Souvenirs d'enfance
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Charavay frères, 1879, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Timide et contraint devant mon père, je ne trouvois l'aise et le contentement qu'auprès de ma sœur Amélie. Une douce conformité d'humeur et de goûts m'unissoit étroitement à cette sœur, elle étoit un peu plus âgée que moi. Nous aimions à gravir les coteaux ensemble, à voguer sur le lac, à parcourir les bois à la chute des feuilles : promenades dont le souvenir remplit encore mon âme de délices. O illusions de l'enfance et de la patrie, ne perdez-vous jamais vos douceurs!...
Amélie avoit reçu de la nature quelque chose de divin; son âme avoit les mêmes grâces innocentes que son corps; la douceur de ses sentiments étoit infinie; il n'y avoit rien que de suave et d'un peu rêveur dans son esprit; on eût dit que son cœur, sa pensée et sa voix soupiroient comme de concert; elle avoit de la femme la timidité et l'amour, et de l'ange la pureté et la mélodie.
(René, édit. Ladvocat, t. XVI, p. 143 et 167.)