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L'Enchanteur 1768—1848
L'Expérience religieuse de Chateaubriand Prière pour la mort d'une personne qui nous était chère. Souvenirs et Correspondance tirés

Prière pour la mort d'une personne qui nous était chère. Souvenirs et Correspondance tirés

L'Expérience religieuse de Chateaubriand · 2 min de lecture · p. 208–209 · chapitre 47 sur 57

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : P. Lethielleux, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

des papiers de Mme Récamier.

Prière pour la perte d'une personne qui nous était chère!.

« J'ai senti que mon âme s'ennuyait de ma vie, parce qu'il s'y est formé un grand vide et que la créature qui remplissait mes jours a passé.

« Mon Dieu, pourquoi m'avez-vous enlevé (celui ou) celle qui m'était si chère ?

« Heureux celui qui n'est jamais né, car il n'a point connu les brisements du cœur et les défaillances de l'âme ? Que vous ai-je fait, ô Seigneur ! pour me traiter ainsi ? Notre amitié, nos entretiens, l'échange mutuel

I. Chateaubriand, pense-t-on, aurait composé cette prière, en 1827, à la demande de M=° Récamier, à l'occasion de la mort du duc Mathieu de Montmorency.

M. Pailhes, qui en possède le manuscrit, et M. l'abbé Bertrin croient qu'elle a été écrite plutôt à Rome, en 1803, à la mort de Me de Beaumont.

de nos cœurs n'étaient-ils pas pleins d'innocence ? Et pourquoi appesantir ainsi votre main puissante sur un vermisseau ? O mon Dieu, pardonnez à ma douleur insensée ! Je sens que je me plains injustement de votre rigueur. Ne vous avais-je pas oublié pendant le cours de cette amitié trompeuse ; ne portais-je pas à la créature un amour qui n'est dû qu'au Créateur ? Votre colère s'est animée en me voyant épris d'une poussière périssable ; vous avez vu que j'avais embarqué mon cœur sur les flots, que les flots, en s'écoulant, le déposeraient au fond de l'abîme.

« Etre éternel, objet qui ne finit point et devant qui tout s'écroule, seule réalité permanente et stable, vous seul méritez qu'on s'attache à vous ; vous seul comblez les insatiables désirs de l'homme que vous portez dans vos mains. En vous aimant, plus d'inquiétude, plus de crainte de perdre ce qu'on a choisi. Cet amour réunit l'ardeur, la force, la douceur et une espérance infinie. En vous contemplant, ô beauté divine, on sent avec transport que la mort n'étendra jamais ses horribles ombres sur vos traits divins.

« Mais, ô miracle de bonté ! je retrouverai dans votre sein l'ami vertueux que j'ai perdu ! Je l'aimerai de nouveau pour vous et en vous, et mon âme entière, en se donnant, se retrouvera unie à celle de notre ami. Notre attachement divin partagera alors votre éternité. »