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L'Enchanteur 1768—1848

Avant-propos

L'Expérience religieuse de Chateaubriand · 3 min de lecture · p. I–III · chapitre 1 sur 57

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : P. Lethielleux, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Au temps des Fontanes et des Joubert, Chateaubriand était « l'enchanteur » du monde littéraire. Mais à partir de 1849, le charme fut rompu par les propos méchants de l'envieux Sainte-Beuve et la manœuvre de quelques voltairiens, avides de représailles.

Dieu merci, un revirement d'opinion s'est produit, ces derniers temps, en faveur du célèbre défenseur du Christianisme. La Critique et l'Histoire l'ont définitivement inscrit dans la liste des grands classiques. Et, a l'heure qu'il est, non seulement Chateaubriand groupe, autour de son nom, les amis des lettres, mais Il semble convier les apologistes de la religion et les politiques eux-mêmes à un examen plus approfondi de son œuvre.

Quant au sentiment catholique, il ne cesse de se complaire à tant de poétiques et harmonieux récits qui ne vont pas, d'ailleurs, comme on l'a trop souvent répété, sans établir dans les esprits la doctrine ellenême. Brunetiere l'avait remarqué, vers la fin de sa rie : « On s'est aperçu que ce grand style enveloppait les idées singulièrement fécondes 1. »

Le présent recueil offrira donc quelque intérêt. Son itre l'Expérience religieuse de Chateaubriand explique

1. Chateaubriand, Extraits, XIV, Hachette.

Expérience religieuse de Chateaubriand. - I

le choix et la disposition des extraits qu'il renferme. Demandant au grand apologiste son autobiographie religieuse, j'ai suivi l'homme dans ses relations avec Dieu, plutôt que l'écrivain ; j'ai noté les vicissitudes de la Foi dans son âme; j'ai tâché de saisir les moments religieux de cette âme.

Ces extraits viennent en majorité des Mémoires d'Outre-Tombe, le livre où l'auteur s'est le plus dépeint. Mais, comme on l'avait accusé - et avec raison semble-t-il - de s'y être dépeint en buste, j'ai cherché ce qu'il y avait de son expérience religieuse dans ses autres ouvrages. C'était chose relativement facile. Car au dire de ceux qui l'ont fréquenté : « Chateaubriand ne se dérobe nulle part. Il est dans les Natchez, il est dans l'Itinéraire, il est dans les Martyrs, il est dans la Vie de Rancé. Avant d'écrire ses Mémoires, il les avait esquissés dix fois. Presque toute sa vie est dans chacun de ses ouvrages, et toute sa vie morale est dans chacun d'eux1. »

1. Etudes littéraires sur le XIX° s., Faguet, p. 44. ↩

Je puis donc offrir, à la fois, l'autobiographie religieuse d'un illustre chrétien et un véritable recueil de pages choisies dans l'œuvre d'un maître. Quelques-unes de ces pages - et non pas les moins belles - sont généralement peu connues : L'Avenir du monde, par exemple, article splendide, paru dans la Revue des Deux-Mondes, le 15 avril 1834; la touchante prière « pour la perte d'une personne qui nous était chère » et même la profession de Foi de 1814, etc. etc.

Une âme, à quelques talents près, ressemblant à une autre âme, le principal mérite de Chateaubriand dans ses confidences, réside en ce qu'il nous intéresse au drame de notre propre nature. C'est à exprimer nos plaintes qu'excelle son style de magie.

De plus, cet enchanteur qui ne fut pas un trop grand saint, dont les ascensions religieuses ne découragent pas, ne s'en est pas allé sans donner de beaux exemples de sincérité, de désintéressement, de résignation et surtout d'attachement à la Foi.

Aussi l'édification se joint-elle au charme dans ces extraits qui racontent sa vie.

Voilà ce qui m'a inspiré de les rassembler et ce qui, j'espère, les fera lire.