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L'Enchanteur 1768—1848
Mémoires de ma vie Autographe, p. 80-83, 110-111, 116-117

Fragments autographes (NAF 26303)

Autographe, p. 80-83, 110-111, 116-117

Mémoires de ma vie · 4 min de lecture · chapitre 13 sur 13

Fragments autographes du premier livre, collection Jean Lanssade, lus sur les images (6 novembre 2026). Sous les traits, la lecture est incertaine ; le texte de la copie de 1826 a aidé à la reconnaître.

Manuscrit autographe, page 80
p. 80 · BnF, NAF 26303 · Gallica

Ma grand mère occupoit dans l'unique rue du hameau de l'abbaye une jolie petite maison dont les jardins descendoient en terrasse sur une vallée et au bout desquels on trouvoit une petite fontaine entourée de saules. Mad. de Bédée ne marchoit plus, mais à cela près elle n'avoit aucun des inconvéniens de son age. c'étoit une agréable [mot biffé] vieille grasse, blanche, propre, l'air grand, les manières belles et nobles, portant des robes à plis à l'antique et une coiffe noire de dentelles nouée sous le menton. Elle avoit l'esprit orné, la conversation grave, l'humeur sérieuse : elle étoit soignée par sa sœur Melle de Boisteilleul, qui ne lui ressembloit que par la bonté. Celle ci étoit une petite personne

Manuscrit autographe, page 81
p. 81 · BnF, NAF 26303 · Gallica

maigre, enjouée, causeuse, railleuse. [biffé : Elle avoit fait des vers dans sa jeunesse.] Elle avoit aimé un comte de Trémigon, lequel comte qui avoit dû l'épouser avoit ensuite violé sa promesse. Ma [mot biffé] tante délaissée, s'étoit consolée en chantant ses amours car elle étoit poëte [mots biffés]. Je me rappelle lui avoir souvent entendu chantonner en nasillant et les lunettes sur le nez, tandis qu'elle brodoit des manchettes à deux rangs pour sa sœur, une apologue qui commençoit ainsi :

Un épervier aimoit une fauvette
et ce dit on, il en étoit aimé !

Manuscrit autographe, page 82
p. 82 · BnF, NAF 26303 · Gallica

Ce qui m'a paru toujours singulier pour un épervier. La chanson finissoit par ce refrein :

Ah ! Trémigon la fable est-elle obscure !
Ture lure lure Tarala la la !

que de choses dans ce monde finissent comme les amours de ma pauvre tante par Ture lure, lure !

Ma grand mère se reposoit sur sa sœur du soin de toute la maison. Elle dinoit à onze heures du matin, dormoit deux heures après son diner ; à une heure elle se réveilloit : [biffé : disoit des prières puis] on la portoit [mot biffé] dans son jardin où elle prenoit l'air [mots biffés] entourée de sa sœur, de ses enfans et petits enfants. à quatre heures elle rentroit

Manuscrit autographe, page 83
p. 83 · BnF, NAF 26303 · Gallica

dans son sallon. on mettoit une table de jeu ; Mlle de Boisteilleul frappoit avec les pincettes contre la plaque de la cheminée, et quelques instants après on voyoit entrer trois autres vieilles filles qui sortoient de la maison voisine à l'appel de ma tante. Ces trois sœurs dont la plus jeune avoit cinquante huit ans, se nommoient les demoiselles Ville-de-neuf, filles d'un pauvre gentilhomme, au lieu de partager son petit héritage, elles en avoient joui en commun, ne s'étoient jamais quittées, et n'étoient jamais sorties de leur village paternel. Liées dès leur enfance

Manuscrit autographe, page 110
p. 110 · BnF, NAF 26303 · Gallica

[…] grillées d'un goût mauresque, apparoissoient ça et là sur la nudité des murs. Un large perron droit de 29 marches sans rampes et sans garde-fou, remplaçant sur les fossés comblés l'ancien Pont-Levis, servoit à monter à la porte du chateau, percée au milieu de la courtine à égale distance des deux tours. au dessus de cette porte on voyoit les armes des seigneurs de Combourg sculptées dans la pierre, et les longues et étroites ouvertures par où sortoient jadis les bras et les chaines du Pont-Levis.

[Tout ce qui suit est barré de traits, lu sous les traits :] Un guichet à droite de cette porte donne passage dans un vestibule vouté et ce vestibule dans une petite cour intérieure. Cette cour est formée par la courtine ou le corps de logis

Manuscrit autographe, page 111
p. 111 · BnF, NAF 26303 · Gallica

de l'entrée, par un corps de logis parallèle qui réunit également deux autres tours plus petites que les deux premières, et par deux autres courtines qui lient la grande et la grosse tour aux deux petites tours. Le chateau entier présente la forme d'un char à quatre roues […].

Dans cette petite cour on voit à droite un puits d'une profondeur immense ; à gauche une tourelle formant la cage d'un magnifique escalier de granit en spirale, par lequel on atteint à toutes les parties du chateau.

De la cour intérieure on pénètre [mots biffés] de logis des deux petites tours ; on entre de plain pied [fin de la page]

Manuscrit autographe, page 116
p. 116 · BnF, NAF 26303 · Gallica

labyrinthe de galeries couvertes et découvertes, des chambres abandonnées, des souterrains les uns murés les autres ouverts dont les ramifications sont inconnues. Partout silence, obscurité et visage de pierre : voilà le chateau de Combourg !

[Tout ce qui suit est barré de traits, lu sous les traits :] Le Perron fait face au nord. On étoit assis sur le perron […]. Au delà de cette cour un [?] potager étendu entre deux futayes : l'une à droite s'appeloit le petit mail, et c'étoit celle qui rejoignoit le chemin de Dol, l'autre à gauche étoit connue sous le nom de grand mail. celle ci où j'ai passé ma première jeunesse étoit un grand bois de chênes, de hêtres, d'ormes

Manuscrit autographe, page 117
p. 117 · BnF, NAF 26303 · Gallica

et de chataigniers. Mde de Sévigné en vantoit […] en 16.. les vieux ombrages, et depuis cette époque 140 années avoient été ajoutées à leur beauté.

Du coté opposé, c'est à dire du coté du midi, le paysage offroit un tableau […]. [Trois lignes illisibles sous les traits.] la chaussée de cet étang sur laquelle passoit le grand chemin de Rennes, une prairie couverte de troupeaux, séparée de l'étang par le […] et le long de cette prairie un joli hameau dépendant d'une abbaye. Depuis l'étang [fin de la page]