Née de Kersaint, duchesse de Duras, romancière (Ourika, 1823). Amitié amoureuse et non charnelle, de 1808 environ à sa mort : il l’appelle « ma sœur ».
Sous la Restauration, son salon et son entregent servent sa carrière diplomatique. Elle meurt à Nice le 16 janvier 1828.
En bref
| Naissance | 22 mars 1777 — Brest |
|---|---|
| Mort | 16 janvier 1828 — Nice |
| Dans les Mémoires | Le dossier ci-dessous rassemble les passages ; l’index donne les chapitres où elle est nommée. |
| « Ma sœur » | Le 29 mars 1810, de la Vallée-aux-Loups, il prend acte de la permission « de vous donner le nom de sœur » ; elle vient de visiter la Vallée (lettre passée en vente en 2013). |
| Ses archives | Une grande partie de la correspondance qu’il lui adressa, de 1808 à sa mort, a été vendue aux enchères à Paris le 24 octobre 2013 (Pierre Bergé & associés, « La duchesse de Duras et ses amis, Chateaubriand », expert Thierry Bodin) : voir le tableau des lots ci-dessous. |
| Le « petit Homère » | Il lui donne deux volumes de son Homère gréco-latin interfolié, chargé d’essais de traduction (vers 1805) ; ils passent à ses descendants, les Blacas ; le troisième volume est à la Bibliothèque nationale (J. Bocholier, 2019). |
| Dans les Mémoires | 16 mentions (relevé automatique) : livres XI (2) ; XXI (8) ; XXII (24, 26) ; XXIII (5, 9) ; XXVI (11) ; XXVII (8) ; XXIX (2) ; livre « Madame Récamier ». |
| Référence | Wikidata Q462578 |
| Correspondance | 542 lettres dans la Correspondance (79 écrites, 463 reçues). |
Une héritière de la Révolution
Claire de Kersaint naît à Brest le 22 mars 1777 (date de Pailhès et de Giraud ; d’autres sources donnent le 27 février). Son père, Armand-Guy de Kersaint, marin brillant, nommé vice-amiral par Monge à la fin de 1792, député à la Législative puis à la Convention, où il dit son dégoût des massacreurs de Septembre et des juges de Louis XVI (Pailhès) ; il est guillotiné le 5 décembre 1793. Sa mère, riche héritière, cousine germaine du comte d’Ennery, gouverneur des îles du Vent, a eu à souffrir d’un mari impérieux ; Claire grandit dans la mésentente de ses parents. Sainte-Beuve rapporte qu’elle disait n’avoir pas eu d’enfance :
« Mme de Duras disait volontiers qu’elle n’avait pas eu d’enfance, ayant été tout d’abord raisonnable et sérieuse. »
Sainte-Beuve, « Mme de Duras » (1834).
À seize ans, elle part avec sa mère malade pour l’Amérique : Philadelphie, puis la Martinique, où elle gère les biens maternels. Elle passe en Suisse, puis gagne Londres en avril 1795. Là, elle épouse Amédée de Durfort, futur duc de Duras, émigré ; la princesse d’Hénin tient lieu de mère au marié. Chateaubriand vit alors à Londres dans la misère ; ils ne se rencontrent pas. Il s’en souvient en 1822, ambassadeur à Londres :
« Très certainement, à cette époque, madame la duchesse de Duras était à Londres : je ne devais la connaître que dix ans plus tard. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XI, chapitre 2. · Lire le passage
Rentrée sous le Consulat avec ses deux filles, Félicie et Clara, elle vit à l’écart de la cour impériale. Elle se juge laide ; elle le dit elle-même en envoyant son portrait au pastel à son amie de Lausanne, Rosalie de Constant :
« Ne pouvant la faire belle, tu l’as faite riche. »
Mme de Duras à Rosalie de Constant, 21 avril 1809, citée par V. Giraud. · Lire le passage dans Gabriel Pailhès, La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits
Ussé, la retraite de Touraine
En juin 1807, les Duras cherchent une terre :
« Nous sommes en marché pour un très beau château en Touraine […] »
Mme de Duras à Rosalie de Constant, Bourbonne, 20 juin 1807, citée par Pailhès. · Lire le passage
C’est Ussé, en Touraine, où elle se fixe en 1808 ; elle le trouve d’abord trop beau pour lui plaire. Chateaubriand résume ces années :
« Rentrée de l’émigration, renfermée pendant plusieurs années dans son château d’Ussé, au bord de la Loire […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXII, chapitre 24. · Lire le passage
Ses lettres sont datées d’Ussé chaque belle saison, au moins jusqu’en 1813. La vie y est réglée : dîner à six heures, lecture, promenade, conversation, jeu jusqu’à dix heures. Pailhès a montré que le château de Faverange, dans son roman Édouard, est Ussé. Après 1819, la brouille avec Félicie l’empêche d’y revenir : « elle a peur des souvenirs », écrit-elle en 1823.
Chateaubriand est-il venu à Ussé ? Aucune des sources consultées (les Mémoires, les lettres publiées par Giraud et par Pailhès, les Cahiers de Céleste) n’atteste un séjour. Elles montrent au contraire un voyage sans cesse projeté. Quand Mme de Duras songe à vendre ce château trop coûteux, vers 1810, il répond en voisin imaginaire :
« Si vous vendez jamais Ussé, donnez-moi la préférence pour le voisinage; vous savez que je la mérite. »
Chateaubriand à Mme de Duras, vers 1810, cité par Pailhès. · Lire le passage
En 1811, Mme de La Tour du Pin s’étonne :
« Pourquoi ne va-t-il pas vous voir à Ussé ? »
Mme de La Tour du Pin à Mme de Duras, 1811, citée par Pailhès. · Lire le passage
En 1812, Mme de Duras s’inquiète elle-même d’une visite promise pour le printemps, et son amie lui conseille de ne pas s’y exposer si elle redoute « de vous retrouver avec lui dans la solitude de la campagne ». Chateaubriand, lui, assure que Natalie de Mouchy ne lui interdit pas d’y aller :
« […] ne me défend ni de vous voir, ni de vous écrire, ni même d’aller à Ussé […] »
Chateaubriand à Mme de Duras, 1812, cité par Pailhès. · Lire le passage
En juillet 1820 encore, il promet :
« Si vous allez à Ussé, j’irai vous y voir. »
Chateaubriand à Mme de Duras, 29 juillet 1820, cité par Pailhès. · Lire le passage
Mais après 1819 elle n’y retourne plus. S’il y est allé, c’est sans laisser de trace dans ces textes : la question reste ouverte.
Le château garde le souvenir de leur amitié. Dans le parc, deux grands cèdres du Liban portent un panneau : « Cèdres du Liban offerts en 1808 à la Duchesse de Duras par Chateaubriand ». C’est la tradition du château ; ni les Mémoires, ni les lettres publiées par Giraud et par Pailhès n’en parlent, mais la date s’accorde avec celle de la rencontre, et l’on sait que Chateaubriand plantait lui-même des cèdres à la Vallée-aux-Loups :
« […] le pin de Jérusalem et le cèdre du Liban consacrés à la mémoire de Jérôme […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe (Vallée-aux-Loups, novembre 1817). · Lire le passage
Une vitrine du château expose des lettres autographes de Chateaubriand à Mme de Duras, un portrait en miniature et un portrait gravé de la duchesse, ses Réflexions et prières inédites, et un vase en porcelaine de Sèvres de 1826 représentant Ourika, peint par Adélaïde Ducluzeau (photographies ci-dessous, octobre 2026).
La rencontre : Méréville, 1808
C’est la duchesse de Mouchy, Natalie de Laborde de Méréville, vicomtesse de Noailles puis duchesse de Mouchy, qui les réunit. Elle est la cousine par alliance de Mme de Duras, et la maîtresse de Chateaubriand depuis 1804 : c’est elle qui l’a attendu à Grenade au retour de Jérusalem. Mme de Duras, admiratrice du Génie du christianisme, désire connaître l’auteur ; Natalie organise l’entrevue dans son château de Méréville, où l’on écoute la lecture du Dernier Abencérage et de l’Itinéraire. Puis Mme de Noailles les réunit dans sa loge au théâtre. Les Mémoires disent simplement :
« […] ce fut dans les beaux jardins de Méréville que j’en entendis parler pour la première fois […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXII, chapitre 24. · Lire le passage
Pailhès raconte la suite d’après les premiers billets : Chateaubriand ne trouve pas son hôtel, craint d’avoir laissé sa carte chez la duchesse douairière, refuse un dîner parce qu’il a « réellement peur des visages inconnus », demande qu’on le reçoive avec une simple tasse de thé. Elle écrit à Rosalie de Constant :
« Je ne le connaissais point, je l’ai rencontré, puis il est venu chez moi […] »
Mme de Duras à Rosalie de Constant, Paris, 21 avril 1809, citée par Pailhès. · Lire le passage
« […] cet homme extraordinaire qui unit à un si beau génie la simplicité d’un enfant […] »
Mme de Duras à Rosalie de Constant, Paris, 21 avril 1809, citée par Pailhès. · Lire le passage
Les dates divergent : Giraud et Pailhès placent les premiers rapports en 1808 ; Céleste de Chateaubriand dit avoir connu la duchesse chez Mme de Las Cases, en 1809 selon ses Cahiers. Elle a trente et un ans, lui quarante. Les Mémoires résument ce qui les rapproche :
« Des rapports de famille, de province, d’opinions littéraires et politiques, m’ouvrirent la porte de sa société. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXII, chapitre 24. · Lire le passage
Mme de Duras fut jalouse de Natalie, comme elle le sera de Mme de Custine et surtout de Mme Récamier. Quand Natalie sombre dans la folie en 1817, c’est Mme de Duras qui l’annonce à Chateaubriand, qui répond :
« Ah ! mon Dieu ! La pauvre Nathalie ! Quelle fatalité me poursuit ! »
Chateaubriand à Mme de Duras, 18 septembre 1817, cité par V. Giraud. · Lire le passage dans Gabriel Pailhès, La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits
« Ma sœur » : une passion contenue (1809-1813)
Très vite, il l’appelle « ma sœur », elle « mon frère » :
« Madame de Duras, femme excellente qui me permettait de l’appeler ma soeur […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXII, chapitre 24. · Lire le passage
Elle lit ses manuscrits, suit ses affaires, s’indigne pour lui. En 1810-1811, elle se dit « tourmentée à l’excès » par sa candidature à l’Académie et par le rejet de son discours ; elle garde six semaines l’Itinéraire dans son armoire avant de l’envoyer à Lausanne. Son amie Mme de La Tour du Pin s’inquiète de cette exaltation et la sermonne :
« […] ne vous retranchez pas derrière ce nom de frère qui ne signifie rien […] »
Mme de La Tour du Pin à Mme de Duras, 17 janvier 1812, citée par V. Giraud. · Lire le passage dans Gabriel Pailhès, La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits
Mme de La Tour du Pin lui conseille de fuir à Ussé, et lui écrit en juin 1812 que Claire se tourmente « pour un homme dont elle n’est pas le premier objet ». Pailhès, qui a lu toute la correspondance, conclut à une passion vive mais jamais franchie :
« […] on voit assez qu’elle s’arrêtait où commence l’amour. »
G. Pailhès, La Duchesse de Duras et Chateaubriand, 1910. · Lire le passage
Lui se décrit à elle sans fard :
« Je suis au fond un vrai sauvage. »
Chateaubriand à Mme de Duras, novembre 1811, cité par V. Giraud. · Lire le passage dans Albert Cassagne, La vie politique de François de Chateaubriand
« Qui se souviendra de moi ? Le savez-vous, chère sœur ? »
Chateaubriand à Mme de Duras, 18 juin 1813, cité par V. Giraud. · Lire le passage dans Albert Cassagne, La vie politique de François de Chateaubriand
Chaque matin, dans les années de la Restauration, il vient la voir dans son cabinet de la rue de Varenne, à heure fixe : ils l’appellent « l’heure sacrée ». En 1818, elle avoue que ne plus le voir ainsi lui est une souffrance :
« […] ne plus le voir et l’entendre tous les matins dans son cabinet […] »
Mme de Duras, 1818, citée par Pailhès. · Lire le passage
La protectrice politique (1814-1824)
Sous la Restauration, le duc de Duras est premier gentilhomme de la Chambre du roi ; il reçoit Louis XVIII à Compiègne en 1814. Le salon de sa femme devient l’un des plus courus de Paris : Humboldt, Cuvier, Talleyrand, Villemain, Molé, Barante. Elle met cette position au service de Chateaubriand, tenu à l’écart par le roi. En 1814, elle lui fait donner l’ambassade de Suède : par Blacas, selon les Mémoires ; par Talleyrand, qui lui offre Suède ou Constantinople, selon le Cahier rouge de Céleste.
« Madame de Duras fut si orageuse, elle avait un tel courage pour ses amis, qu’on déterra une ambassade vacante, l’ambassade de Suède. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXII, chapitre 24. · Lire le passage
« Il les mit toutes les deux à notre disposition […] »
Céleste de Chateaubriand, Cahier rouge (Talleyrand offrant Suède ou Constantinople).
Au retour de Napoléon, en mars 1815, craignant la vengeance de l’Empereur contre l’auteur de De Buonaparte et des Bourbons, elle supplie Vitrolles de lui faire donner une mission pour Vienne, et, selon Pailhès, « plaide cette cause de tout son cœur ». À Gand, pendant les Cent-Jours, elle passe trois mois auprès de lui :
« Madame de Duras était ambitieuse pour moi : elle seule a connu d’abord ce que je pouvais valoir en politique […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXIII, chapitre 5. · Lire le passage
« Un homme vous protège par ce qu’il vaut, une femme par ce que vous valez […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXIII, chapitre 5. · Lire le passage
En septembre 1816, après La Monarchie selon la Charte, il est rayé de la liste des ministres d’État et perd sa pension ; c’est à elle qu’il l’annonce. Elle proteste aux Tuileries mêmes ; le duc de Richelieu la prie de ménager le ministère. Elle lui prête de l’argent. Lui refuse ses arrangements :
« Votre amitié vous trompe, chère sœur. On se moquera de vous. »
Chateaubriand à Mme de Duras, 26 juillet 1817, cité par V. Giraud. · Lire le passage dans Gabriel Pailhès, La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits
Leurs opinions divergent : lui se fait ultra au Conservateur, elle reste libérale, fidèle aux idées de son père. En novembre 1820, il lui annonce sa nomination à Berlin :
« Eh bien ! on m’envoie à Berlin, dans le centre de la grande diplomatie. »
Chateaubriand à Mme de Duras, 23 novembre 1820, cité par V. Giraud. · Lire le passage dans Gabriel Pailhès, La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits
Fin 1821, revenu de Berlin et démissionnaire, il refuse l’Instruction publique sans entrée au Conseil (« Les misérables ! ») et ne veut que l’Angleterre. Mme de Duras agit en sa faveur. En janvier 1822, il lui écrit :
« Enfin, l’affaire est faite. »
Chateaubriand à Mme de Duras, janvier 1822, cité par Pailhès. · Lire le passage
Pailhès souligne son mérite : elle savait que Mme Récamier, qui intervenait de son côté auprès de Montmorency, en recevrait une part du crédit.
« Madame de Duras avait d’autant plus de mérite à se dévouer de la sorte que […] »
G. Pailhès, 1910. · Lire le passage
À l’été 1822, il veut être envoyé au congrès de Vérone ; il charge Mme Récamier de négocier avec Montmorency, et Mme de Duras de presser Villèle :
« Sur ce premier mot de bonne entente, je fis presser le ministre des finances par madame la duchesse de Duras […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVII, chapitre 8. · Lire le passage
C’est elle qui lui annonce sa nomination par le Conseil. De Vérone, il lui écrit presque chaque jour. Ministre des Affaires étrangères en décembre 1822, il prend comme collaborateur son gendre, le duc de Rauzan, mari de Clara :
« Oui, oui. Je prends Henri. »
Chateaubriand à Mme de Duras, 29 décembre 1822, cité par Pailhès.
Mais il la voit moins, et s’impatiente :
« […] songez que cette tyrannie n’est pas de l’amitié. »
Chateaubriand à Mme de Duras, 3 janvier 1823, cité par V. Giraud. · Lire le passage dans Gabriel Pailhès, La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits
Le renvoi de 1824
Le 6 juin 1824, Chateaubriand est chassé du ministère sans ménagement. La même ordonnance frappe le duc de Rauzan, le gendre de Mme de Duras :
« Ce fut la grossièreté du procédé qui le surprit et le révolta. »
G. Pailhès, 1910. · Lire le passage
« […] en remplacement du duc de Rauzan appelé à d’autres fonctions […] »
Ordonnance du 6 juin 1824, citée par Pailhès. · Lire le passage
Chateaubriand court la voir à Saint-Germain et lui dit sa volonté de se venger ; elle tente en vain de le réconcilier avec Villèle. À Rosalie de Constant, elle écrit avec mesure :
« Vous jugez que j’ai été bien fâchée de cette rupture […] »
Mme de Duras à Rosalie de Constant, 24 juillet 1824, citée par V. Giraud. · Lire le passage dans Gabriel Pailhès, La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits
L’ombre de Juliette Récamier
Chateaubriand se lie avec Juliette Récamier en 1817-1818, chez Mme de Staël, amie commune des deux femmes : selon Pailhès, Mme de Duras fut même « le lien entre Chateaubriand et l’auteur de Corinne ». Les Mémoires associent les deux noms dans la même page :
« La duchesse de Duras connaissait beaucoup madame de Staël : je ne puis comprendre comment je ne fus pas attiré sur les traces de madame Récamier […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXII, chapitre 24. · Lire le passage
En septembre 1819, pendant que Mme de Duras est en danger de mort, l’intimité avec Mme Récamier se resserre. Pendant l’ambassade de Berlin, Mme Récamier lui écrit en dissimulant une partie de ses lignes :
« […] se servit d’un procédé pour rendre invisibles certaines lignes de son écriture […] »
G. Pailhès, 1910. · Lire le passage
Mme de Boigne, qui fréquentait les deux salons, témoigne de la souffrance de Mme de Duras :
« Ses occupations littéraires ne la calmaient pas sur ses chagrins de cœur que l’attachement naissant de monsieur de Chateaubriand pour madame Récamier rendait très poignants […] »
Mémoires de la comtesse de Boigne, tome III.
« Le tour de l’amitié ne viendra donc jamais ? Mais vous êtes comme la poule, vous jetez la perle et préférez le grain de mil. »
Mme de Duras à Chateaubriand, 1821, citée par V. Giraud.
« Vous radotez sur l’Abbaye. »
Chateaubriand à Mme de Duras, janvier 1822, cité par V. Giraud. · Lire le passage dans Adhémar d'Antioche, Chateaubriand, ambassadeur à Londres (1822)
Pendant l’ambassade de Londres, elle lui écrit en avril 1822 :
« J’ai fait arrêter toutes mes pendules pour ne plus entendre sonner les heures où vous ne viendrez plus. »
Mme de Duras à Chateaubriand, avril 1822, citée par Pailhès. · Lire le passage
De Vérone, il se défend : « je n’ai pas reçu un seul mot de Mme R. ». Puis, en 1823, vient une autre rivale : Cordélia de Castellane. Pailhès note qu’après le départ de Mme Récamier pour l’Italie ce furent :
« […] des reproches violents à propos de la nouvelle passion du ministre […] »
G. Pailhès, 1910. · Lire le passage
Ses billets de 1823 portent la trace de ces scènes : « Votre ennemie n’est pas arrivée », « Mme de C*** n’est point ici », et, le 24 septembre :
« Vous m’avez blessé ce soir au point que je ne vous le pardonnerai jamais. »
Chateaubriand à Mme de Duras, 24 septembre 1823, cité par V. Giraud. · Lire le passage dans Gabriel Pailhès, La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits
Elle garde pourtant le rang de première confidente, et le revendique la même année :
« Depuis quinze ans, je le vois tous les jours ; il n’a jamais cessé de m’être attaché […] »
Mme de Duras à Rosalie de Constant, 1823, citée par V. Giraud. · Lire le passage dans Gabriel Pailhès, La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits
Ourika : le miroir de quelle douleur ?
Après les crises de 1819 et de 1820 (elle rédige son testament le 21 juillet 1820), elle se met à écrire. Ourika est d’abord imprimée à trente exemplaires pour ses amis (elle le rappelle dans une lettre de janvier 1824) : une jeune Sénégalaise rachetée enfant, élevée dans un salon aristocratique, découvre que sa couleur lui interdit d’être aimée de Charles, qui ne voit en elle qu’une sœur, et meurt au couvent.
Deux lectures s’opposent. Pour les contemporains, l’héroïne est la duchesse, et l’obstacle est sa laideur, devant Chateaubriand. Mme de Boigne l’écrit :
« Ourika retrace les sentiments intimes de madame de Duras. Elle a peint sous cette peau noire les tourments que lui avait fait éprouver une laideur qu’elle s’exagérait […] »
Mémoires de la comtesse de Boigne, tome III.
« […] c’est la laideur et la couleur d’Ourika, la naissance d’Édouard […] »
Sainte-Beuve, « Mme de Duras » (1834).
« Les romans d’Ourika et d’Édouard ne sont donc, selon nous, que l’expression délicate et discrète, une peinture détournée et adoucie pour le monde, de ce je ne sais quoi de plus profond qui fermentait au sein de Mme de Duras. »
Sainte-Beuve, « Mme de Duras » (1834).
Pailhès, en 1910, conteste cette lecture « amoureuse » : d’après les lettres inédites, la grande douleur de la duchesse est la perte de sa fille aînée, Félicie, qui épouse en secondes noces M. de La Rochejaquelein en septembre 1819, contre son gré. La scène où Ourika s’évanouit dans la forêt reproduit, selon lui, une scène vécue trois jours avant ce mariage :
« Pour les sentiments, Charles, c’est Félicie qui ne comprend pas l’amour de sa mère et qui ne sait pas y répondre. »
G. Pailhès, La Duchesse de Duras et Chateaubriand, 1910. · Lire le passage
Il admet que le portrait de Charles mêle aussi des traits de Chateaubriand, tel qu’elle l’admirait de 1808 à 1820. L’héroïne, elle, cache le corps qu’elle croit indigne d’amour :
« J’avais ôté de ma chambre tous les miroirs […] »
Claire de Duras, Ourika, 1823.
Le succès est immense. Gérard en peint une scène pour la duchesse (Humboldt : « Votre tableau est chez M. Gérard »), « la mode s’en mêla », note Pailhès ; un vase de Sèvres de 1826, à Ussé, en reprend une scène. Goethe confie à Humboldt :
« Que vous êtes heureux! Elle m’a fait cependant bien du mal. »
Goethe, rapporté par Humboldt à Mme de Duras, 13 décembre 1826, cité par Pailhès. · Lire le passage
Dans Édouard (1825), Pailhès relève un blâme à peine voilé de Chateaubriand : l’éloge du « silence respectueux » du maréchal d’Olonne dans la disgrâce.
« De Chateaubriand passé à l’opposition, il ne se peut concevoir critique plus sévère […] »
G. Pailhès, 1910. · Lire le passage
Chateaubriand loue Ourika dans ses Mémoires et dans sa notice des Débats ; il ne nomme pas Édouard dans les Mémoires. En 1823, il l’encourageait :
« Travaillez, faites un nouveau Moine ; votre tête vous laissera en repos. »
Chateaubriand à Mme de Duras, 22 juillet [1823], cité par V. Giraud. · Lire le passage dans Gabriel Pailhès, La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits
Les lettres : billets, secrets et archives
Leur correspondance est surtout faite de billets portés à la main dans Paris, souvent plusieurs par jour, jusqu’à la rue de Varenne ; de longues lettres quand l’un d’eux voyage, par la poste. Chateaubriand promet en 1820 d’écrire « une fois par semaine ». Il demande parfois qu’on détruise ses billets :
« Gardez le silence le plus profond sur tout cela. Brûlez le billet […] »
Chateaubriand à Mme de Duras, 14 juillet 1821, cité par V. Giraud. · Lire le passage dans Gabriel Pailhès, La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits
« Voilà ma grande écriture qui, comme vous le voyez, est devenue petite. »
Chateaubriand à Mme de Duras, 4 juillet 1817, cité par V. Giraud. · Lire le passage dans Gabriel Pailhès, La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits
« J’écris ceci au bord de la Tamise, et demain une lettre ira dire, par la poste, à madame de Duras, au bord de la Seine, que j’ai rencontré son premier souvenir. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XI, chapitre 2. · Lire le passage
Le château d’Ussé expose l’un de ces billets (photographie ci-dessous). Pailhès l’a publié en entier ; il date du dimanche 22 février 1824, quand Chateaubriand est ministre des Affaires étrangères. Voici le texte imprimé par Pailhès :
Chateaubriand à Mme de Duras. Dimanche matin, 22 février 1824.
Il faut que vous veniez rue de l’Université si vous voulez me voir aujourd’hui. Je paie mon voyage par une grande fièvre de rhume. En gardant aujourd’hui le coin du feu, j’espère pouvoir sortir demain. Comme vous êtes souffrante, vous craindrez peut-être de braver cet horrible froid. Dans ce cas, à demain, écrivez-moi.
G. Pailhès, La Duchesse de Duras et Chateaubriand, 1910, p. 253. · Lire le passage
Et voici la transcription de l’autographe, ligne à ligne, d’après la photographie prise au château (crochets : lecture incertaine ou mot raturé) :
Autographe exposé au château d’Ussé (numéroté 218)
Dimanche matin
[22 f. ?]Il faut que vous veniez rue
Transcription L’Enchanteur, d’après la photographie de Rémi Vernier (30 octobre 2026), comparée au texte de Pailhès. · Lire le passage
de l’Université si vous voulez
me voir aujourd’hui. Je
paye [mot surchargé et raturé ; Pailhès lit « mon »] voyage par
une grosse fièvre de rhume.
en gardant aujourd’hui le
coin du feu j’espère pouvoir
sortir demain. Comme
vous êtes souffrante vous craindrez
peut-être de braver cet horrible
froid. Dans le cas à demain
écrivez-moi.
Le manuscrit diffère de l’imprimé sur trois mots : « je paye » (Pailhès : « je paie »), « une grosse fièvre » (« une grande fièvre ») et « Dans le cas » (« Dans ce cas ») ; la ponctuation de l’autographe est plus légère que celle de l’imprimé. Le voyage dont il « paye » le prix n’est pas identifié. Le billet montre surtout qu’en février 1824, ministre, il recevait encore dans son logement de la rue de l’Université, celui où il se repliera au soir de son renvoi, le 6 juin.
Les lettres ont eu leur propre histoire. Celles de Mme de Duras à Mme Swetchine, publiées par Falloux en 1860, portent selon Pailhès « la trace de nombreux coups de ciseaux ». Pailhès a pu lire plus de cinq cents lettres inédites grâce au comte de Chastellux, arrière-petit-fils de la duchesse. D’autres lettres inédites ont été publiées en 2017 (L’Amante et l’Amie, Gallimard). La Bibliothèque nationale de France (Richelieu, département des Manuscrits) conserve sous la cote NAF 29119 dix-neuf lettres de la duchesse de Duras à Chateaubriand de janvier à avril 1821, pendant l’ambassade de Berlin, acquises en 2024 selon le rapport d’activité de la BnF.
La fin : Nice, janvier 1828
Ses dernières années sont une longue maladie. Autour d’elle, on prétend ses souffrances imaginaires, consolations qu’elle juge « dérisoires et irritantes » selon Pailhès ; elle-même se demande en juillet 1826 si ce n’est pas « l’hypocondrie à son plus haut degré ». En 1826, elle souffre d’une demi-paralysie. Elle écrit, amère :
« M. de Chateaubriand ne me croira malade que quand je serai morte : c’est sa manière […] »
Mme de Duras à Rosalie de Constant, Saint-Germain, 7 juin 1826, citée par Pailhès. · Lire le passage
Pailhès note pourtant ses visites fidèles et les promenades qu’elle fait à son bras. En 1827, elle part pour la Suisse, revoit Rosalie à Lausanne, franchit le Simplon et gagne Nice, où Clara la rejoint. Son dernier billet à Chateaubriand :
« Je vous ai envoyé un asclepias carnata […] »
Mme de Duras à Chateaubriand, Nice, 14 novembre 1827. · Lire le passage dans Mémoires d'outre-tombe
« Ma vie présente est si éloignée de ma vie passée, qu’il me semble que je lis des mémoires, ou que je regarde un spectacle. »
Mme de Duras à Chateaubriand, Nice, 14 novembre 1827. · Lire le passage dans Hippolyte Buffenoir, De Châteaubriand à Ernest Renan
Le 26 décembre 1827, elle se fait relire son testament de 1820 et ajoute un codicille pour lui. Le testament lui laissait la jouissance de sa maison d’Andilly (vendue depuis à Talleyrand) et :
« […] la copie de son portrait, la collection des Mémoires pour servir à l’histoire de France, et une pendule de son cabinet […] »
Testament de Mme de Duras, 21 juillet 1820, cité par Pailhès. · Lire le passage
Le codicille remplace la collection des Mémoires par une copie de la Sainte Famille de Raphaël par Mignard, et maintient le portrait et la pendule. Le même jour, il lui écrit qu’elle reviendra et qu’il passera auprès d’elle ses derniers jours. Le 15 janvier 1828, il écrit à Mme de Cottens :
« Je suis menacé d’un grand malheur : Mme de Duras se meurt à Nice […] »
Chateaubriand à Mme de Cottens, 15 janvier 1828, cité par V. Giraud. · Lire le passage dans Gabriel Pailhès, La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits
Elle meurt à Nice le 16 janvier 1828 selon Pailhès et Levaillant, le 18 selon Giraud, à cinquante ans. Le 25 janvier, le Journal des Débats publie une notice anonyme, qu’il avoue à Mme Récamier avoir écrite, et c’est auprès d’elle qu’il cherche la consolation :
« J’ai passé la soirée à réunir quelques paroles que vous verrez dans les Débats ce matin. Gêné par ma position, j’ai fait des efforts pour contenir ce que je sentais. »
Chateaubriand à Juliette Récamier, 25 janvier 1828.
« […] ma peine est profonde, et beaucoup plus que je ne le dis et ne le veux et ne puis l’exprimer. »
Chateaubriand à Mme de Cottens, 3 février 1828, cité par V. Giraud. · Lire le passage dans Gabriel Pailhès, La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits
Le tombeau des Mémoires
Chateaubriand lui consacre trois passages : le portrait de 1814 (livre XXII, chapitre 24), l’éloge de Gand (livre XXIII, chapitre 5) et, en septembre 1828, sur la route de Rome, quatre vers et son dernier billet (livre XXIX, chapitre 2).
« Noble Clara, digne et constante amie,
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXIX, chapitre 2. · Lire le passage
Ton souvenir ne vit plus en ces lieux […] »
L’éloge reconnaît son rôle en 1814, à Gand et pour Vérone, mais tait les orages des lettres, la rivalité avec Mme Récamier et Mme de Castellane, et le roman d’Édouard. Il les résume en un aveu général :
« […] je n’ai cessé, en la pleurant, de me reprocher les inégalités dont j’ai pu affliger quelquefois des coeurs qui m’étaient dévoués. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXIII, chapitre 5. · Lire le passage
« Ils auraient mieux aimé de nous un sourire pendant leur vie que toutes nos larmes après leur mort. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXIII, chapitre 5. · Lire le passage
Selon Pailhès, d’après le journal du maréchal de Castellane, il se fit relire ce passage en décembre 1846 :
« […] il se fit relire le livre de ses mémoires qui contient ce passage […] »
G. Pailhès, 1910. · Lire le passage
La vente du 24 octobre 2013
Le 24 octobre 2013, la maison Pierre Bergé & associés disperse à la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, à Paris, les archives de la duchesse de Duras conservées par ses descendants : lettres de ses correspondants (Barbé-Marbois, les Benoist d’Azy, Canning…) et surtout les lettres de Chateaubriand, du printemps 1808 à sa mort. Le texte du catalogue dont dispose le site s’arrête au lot 100 (mai 1822) ; les lots suivants et les prix d’adjudication ne sont pas connus ici. Les dates entre crochets sont restituées par l’expert ; les estimations sont en euros.
Lots 5 à 100 : 96 lots, environ 200 lettres de Chateaubriand à Mme de Duras, estimés au total entre 140 000 et 175 000 euros. Les lettres déjà publiées renvoient à la Correspondance générale (CG) ; beaucoup sont signalées comme inédites.
| Lot | Date | Pièces | Sujet (d’après le catalogue) | Estimation |
|---|---|---|---|---|
| 5 | [mars-avril 1808] | 3 lettres signées « de Chateaubriand » | Premières lettres de Chateaubriand à la duchesse de Duras | 1 200 / 1 500 € |
| 6 | [1808-1809 ?] | 4 lettres (une signée d’un paraphe) | Lettres inédites | 1 200 / 1 500 € |
| 7 | [janvier-février 1810 ?] | 2 lettres (la 1ère signée « de Ch ») | — | 600 / 800 € |
| 8 | [février 1810] | 3 lettres | Belles lettres autour d’un secret, d’un autographe d’Henri IV et d’un dîner chez Natalie de Noailles | 2 000 / 2 500 € |
| 9 | [26-27 mars 1810] | 2 lettres | Deux lettres, dont une inédite, sur Les Aventures du dernier Abencérage, que Chateaubriand vient d’écrire | 1 000 / 1 200 € |
| 10 | Val de Loup jeudi soir 29 [mars 1810] | 1 lettre | Très belle lettre sur la Vallée-aux-Loups, et sur le titre de frère et sœur que se donnent Chateaubriand et Mme de Duras | 1 500 / 2 000 € |
| 11 | Dimanche [1er avril 1810] | 1 lettre | Très belle lettre sur Natalie de Noailles et Les Aventures du dernier Abencérage | 1 500 / 2 000 € |
| 12 | Dimanche 1er avril [1810] | 1 lettre | Lettre inédite, la veille du mariage de Napoléon et Marie-Louise | 1 000 / 1 200 € |
| 13 | [8 et 10 avril 1810 ?] | 2 lettres | Belles lettres de la Vallée-aux-Loups | 1 500 / 2 000 € |
| 14 | Val de Loup [mai 1810] | 2 lettres | Belles lettres à la châtelaine d’Ussé | 2 000 / 3 000 € |
| 15 | Vallée-aux-Loups [juin-juillet 1810] | 3 lettres | Très belles lettres sur la préparation de l’Itinéraire de Paris à Jérusalem | 3 000 / 4 000 € |
| 16 | [août 1810] | 2 lettres | Très belles lettres sur l’Itinéraire de Paris à Jérusalem | 2 500 / 3 000 € |
| 17 | Paris [septembre 1810] | 2 lettres | Sur l’Itinéraire de Paris à Jérusalem et la censure | 1 500 / 2 000 € |
| 18 | [octobre 1810] | 3 lettres | Belles lettres sur l’Itinéraire de Paris à Jérusalem et la crainte d’une interdiction après celle de De l’Allemagne | 3 000 / 4 000 € |
| 19 | [novembre 1810] | 2 lettres | Belles lettres lors de l’achèvement de l’Itinéraire de Paris à Jérusalem | 1 800 / 2 000 € |
| 20 | [Paris] Hôtel de La Valette vendredi 21 [décembre 1810] | 1 lettre | Sur la faillite du libraire Nicolle, sa crainte d’être ruiné, et l’espoir d’entrer à l’Institut | 1 000 / 1 200 € |
| 21 | [1810-1811] | 5 lettres | Lettres inédites | 1 500 / 2 000 € |
| 22 | [février 1811] | 2 lettres | Sur les disputes à l’Institut au sujet du Génie du christianisme [Napoléon avait fait demander pourquoi le livre n’avait pas reçu un des… | 1 000 / 1 500 € |
| 23 | Paris 29 [avril 1811] | 1 lettre | Jolie lettre avant de regagner la Vallée-aux-Loups | 1 000 / 1 200 € |
| 24 | [au Mesnil] 21 juin [1811] | 1 lettre | Lettre inédite sur le projet d’une société lui garantissant une rente de dix ans sur ses œuvres [les actionnaires, parents et amis, à la tête desquels | 1 000 / 1 200 € |
| 25 | [Vallée-aux-Loups] 1er et 15 juillet [1811] | 2 lettres | Sur son projet d’aller s’installer en Russie, la société d’actionnaires pour lui assurer une rente sur ses œuvres, et son discours de réception à l’Ac | 2 000 / 3 000 € |
| 26 | Val de Loup Lundi 28 [29 juillet 1811] | 1 lettre | Belle lettre sur les débuts de sa rupture avec Natalie de Noailles, son discours de réception à l’Académie, et ses idées noires d’outre-tombe | 1 000 / 1 500 € |
| 27 | — | 2 500 / 3 000 € | ||
| 28 | à la Vallée 4 septembre 1811 | 1 lettre | Lettre inédite | 1 000 / 1 200 € |
| 29 | [10-28 septembre 1811] | 2 lettres | Réponses à des lettres de jalousie de la duchesse de Duras | 2 000 / 2 500 € |
| 30 | Val de Loup lundi 14 [octobre 1811] | 1 lettre | Belle lettre sur le mariage de son neveu Louis de Chateaubriand, sur sa situation financière et Les Aventures du dernier Abencérage | 1 200 / 1 500 € |
| 31 | Paris 24 octobre 1811 | 1 lettre | Intéressante lettre sur son projet de société en actions, et son discours de réception à l’Académie, que Chateaubriand refuse définitivement de refair | 1 000 / 1 200 € |
| 32 | Vallée aux Loups 1er novembre 1811 | 1 lettre | Très belle lettre sur Moïse | 1 000 / 1 500 € |
| 33 | Paris 11 et 15 novembre 1811 | 2 lettres | Au sujet des pressions exercées sur Chateaubriand pour qu’il réécrive son discours de réception à l’Académie | 1 500 / 2 000 € |
| 34 | [Vallée-aux-Loups] 22 et 26 novembre 1811 | 2 lettres | Belles lettres sur Moïse et l’affaire du discours académique | 2 000 / 2 500 € |
| 35 | 14 et 21 décembre 1811 | 2 lettres | Belles lettres sur sa tragédie Moïse | 2 000 / 2 500 € |
| 36 | [Paris] 2 et 13 janvier 1812 | 2 lettres | Belles lettres sur la rupture avec Natalie de Noailles | 2 000 / 2 500 € |
| 37 | [début 1812] | 2 lettres | — | 500 / 600 € |
| 38 | février 1812 | 4 lettres | Aspiration à la retraite de la Vallée-aux-Loups, et disputes avec Mme de Duras | 3 000 / 4 000 € |
| 39 | 10 et 18 mars [1812] | 2 lettres | — | 1 200 / 1 500 € |
| 40 | Vallée-aux-Loups 14 et [26] avril 1812 | 2 lettres | Au sujet de Moïse et de Natalie de Noailles | 2 000 / 2 500 € |
| 41 | Val de Loup mardi soir 13 [12 mai 1812] | 1 lettre | Très belle et longue lettre sur sa visite à Joséphine à la Malmaison, ses soucis financiers et ses œuvres, sur sa femme à qui il rend hommage, et sur | 1 800 / 2 000 € |
| 42 | 31 mai [1812] | 1 lettre | Belle lettre sur l’achèvement de Moïse, et ses projets d’histoire et de mémoires | 1 200 / 1 500 € |
| 43 | Val de Loup mercredi minuit 10 juin [1812] | 1 lettre | Belle et longue lettre au sujet de sa situation financière, et des pamphlets et attaques contre lui (nouvelle édition du pamphlet de Cadet-Gassicourt, | 1 200 / 1 500 € |
| 44 | Samedi soir 20 juin 1812 | 1 lettre | Longue lettre sur le style | 1 500 / 2 000 € |
| 45 | Ce vendredi [3 ? juillet 1812] | 1 lettre | Belle et longue lettre faisant son portrait moral, et évoquant ses mémoires | 1 200 / 1 500 € |
| 46 | 16 juillet 1812 | 1 lettre | Lettre inédite sur ses embarras financiers, et ses projets littéraires, dont le début des Mémoires de ma vie | 1 200 / 1 500 € |
| 47 | [juillet 1812] | 2 lettres | Sur leurs prochaines retrouvailles après une longue séparation | 1 800 / 2 000 € |
| 48 | [août 1812] | 3 lettres | Séjour à Verneuil chez les Tocqueville | 2 000 / 2 500 € |
| 49 | [3 et 11 septembre 1812] | 2 lettres | Sur les attaques contre lui, et l’ordre de s’éloigner de Paris | 1 500 / 2 000 € |
| 50 | [septembre-octobre 1812] | 8 lettres | Huit lettres, dont quatre inédites, sur son séjour à Verneuil chez les Tocqueville, et la préparation d’une réponse aux attaques contre lui | 5 000 / 6 000 € |
| 51 | [automne 1812 ?] | 1 lettre | Lettre inédite | 1 000 / 1 200 € |
| 52 | [janvier 1813 ?] | 2 lettres | Deux lettres, dont une inédite, pour une lecture des Aventures du dernier Abencérage | 1 000 / 1 200 € |
| 53 | [Verneuil] jeudi [4 février 1813] | 1 lettre | — | 700 / 800 € |
| 54 | [avril-mai 1813] | 2 lettres | — | 1 500 / 1 800 € |
| 55 | [5 et 9 juin 1813] | 2 lettres | — | 1 500 / 1 800 € |
| 56 | — | 2 500 / 3 000 € | ||
| 57 | [1811-1814 ?] | 3 lettres | — | 500 / 600 € |
| 58 | [vers 1813-1814] | 5 lettres | Lettres inédites | 1 200 / 1 500 € |
| 59 | Val de Loup mardi soir [juin ou juillet 1814 ?] | 1 lettre | Lettre inédite | 500 / 700 € |
| 60 | [Vallée-aux-Loups] Dimanche soir [25 septembre 1814] | 1 lettre | Belle lettre après sa nomination d’ambassadeur en Suède | 1 200 / 1 500 € |
| 61 | à la Vallée jeudi 6 octobre [1814] | 1 lettre | Belle lettre sur ses succès d’écrivain politique et son amour de la mer | 1 000 / 1 500 € |
| 62 | [fin 1814 ?] | 2 lettres | Lettres inédites | 400 / 500 € |
| 63 | [avril 1815] | 2 lettres | Préparation de son Rapport sur l’état de la France | 800 / 1 000 € |
| 64 | [juillet-août 1815] | 2 lettres | Sur sa présentation au Tsar Alexandre, et les prochaines élections après la dissolution de la Chambre (Chateaubriand a été nommé président du collège | 1 200 / 1 500 € |
| 65 | [Orléans 16-24 août 1815] | 6 lettres | — | 5 000 / 6 000 € |
| 66 | [octobre-fin 1815] | 4 lettres | Sur son intervention à la Chambre des Pairs pour la loi sur les cris et écrits séditieux, et sur l’infirmerie Marie-Thérèse | 2 500 / 3 000 € |
| 67 | [juillet-décembre 1815 ?] | 8 lettres | Lettres inédites, en partie sur son activité à la Chambre des Pairs | 1 500 / 2 000 € |
| 68 | [vers 1815 ?] | 4 lettres | Lettres inédites | 1 200 / 1 500 € |
| 69 | — | 800 / 1 000 € | ||
| 70 | jeudi [22 février 1816] | 1 lettre | Au sujet du testament de Marie-Antoinette | 800 / 1 000 € |
| 71 | la première signée « Francis », [28 mai-1er juin 1816] | 3 lettres | Belles lettres à Madame de Duras partie prendre les eaux à Vichy avec sa fille Clara, en compagnie de sa cousine par alliance Natalie de Noailles, alo | 3 000 / 3 500 € |
| 72 | Val-de-Loup vendredi 7 [juin 1816] | 1 lettre | Très belle et longue lettre | 1 500 / 2 000 € |
| 73 | — | 1 500 / 2 000 € | ||
| 74 | 2 juillet 1816 | 1 lettre | Belle lettre politique | 1 200 / 1 500 € |
| 75 | Val de loup 17 juillet [1816] | 1 lettre | Belle lettre sur De la monarchie selon la Charte | 1 200 / 1 500 € |
| 76 | Val-de-Loup samedi soir [24 août 1816 ?] | 1 lettre | Lettre inédite, relative aux fêtes de la Saint-Louis | 800 / 900 € |
| 77 | [fin 1816 ?] | 4 lettres | Lettres inédites, les premières relatives à la publication de la brochure De la Monarchie selon la Charte, qui sera saisie et provoquera la radiation | 1 500 / 2 000 € |
| 78 | [1816-1817 ?] | 2 lettres | Lettres inédites | 800 / 900 € |
| 79 | [château de Lonné] samedi 27 septembre [1817 ?] | 1 lettre | Lettre inédite, recommandant Laënnec à la duchesse | 800 / 900 € |
| 80 | Voré mercredi 15 [octobre 1817] | 1 lettre | Lettre inédite | 500 / 700 € |
| 81 | [1817 ?] | 3 lettres | Lettres inédites | 1 000 / 1 200 € |
| 82 | [1818] | 2 lettres | Lettres inédites Mercredi [février 1818] | 800 / 900 € |
| 83 | [juillet 1818 ?] | 3 lettres | Lettres inédites relatives à la préparation des Remarques sur les affaires du moment | 800 / 900 € |
| 84 | Paris 20 août 1818 | 1 lettre | Au sujet d’une conjuration ultra, et de la rédaction des Mémoires d’outre-tombe | 700 / 800 € |
| 85 | [vers 1818 ?] | 4 lettres | Lettres inédites | 1 000 / 1 200 € |
| 86 | [1819] | 3 lettres | Trois lettres, dont deux inédites, sur ses articles politiques du Conservateur | 800 / 900 € |
| 87 | [octobre 1819] | 2 lettres | — | 1 800 / 2 000 € |
| 88 | [14 février 1820] | 1 lettre | Assassinat du duc de Berry | 600 / 800 € |
| 89 | [mars-juin 1820] | 3 lettres | Lettres inédites | 800 / 900 € |
| 90 | [2 août 1820] | 1 lettre | Au sujet d’attaques contre lui | 1 000 / 1 200 € |
| 91 | 5 heures [octobre-novembre 1820 ?] | 1 lettre | Lettre inédite | 800 / 1 000 € |
| 92 | [vers 1820 ?] | 5 lettres | Lettres inédites | 1 200 / 1 500 € |
| 93 | [1821] | 5 lettres | Cinq lettres, dont quatre inédites, sur la formation du gouvernement Villèle | 1 500 / 2 000 € |
| 94 | [février-mars 1822 ?] | 2 lettres | Lettres inédites [Février ?] | 600 / 800 € |
| 95 | [1er-5 avril 1822] | 4 lettres | — | 1 500 / 1 800 € |
| 96 | Londres samedi 6 [avril 1822] | 1 lettre | Installation dans son ambassade de Londres | 1 200 / 1 500 € |
| 97 | [Londres] 12 et 16 avril 1822 | 2 lettres | Journal des débuts de son ambassade à Londres | 2 500 / 3 000 € |
| 98 | Londres 18-23 avril 1822 | 2 lettres | Sur sa présentation au Roi d’Angleterre George IV | 2 500 / 3 000 € |
| 99 | Londres 26 et 27 avril [1822] | 2 lettres | Deux lettres, dont une longue et amusante sur ses succès à Londres | 2 500 / 3 000 € |
| 100 | [Londres] 28-30 avril et 3 mai 1822 | 2 lettres | Deux lettres, dont une inédite, sur la politique française et une publication scandaleuse | 1 500 / 2 000 € |
Sources et documents
Gabriel Pailhès, La Duchesse de Duras et Chateaubriand d’après des documents inédits, Perrin, 1910 — Internet Archive (lire sur le site · Internet Archive)
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres XI (ch. 2), XXII (ch. 24), XXIII (ch. 5), XXVII (ch. 8), XXIX (ch. 2)
Victor Giraud, « Une amitié féminine de Chateaubriand : Mme de Duras, lettres inédites », Revue des Deux Mondes, 1909 — Wikisource (lire en ligne)
Mémoires de la comtesse de Boigne, tome III — Wikisource (lire en ligne)
Sainte-Beuve, « Mme de Duras » (1834), Portraits de femmes — Wikisource (lire en ligne)
Claire de Duras, Ourika (1823) — Wikisource (lire en ligne)
Les Cahiers de Madame de Chateaubriand, éd. 1909 — Internet Archive (lire en ligne)
BnF, département des Manuscrits, NAF 29119 : dix-neuf lettres de la duchesse de Duras à Chateaubriand, janvier-avril 1821 (lire en ligne)
BnF, bibliographie « Claire de Duras » (agrégation de lettres modernes 2026) (lire en ligne)
Agénor Bardoux, La Duchesse de Duras, Calmann-Lévy, 1898
L’Amante et l’Amie : lettres inédites de Chateaubriand à Delphine de Custine et Claire de Duras (1804-1828), éd. M.-B. Diethelm et B. Degout, Gallimard, 2017
La duchesse de Duras et ses amis, Chateaubriand : autographes et manuscrits, vente Pierre Bergé & associés, Paris, 24 octobre 2013 (expert Thierry Bodin ; catalogue du Drive)
Julien Bocholier, « Le « petit Homère » de Chateaubriand », Revue de philologie, 2019 (faits seulement) (lire en ligne)











![Billet autographe de Chateaubriand à Mme de Duras, dimanche matin [22 février 1824] : « Il faut que vous veniez rue de l'Université si vous voulez me voir aujourd'hui… » (vitrine du château d'Ussé)](https://lenchanteur.remivernier.com/wp-content/uploads/2026/10/usse-billet-22-fevrier-1824-682x1024.jpg)

![Lettre de Chateaubriand à Claire de Duras, [Londres], 10 mai 1822 (une page sur trois) : il répond à une lettre du 5 mai où elle lui reprochait son silence sur « l'Abbaye », c'est-à-dire sur Mme Récamier (cartel de l'exposition)](https://lenchanteur.remivernier.com/wp-content/uploads/2026/10/gp-vallee-lettre-duras-1822-614x1024.jpg)



