Texte de Sainte-beuve
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : V. Lecoffre, 1906, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Mais ai-je tout dit dans l'Itinéraire, sur ce voyage commencé au port de Desdémone et d'Othello? Allais-je au tombeau du Christ dans les dispositions du repentir? Une seule pensée m'absorbait; je comptais avec impatience les moments. Du bord de mon navire, les regards attachés sur l'étoile du soir, je lui demandais des vents pour cingler plus vite, de la gloire pour me faire aimer. J'espérais en trouver à Sparte, à Sion, à Memphis, à Carthage, et l'apporter à l'Alhambra.
Comme le cœur me battait en abordant les côtes d'Espagne! Aurait-on gardé mon souvenir ainsi que j'avais traversé mes épreuves ? Que de malheurs ont suivi ce mystère! Le soleil les éclaire encore, la raison que je conserve me les rappelle. Si je cueille à la dérobée un instant de bonheur, il est troublé par la mémoire de ces jours de séduction, d'enchantement et de délire1.
1. C'est le texte du cahier manuscrit. Soit volontairement, soit par la faute des typographes, Sainte-Beuve ne l'a pas toujours reproduit très exactement quand il l'a cite. Ainsi, saut dans la premiere citation (1836), il a omis et remplacé par des points le membre de phrase : « la raison que je conserve me les rappelle ». Il a écrit, ici Desdémona, là Desdémone ; tantôt « attachés sur l'étoile », tantôt « attachés à l'étoile ». Au lieu de : « ces jours d'enchantement et de déare », d'après M. Troubat que j'ai d'abord suivi, il faudrait lire et de désir. Le mot est peu lisible dans le cahier manuscrit, mais on a fait observer qu'on pouvait, à la rigueur, y voir délire, et, comme Sainte-Beuve a toujours transcrit le passage ainsi, je crois en définitive qu'il vaut mieux adopter cette lecture. ↩