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L'Enchanteur 1768—1848
Lucile de Chateaubriand Tribunal criminel révolutionnaire. Du 3 Floréal an II

Tribunal criminel révolutionnaire. Du 3 Floréal an II

Lucile de Chateaubriand · 2 min de lecture · p. XXXIII–XXXV · chapitre 5 sur 28

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Charavay frères, 1879, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« G.-G. Lamoignon Malesherbes, âgé de

72 ans, natif de Paris, ministre d'État jusqu'en 1788, ci-devant président de la

Cour des Aides de Paris, demeurant à Malesherbes ; « A.-M.-T. Lamoignon Malesherbes, âgée de

38 ans, native de Paris, veuve de Lepelletier Rosambo, à Malesherbes; A.-T. Lepelletier Rosambo, âgée de 2 3 ans, native de Paris, femme de Châteaubriant, à Malesherbes ; J.-B.-A. Châteaubriant, âgé de 34 ans, natif de Saint-Mâlo, ex-marquis, capitaine au régiment ci-devant Royal-Cavalerie, à Malesherbes.

Convaincus d'être auteurs ou complices des complots qui ont existé depuis 89 contre la liberté, la sûreté et la souveraineté du Peuple, par suite desquels le tyran, ses agens, complices et tous les ennemis du Peuple, ont tenté par l'abus d'autorité, par la corruption, par la guerre extérieure et intérieure, par les trahisons, les violences, les assassinats, les secours fournis en hommes et en argent aux ennemis du dehors et du dedans, par des correspondances criminelles et des intelligences entretenues avec eux, et par tous les moyens possibles, de dissoudre la représentation nationale, de rétablir le despotisme et tout autre pouvoir attentatoire à la souveraineté du peuple :

« Ont été condamnés à la peine de mort. » Cela voulait dire que M. de Malesherbes, Mme la présidente de Rosambeau, sa fille, Mme la comtesse de Chateaubriand et le comte de Chateaubriand avaient été guillotinés le même jour, sur le même échafaud.

La vieille mère de Lucile, traînée à Paris, y était sous les verroux. Pendant ce temps René, retiré à Londres après le licenciement de l'armée de Condé, errait dans le parc de Kensington et là, sous un ciel mélancolique, esquissait les premiers crayons de son René, peintures d'âpre volupté et de tristesse amoureuse où sa sœur était mêlée, avec l'indiscrétion du génie, sous le nom d'Amélie.

XI

Dans cette terrible année 1793, la prisonnière de Rennes épousa un vieillard, le comte de Caud, «pour se soustraire aux persécutions. » Les circonstances de ce mariage sans amour sont restées obscures. Ce vieux ci-devant, dont l'intervention dans la destinée de Lucile est inexplicable, mourut après quinze mois de mariage, si toutefois il y eut mariage en fait. Quoi qu'il soit de M. de Caud, le g thermidor, mieux que lui, sauva Lucile, sa belle-sœur et sa mère. Mais Mme la comtesse de Chateaubriand mourut presque aussitôt et Mme de Farcy lui survécut de peu de jours. Lucile vécut égarée, éperdue, et erra comme une âme en peine sur tant de ruines.