mettait donc i profit ses journées libres en colportant son français à domicile, dans les halls et les châteaux d'alentour, chez les « grands », chez les « riches », auxquels il avait été recommandé par la bienveillance de Bence Sparrow.
Ce n'était pas toujours le plus gai de sa besogne, si nous en jugeons par ces lignes de l'Essai1:
1. 1. II, p. 68. ↩
La vue de la misère cause différentes sensations chez les hommes. Les grands, c'est-à-dire les riches, ne la voient qu'avec un dégoût extrême ; il ne faut attendre d'eux qu'une pitié insolente, que des dons, des politesses, mille fois pires que des insultes.
Par contre, son principal moyen d'existence lui venait, j'imagine, de ces tournées. Il les faisait ordinairement à cheval, à cause de la longueur des distances et aussi de l'état des chemins. Aujourd'hui encore, c'est le mode de locomotion le plus habituel en ce pays d'élevage, où l'équitation reste le sport par excellence. On ne voyage pas dans les vallées ou sur les coteaux du Suffolk sans croiser, à chaque instant, quelque gentleman rider, coiffé de feutre gris, botté de cuir jaune; et, le vendredi soir, jour du marché de Beccles, c'est tout un escadron de fermiers et de propriétaires ruraux qui s'éparpille à la brune vers les manoirs et les cottages de la banlieue.
Il ne semble pas que Chateaubriand ait laissé une très brillante réputation équestre parmi cette population de centaures. Il était loin, paraît-il, d'être un cavalier hors de pair1. Peut-être aussi les montures qu'il se procurait chez le loueur de l'endroit1 chauvissaient-elles parfois des oreilles, comme cette Heureuse dont il nous a si joliment conté les exploits dans un délicieux morceau des Mémoires2. Dans tous les cas, voici l'anecdote qui s'est perpétuée sur lui dans la région et que Wilton Rix recueillit des lèvres véridiques, d'un de ses respectables concitoyens, lequel la tenait lui-même de M. Brightley. Certain après-midi que M. de Combourg venait de se mettre en selle pour une de ces teaching expeditions3 qu'il accomplissait aux environs, sa bête, peu maniable, s'emballa. Impuissant à la maîtriser, il perdit les étriers et la tête. Les gens de Beccles le virent avec stupeur passer devant leurs portes, ventre à terre, cramponné à la crinière de son bucéphale de louage, hurlant : « Au secours! », criant d'angoisse, dans un anglais incorrect qui disait tout juste le contraire de ce qu'il voulait signifier :
1. Il convient lui-même que, sous ce rapport, son éducation avait été négligée : « ... Dans les idées de mon père, un officier de marine ne devait savoir manier que son vaisseau. J'étais réduit à monter à la dérobée deux grosses juments de carrosse ou un grand cheval pie... Je ne me suis jamais beaucoup soucié de chevaux, quoique j'aie mené la vie d'un Tartare, et, contre l'effet que ma première éducation aurait dû produire, je monte à cheval avec plus d'élégance que de solidité » (Mém. d'O.-1., t. 1, p. 98). ↩
1. D'après un correspondant de M. Dick, Chateaubriand aurait eu, à un moment donné, un poney blanc, lui appartenant en propre. ↩
2. T. I, p. 208-209. - La course effrénée où l'entraîne cette jument, pendant qu'il suit la chasse royale, n'est pas sans quelque ressemblance avec la mésaventure que va nous rapporter Wilton Rix. ↩
3. Expéditions d'enseignement. ↩
1 will be killed ! Nobody shall save me!
C'était à peu près comme s'il eût dit : « Je tiens à me rompre le cou ! Que personne ne s'avise de me sauver ! » Cet emploi fautif de will pour shall, et réciproquement, est une bévue classique, une de celles que nos voisins d'Outre-Manche attribuent le plus communément aux étrangers encore novices dans leur langue. Chateaubriand est peut-être le millionième à qui on la prête. Wilton Rix veut cependant qu'il ait été coutumier de ce quiproquo, et il en cite comme preuve le solécisme : « The gentleman who shall deliver » - (au lieu de will deliver), - contenu dans la lettre au docteur Davey dont nous avons publié le texte. Quoi qu'il en soit, il reste de l'aventure elle-même que le jeune professeur de français n'était pas un écuyer de premier ordre. Il sera bon de nous en souvenir, quand nous le suivrons à Bungay.
Si les promenades qu'il entreprenait de la sorte, pour gagner sa vie, la mettaient parfois en péril, il en retirait, à d'autres égards, un fruit singulièrement salutaire. Je ne parle pas des prévenances dont il était l'objet dans les familles de ses élèves. Il ne les acceptait qu'avec une réserve ombrageuse, toujours sur le qui-vive, persuadé qu'« on se familiarise aisément avec le malheureux » et que celui-ci « se trouve sans cesse dans la dure nécessité de se rappeler sa dignité d'homme, s'il ne veut que les autres l'oublient »1. Puis, en plus d'une circonstance, il eut certainement à souffrir, non seulement dans sa sauvagerie native, encore exaspérée par le chagrin, mais aussi dans son inquiète susceptibilité de proscrit. Il estclair, par exemple, qu'ici ou là, dans l'une quelconque des maisons qu'il hantait, il lui arriva d'entendre énoncer à table, principalement à l'heure du porto, les aphorismes, plus maladroits que malintentionnés, contre lesquels il proteste avec une exaspération si légitime dans l'Essai1 :
1. Essai, t. II, p. 71. ↩
1. T. I, p. 33-3+. ↩
Un bon étranger, au coin de son feu, dans un pays bien tranquille, sûr de se lever le matin comme il s'est couché le soir, en possession de sa fortune, la porte bien fermée, des amis au dedans et la sûreté au dehors, prononce, en buvant un verre de vin, que les émigrés français ont tort, et qu'on ne doit jamais quitter sa patrie; et ce bon étranger raisonne conséquemment. Il est à son aise, personne ne le persécute, il peut se promener où il veut sans crainte d'être insulté, même assassiné; on n'incendie point sa demeure, on ne le chasse point comme une bête féroce, le tout parce qu'il s'appelle Jacques et non pas Pierre, et que son grand-père, qui mourut il y a quarante ans, avoit le droit de s'asseoir dans tel banc d'une église, avec deux ou trois arlequins en livrée derrière lui. Certes, dis-je, cet étranger pense qu'on a tort de quitter son pays.
C'est au malheur à juger du malheur. Le cœur grossier de la prospérité ne peut comprendre les sentiments délicats de l'infortune.
Puis, si les femmes dont se composait surtout sa clientèle étaient « charmées » de l'avoir « pour parler français& » avec lui, il y en avait nécessairement plus d'une dans le nombre qu'il n'éprouvait, lui, aucune espèce de charme à faire converser. • Telles, par exemple, ces dames ou demoiselles Bedingfield dont il déclare qu'elles « n'ont pas le sens commun », qu' « elles sont ignorantes et mal élevées1 ».
1. Cité par Sainte-Beuve (Chateaubriand et son groupe littéraire sous ( Empire, t. 1, p. 179, note 1) d'après l'exemplaire de l'Essai qu'il appelle l'Exemplaire confidentiel. ↩
Mais, outre que les réceptions hospitalières qui 'lui étaient faites dans ses tournées ne comportaient qu'exceptionnellement de pareilles rançons, de quel réconfort ne lui furent pas ces libres équipées par les routes rustiques, après les sombres mois de réclusion dans les garrets londoniens ! A l'aller comme au retour, il goûtait du moins le bienfait de l'exercice en plein air, la joie d'ouvrir largement ses poumons, de boire la pluie et le soleil, de respirer le vent. Il était arrivé en Suffolk avec une constitution fort délabrée par les fatigues du camp de Thionville et les privations de Londres. Le régime de Beccles ne tarda pas à la raffermir. « Les courses que je faisais à cheval - dit-il dans les Mémoires²: - me rendirent un peu de santé. »
Elles lui rendirent cet autre élément vital, la nature. Comparée à la forêt vierge d'Amérique, la campagne anglaise dut évidemment lui paraître un peu rétrécie et trop humanisée. Elle était, en revanche, nous l'avons vu, pour lui rappeler de très près les chères, les nostalgiques images de son pays de Combourg. Ici, comme là-bas, c'était, il est vrai, « partout la même chose et le même aspect¹ ». Mais, ici, comme là-bas, cette monotonie même, d'ailleurs infiniment nuancée, ne laissait pas d'être apaisante et douce. « L'Angleterre, avoue-t-il, était triste, mais charmante2? », - triste sans doute, parce qu'il la regardait à travers ses dispositions intimes quine se prêtaient guère à l'allégresse. Car la physionomie du Suffolk n'est rien moins que mélancolique, et si le « merry England3 » a jamais été de mise quelque part, c'est assurément en cette molle contrée verte, peuplée d'arbres, veinée de rivières, fraîche et riante à souhait.
2. Ibid., même page. ↩
3. « Joyeuse Angleterre ». ↩
Triste ou gaie, d'ailleurs, il n'importe. Chateaubriand lui fut, tout compte fait, redevable des jouissances qui pouvaient le mieux endormir ses regrets de banni, exalter son cœur de Breton et de poète : n'y était-il point comme enveloppé par la grâce toujours neuve, la beauté toujours émouvante des ciels, des eaux et des bois? Nous avons là-dessus son témoignage direct, car il n'y a pas à nier qu'elle fut écrite à Beccles, - le soir de quelque chevauchée scolaire, sous la dictée immédiate des paysages semi-terrestres, semi-marins du Suffolk, - cette page si fervente de l'Essai, dans le célèbre chapitre : « Aux infortunés⁴».
Lorsque les chances de la destinée nous jettent hors de la société, la surabondance de notre âme, faute d'objet réel, se répand jusque sur l'ordre muet de la création, et nous y trouvons une sorte de plaisir que nous n'aurions jamais soupçonnée. La vie est douce avec la nature... Que celui que le chagrin mine s'enfonce dans les forêts; qu'il erre sous leur voûte mobile; qu'il gravisse la colline, d'où l'on découvre, d'un côté, de riches campagnes, de l'autre, le soleil levant sur des mers étincelantes, dont le vert changeant se glace de cramoisi et feu; sa douleur ne tiendra point contre un pareil spectacle : non qu'il oublie ceux qu'il aima, car alors ses maux seroient préférables; mais leur souvenir se fondra avec le calme des bois et des cieux : il gardera sa douceur et ne perdra que son amertume. Heureux ceux qui aiment la nature : ils la trouveront, et trouveront seulement elle, au jour de l'adversité1.
1. Il est intéressant de comparer ce qu'il en dira huit ou neuf ans plus tard dans la lettre écrite de Rome à Fontanes, le 10 janvier 1804 (Œuvres complètes, t. XIII, p. 84-85) : « Aujourd'hui je m'aperçois que je suis beaucoup moins sensible aux charmes de la nature ; je doute que la cataracte du Niagara me causât la même admiration qu'autrefois. Quand on est très jeune, la nature muette parle beaucoup; il y a surabondance dans l'homme; tout son avenir est devant lui (si mon Aristarque veut me passer cette expression); il espère communiquer ses sensations au monde, et il se nourrit de mille chimères. Mais dans un âge avancé, lorsque la perspective que nous avions devant nous passe derrière, que nous sommes détrompés sur une foule d'illusions, alors la nature seule devient plus froide et moins parlante, les jardins parlent peu. Pour que cette nature nous intéresse encore, il faut qu'il s'y attache des souvenirs de la société; nous nous suffisons moins à nous-mêmes : la solitude absolue nous pèse, et nous avons besoin de ces conversations qui se font le soir à voix basse entre des amis ». ↩
A cette époque de sa vie, toutefois, la nature ne le captivait pas uniquement par elle-même, par la seule impression de sa magie, ou comme un cadre bénévole et splendide aux chimères de son esprit : il y voyait encore une matière d'études, un prétexte à ces spéculations de botanique sentimentale et finaliste, pour lesquelles il s'était passionné, comme la plupart de ses contemporains, sous T'influence de Rousseau et surtout de Bernardin de Saint-Pierre. On ne passait pour « amant de la nature » qu'autant que l'on était à quelque degré naturaliste. Chateaubriand l'était ou croyait l'être. Il se piquait de se connaître en géologie comme en botanique. A Paris, il avait beaucoup vécu avec « M. M., célèbre minéralogiste » du temps. Aux Açores, en Amérique, en Allemagne, voyageur ou soldat, il s'était livré à de graves méditations concernant les pierres, les arbres, les lichens1. A Londres, plus tard, quand il envisagera la possibilité prochaine du retour en France, il projettera de prendre un logement au jardin des Plantes1. A Beccles, sa distraction favorite est d'herboriser. Il se peint à nous « armé de ses ciseaux, de son style, de sa lunette », s'en allant « tout courbé », le long des « fossés d'un vieux chemin, s'arrêtant au massif d'une tour en ruine, aux mousses d'une antique fontaine, à l'orée septentrionale d'un bois », ou parcourant « des grèves que les algues festonnent de leurs grands falbalas frisés et couleur d'écaille fondue1 ».
1. Il écrit dans une note de l'Essai (t. I, p. 17, note 2) : « J'avais recueilli moi-même un grand nombre d'observations botaniques et minéralogiques sur l'antiquité de la terre. J'ai compté, sur des montagnes d'une hauteur médiocre, qui courent du sud-est au nord-ouest, par le 42e degré de latitude septentrionale, en Amérique, jusqu'à treize générations de chênes, évidemment successives sur le même sol. On m'a montré en Allemagne une pierre calcaire seconde, formée des débris d'une pierre calcaire première : ce qui nous jette dans une immensité de siècles. M. M., célèbre minéralogiste de Paris, m'avoit assuré avoir trouvé auparavant cette même pierre dans les environs de Montmartre. A Gracioza, l'une des Açores, j'ai ramassé des laves si antiques qu'elles étaient revêtues d'une croûte de mousse pétrifiée de plus d'un demi-pouce d'épaisseur. Enfin, à l'île Saint-Pierre, sur la côte désolée qui regarde l'île de Terre-Neuve, dont elle est séparée par une mer bruyante et dangereuse, toujours couverte d'épais brouillards, j'ai examiné un rocher formé de couches alternatives de lichen rouge qui avait acquis la dureté du granit. » Par « M. M. », Chateaubriand veut désigner M. Monet ou Monnet, inspecteur des Mines, auteur de l'Atlas minéralogique de la France. L'auteur des Mémoires nous donne à entendre qu'il avait eu quelque inclination pour sa fille (t. I, p. 306- 307) : « M. Monet, directeur des Mines, et sa jeune fille, envoyés par Madame Ginguené, venaient quelquefois distraire ma sauvagerie (au théâtre). Mademoiselle Monet se plaçait sur le devant de la loge; je m'asseyais moitié content, moitié grognant, derrière elle. Je ne sais si elle me plaisait, si je l'aimais ; mais j'en avais bien peur, Cependant j'allais quelquefois, à la sueur de mon front, la chercher chez elle, pour l'accompagner à la promenade : je lui donnais le bras et je crois que je serrais un peu le sien » D'après ce passage, c'est par les Ginguené que Chateaubriand avait été mis en rapports avec Monet, Il avait pu l'être aussi par un de ses compatriotes bretons, Louiche Desfontaines, du Tremblay, près de Fougères, botaniste éminent, qui venait, à cette époque, d'être nommé professeur au Jardin des Plantes où enseignait également Monet. ↩
1. Exemplaire confidentiel, cité par Sainte-Beuve (Chateaubriand et son groupe littéraire, t. I, p. 171, note 1). ↩
1. Toutes ces citations et celles qui suivent sont tirées du chapitre : « Aux Infortunés » (Essai, t. II, p. 77-79). ↩
Ses préférences vont naturellement aux plantes « qui, par leur accidents, leurs goûts, leurs mœurs, entretiennent des intelligences secrètes avec son âme ». Il « se plaît à rencontrer la tulipa silvestris qui se retire comme lui sous les ombrages les plus solitaires ; il s'attache à ces lis mélancoliques, dont le front penché semble rêver sur le courant des eaux »; dans « l'ulex épineux, couvert de ses papillons d'or, qui présente un asile assuré aux petits des oiseaux », il révère « une puissance protectrice du foible »; les « thyms et les calamens, qui embellissent généreusement un sol ingrat de leur verdure parfumée » deviennent, à ses yeux, « le symbole de l'amour de la patrie ». Est-il besoin d'ajouter qu'il n'a garde d'omettre le « saule au port languissant », ou « cette famille américaine qui laisse pendre ses branches négligées comme dans la douleur » Parfois, ô candeur! il se flatte de la glorieuse illusion qu'il a découvert une espèce inconnue. Tout aussitôt, le voilà, nouveau Linné, occupé de la décrire minutieusement, en termes techniques, et de lui imposer un nom tiré des analogies qu'elle lui paraît offrir avec son propre moi. Humbles satisfactions, mais profondes, mais pénétrantes, et dont la trace devait persister, à sept ou huit ans de là, jusque dans le Génie du Christianisme, comme l'atteste le morceau du « cresson voyageur », écrit évidemment aux jours de Beccles et, selon toute probabilité, au printemps de 1795 :
On nous a montré au bord de l'Yar, petite rivière du comté de Suffolk en Angleterre, une espèce de cresson fort curieux : il change de place, et s'avance comme par bonds et par sauts. Il porte plusieurs chevelus dans ses cimes ; lorsque ceux qui se trouvent à l'une des extrémités de la masse sont assez longs pour atteindre au fond de l'eau, ils y prennent racine. Tirées par l'action de la plante qui s'abaisse sur son nouveau pied, les griffes du côté opposé lâchent prise, et la cressonnière, tournant sur son pivot, se déplace de toute la longueur de son banc. Le lendemain on cherche la plante dans l'endroit où on l'a laissée la veille, et on l'aperçoit plus haut ou plus bas sur le cours de l'onde, formant, avec le reste des familles fluviatiles, de nouveaux effets et de nouvelles harmonies. Nous n'avons vu ni la floraison ni la fructification de ce cresson singulier, que nous avons nommé MIGKATOR, voyageur, à cause de nos propres destinées1.
1. Génie du Christianisme, t. I, p. 185-186. - Dans d'autres éditions, Chateaubriand écrit VIATOR, au lieu de MIGRATOR. ↩
Ainsi, tout en courant le cachet, il courait la campagne, et les corvées fastidieuses du professeur de français s'achevaient en idéales voluptés pour le botanophile. « Oh ! qu'avec délices, s'écrie-t-il, on rentre dans sa misérable demeure, chargé de la dépouille des champs ! »1.
1. Essai, t. II, p. 79. - Dans le tome 1, p. 321, Chateaubriand avait déjà exalté les bienfaits de la botanique : « Au lieu de t'entretenir des haines sociales - écrivait-il dans une apostrophe à l'Homme -, observe les paisibles générations, les douces sympathies, et les amours du règne le plus charmant de la nature. Alors, tu ne connoîtras que des plaisirs. Tu auras du moins cet avantage que, chaque matin, tu retrouveras tes plantes chéries; dans le monde, que d'amis ont pressé le soir un ami sur leur cœur, et ne l'ont plus trouvé à leur réveil! » Faut-il rappeler que, plus tard, il prêtera ce goût de la botanique à l'un de ses héros? Il dit d'Aben-Hamet, dans Les aventures du dernier Abencerrage (Œuvres complètes, t. XVIII, p. 161) : « Un jour il herborisoit dans la vallée du Douro ». ↩