Prière pour la mort d'une personne qui nous était chère. Souvenirs et Correspondance tirés
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : P. Lethielleux, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
des papiers de Mme Récamier.
Prière pour la perte d'une personne qui nous était chère!.
« J'ai senti que mon âme s'ennuyait de ma vie, parce qu'il s'y est formé un grand vide et que la créature qui remplissait mes jours a passé.
« Mon Dieu, pourquoi m'avez-vous enlevé (celui ou) celle qui m'était si chère ?
« Heureux celui qui n'est jamais né, car il n'a point connu les brisements du cœur et les défaillances de l'âme ? Que vous ai-je fait, ô Seigneur ! pour me traiter ainsi ? Notre amitié, nos entretiens, l'échange mutuel
I. Chateaubriand, pense-t-on, aurait composé cette prière, en 1827, à la demande de M=° Récamier, à l'occasion de la mort du duc Mathieu de Montmorency.
M. Pailhes, qui en possède le manuscrit, et M. l'abbé Bertrin croient qu'elle a été écrite plutôt à Rome, en 1803, à la mort de Me de Beaumont.
de nos cœurs n'étaient-ils pas pleins d'innocence ? Et pourquoi appesantir ainsi votre main puissante sur un vermisseau ? O mon Dieu, pardonnez à ma douleur insensée ! Je sens que je me plains injustement de votre rigueur. Ne vous avais-je pas oublié pendant le cours de cette amitié trompeuse ; ne portais-je pas à la créature un amour qui n'est dû qu'au Créateur ? Votre colère s'est animée en me voyant épris d'une poussière périssable ; vous avez vu que j'avais embarqué mon cœur sur les flots, que les flots, en s'écoulant, le déposeraient au fond de l'abîme.
« Etre éternel, objet qui ne finit point et devant qui tout s'écroule, seule réalité permanente et stable, vous seul méritez qu'on s'attache à vous ; vous seul comblez les insatiables désirs de l'homme que vous portez dans vos mains. En vous aimant, plus d'inquiétude, plus de crainte de perdre ce qu'on a choisi. Cet amour réunit l'ardeur, la force, la douceur et une espérance infinie. En vous contemplant, ô beauté divine, on sent avec transport que la mort n'étendra jamais ses horribles ombres sur vos traits divins.
« Mais, ô miracle de bonté ! je retrouverai dans votre sein l'ami vertueux que j'ai perdu ! Je l'aimerai de nouveau pour vous et en vous, et mon âme entière, en se donnant, se retrouvera unie à celle de notre ami. Notre attachement divin partagera alors votre éternité. »