Louise Cordélia Eucharis Greffulhe, comtesse de Castellane, fille du banquier Greffulhe. Rencontrée chez Molé à Champlâtreux, elle vit avec Chateaubriand ministre une liaison brûlante (1823-1824), qui pousse Mme Récamier à partir dix-huit mois en Italie.
En bref
| Naissance | 1796 |
|---|---|
| Mort | 1847 |
| Lien | La passion de 1823-1824 : Cordélia Greffulhe, comtesse de Castellane. |
| Dans les Mémoires | Jamais nommée : les Mémoires taisent entièrement cette liaison (relevé automatique). |
| Lieux | Paris, ministère des Affaires étrangères (bal du 19 septembre 1823) ; Fontainebleau (octobre 1823, rendez-vous manqué) ; Rueil (décembre 1823) ; Méréville, chez sa famille (les Laborde). |
| Correspondance | 9 lettres dans la Correspondance (9 reçues). Neuf lettres d’amour de Chateaubriand, du 12 septembre 1823 au 24 avril 1824, datées de la main de Cordélia ; publiées sans nom dans les Annales romantiques (1904 et 1907) par Léon Séché selon lui, par l’abbé Pailhès selon la note de Maurice Chalvet ; vendues à Drouot le 6 novembre 1920 ; exposées à la BnF en 1969 (catalogue de vente Proyart, dans le Drive). Fin : 24 avril 1824 (catalogue) ou 24 août 1824 (note de Chalvet). |
| Dans l’œuvre | Selon Maurice Chalvet, le portrait de Marcelle de Castellane dans la Vie de Rancé (1844) s’inspire d’elle (interprétation, non vérifiée). |
| Dans les Mémoires | Jamais nommé(e) dans le texte des Mémoires (relevé automatique). |
Cordélia Greffulhe (1796-1823)
Louise-Cordélia Greffulhe naît à Londres, en émigration, en 1796. Son père, Louis Greffulhe (1741-1810), banquier originaire de Genève, a amassé une grande fortune. En 1813, elle épouse le comte Boniface de Castellane (1788-1862), qui sera maréchal de France en 1852. Son salon du 57, rue du Faubourg-Saint-Honoré réunit Mérimée, Thiers, Stendhal, Béranger, Arago, Villemain, et le comte Molé, qui fut un temps son amant (notice Proyart). Chateaubriand la connaît depuis 1820, par les fêtes de charité de l’infirmerie Marie-Thérèse (même source).
Septembre 1823 : « Mon ange, ma vie »
Ministre des Affaires étrangères depuis décembre 1822, Chateaubriand a cinquante-cinq ans et conduit la guerre d’Espagne ; elle en a vingt-sept. Le premier billet conservé est daté de sa main, « 12 7bre 1823 » :
« Mon ange, ma vie, je ne sais quoi de plus encore, je t’aime avec toute la folie de mes premières années. Je redeviens pour toi le frère d’Amélie ; j’oublie tout depuis que tu m’as permis de tomber à tes pieds. »
Chateaubriand à Cordélia de Castellane, vendredi [12 septembre 1823], d’après la notice de vente de la librairie Proyart, « Neuf lettres autographes à Cordelia de Castellane » (Drive). · Lire le passage dans Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme. d'Agoult
« Tu sauras toute ma vie ; tu verras ce qu’on ne saura qu’après moi ; j’en ferai dépositaire celui qui doit nous survivre. »
Chateaubriand à Cordélia de Castellane, vendredi [12 septembre 1823], d’après la notice de vente de la librairie Proyart, « Neuf lettres autographes à Cordelia de Castellane » (Drive). · Lire le passage dans Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme. d'Agoult
Il lui confie le manuscrit des « Mémoires de ma vie » (Séché, d’après la notice Proyart). Beaunier relève le mot :
« Chateaubriand appelait volontiers « mon ange » des dames avec lesquelles il n’avait pas eu que des conversations angéliques. »
André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand, 1910. · Lire le passage
Le bal du ministère (19 septembre 1823)

« Jamais je ne t’ai vue aussi belle et aussi jolie à la fois que tu ne l’étais hier au soir. J’aurais donné ma vie pour pouvoir te presser dans mes bras. »
Chateaubriand à Cordélia de Castellane, samedi [20 septembre 1823], d’après la notice de vente de la librairie Proyart, « Neuf lettres autographes à Cordelia de Castellane » (Drive). · Lire le passage dans André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand
« Je ne pouvais cesser de te regarder, de baiser la petite chaîne d’or. »
Chateaubriand à Cordélia de Castellane, samedi [20 septembre 1823], d’après la notice de vente de la librairie Proyart, « Neuf lettres autographes à Cordelia de Castellane » (Drive).
La liaison n’est pas un secret. Le baron de Frénilly écrit dans ses Souvenirs :
« Chateaubriand avait joint au portefeuille des Affaires étrangères celui des affaires particulières de Mme Boni de Castellane, dont il était l’admirateur fort peu secret. »
Frénilly, Souvenirs, cité par André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand, 1910. · Lire le passage
« À Délie » (22 septembre 1823)
Il lui envoie un poème de douze strophes :
« Et moi, vieux voyageur, sur ta route fleurie Je marche seul et vois finir le jour. »
« À Délie », Chateaubriand à Cordélia de Castellane, [22 septembre 1823], d’après la notice de vente de la librairie Proyart, « Neuf lettres autographes à Cordelia de Castellane » (Drive).
« Je sens l’amour et ne puis l’inspirer. »
« À Délie ». · Lire le passage dans Léontine de Villeneuve, Le Roman de l'Occitanienne et de Chateaubriand
« L’amant de Velléda, le frère d’Amélie, Mes fils ingrats m’ont-ils ravi ta foi ? Ton admiration me blesse et m’humilie. Le croirais-tu ? je suis jaloux de moi. »
« À Délie ». · Lire le passage dans André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand
« Pour moi-même, un seul jour, aime-moi, ma Délie, Et que je sois à jamais oublié ! »
« À Délie », dernière strophe. · Lire le passage dans Scipion Marin, Histoire de la vie et des ouvrages de M. de Chateaubriand, considéré comme poète, voyageur et homme d'état, avec l'analyse de ses ouvrages
Fontainebleau, 5 octobre 1823 : la nuit perdue
Elle l’attend à Fontainebleau. Les dépêches télégraphiques annoncent la délivrance de Ferdinand VII ; le ministre doit rester à Paris. Cordélia a noté sur la lettre : « apporté à Fontainebleau par Hyacinthe Pilorge, et reçu lundi, 6 8bre à 4h. »
« Ainsi je perds cette nuit que j’aurais passée dans tes bras ! »
Chateaubriand à Cordélia de Castellane, [5 octobre 1823], d’après la notice de vente de la librairie Proyart, « Neuf lettres autographes à Cordelia de Castellane » (Drive). · Lire le passage dans Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme. d'Agoult
« Tu m’aurais donné un fils ; tu aurais été la mère de mon unique enfant. »
Chateaubriand à Cordélia de Castellane, [5 octobre 1823], d’après la notice de vente de la librairie Proyart, « Neuf lettres autographes à Cordelia de Castellane » (Drive). · Lire le passage dans André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand
« Tu es venue me ravir jusqu’au plaisir du succès de cette guerre que j’avais seul déterminée et dont la gloire me trouvait sensible. »
Chateaubriand à Cordélia de Castellane, [5 octobre 1823], d’après la notice de vente de la librairie Proyart, « Neuf lettres autographes à Cordelia de Castellane » (Drive). · Lire le passage dans Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme. d'Agoult
« […] pardonne-moi cette délivrance du malheureux roi d’Espagne. Je ne sais si tu pourras me lire. Je t’écris après avoir écrit à tous les rois et à tous les ministres de l’Europe. »
Chateaubriand à Cordélia de Castellane, [5 octobre 1823], d’après la notice de vente de la librairie Proyart, « Neuf lettres autographes à Cordelia de Castellane » (Drive). · Lire le passage dans Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme. d'Agoult
À minuit, il rouvre sa lettre : une seconde dépêche annonce la rupture des négociations, et le roi veut le voir le lendemain à midi.
« Crois-moi, il ne faut rien moins que ton ordre pour me retenir. »
Chateaubriand à Cordélia de Castellane, minuit, d’après la notice de vente de la librairie Proyart, « Neuf lettres autographes à Cordelia de Castellane » (Drive). · Lire le passage dans Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme. d'Agoult
24 octobre 1823 : « Pars, bonheur et charme de ma vie »
Cordélia est venue à la fête de l’infirmerie Marie-Thérèse (notice Proyart) ; Beaunier montre « les comtesses de Gontaud et de Castellane » quêtant pour l’Infirmerie. Le soir du 24 octobre, veille du départ de Cordélia pour Dieppe :
« Pars, bonheur et charme de ma vie, mais pour me retrouver, pour m’enivrer de ton amour, pour me rendre le plus glorieux et le plus heureux des hommes. »
Chateaubriand à Cordélia de Castellane, 8 heures [du soir, vendredi 24 octobre 1823], d’après la notice de vente de la librairie Proyart, « Neuf lettres autographes à Cordelia de Castellane » (Drive). · Lire le passage dans André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand


« Tu as vu comme je t’ai aimée aujourd’hui ! tu verras comme je t’aimerai loin de la foule. Reçois toutes mes caresses : et souviens toi que tu es ma maîtresse adorée. Je baise tes pieds et tes cheveux […] »
Chateaubriand à Cordélia de Castellane, 24 octobre 1823, d’après la notice de vente de la librairie Proyart, « Neuf lettres autographes à Cordelia de Castellane » (Drive). · Lire le passage dans André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand
Juliette Récamier s’en va (25 octobre – 2 novembre 1823)
Le lendemain, Mme Récamier lui annonce son départ pour l’Italie :
« Je dis adieu à toutes les joies de la terre […] »
Juliette Récamier à Chateaubriand, 25 octobre 1823. · Lire le passage dans André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand
Sainte-Beuve, cité par Séché, voit dans ce départ :
« […] une petite pointe de jalousie au sujet d’une fort jolie et très spirituelle dame […] »
Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. XIV, cité par Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme d’Agoult, 1908. · Lire le passage
Elle part le 2 novembre (voir la fiche de Juliette Récamier, « L’orage de 1823 »). Chateaubriand prend aussitôt la route de la Normandie, en se disant attendu à Fervaques chez Mme de Custine (notice Proyart). Il écrit à celle-ci le 5 novembre :
« Ma voiture a cassé, et c’est la première fois que cela m’arrive. J’ai été rejoint par un courrier et obligé de revenir sur mes pas. »
Chateaubriand à Mme de Custine, Paris, 5 novembre 1823, publiée par Émile Chédieu de Robethon, Chateaubriand et Madame de Custine, 1893. · Lire le passage
L’hiver 1823-1824
Cordélia séjourne à Rueil :
« J’ai reçu ta longue lettre. Je t’en remercie. Je l’ai portée toute la journée sur mon cœur. »
Chateaubriand à Cordélia de Castellane, Paris, 11 décembre 1823, d’après la notice de vente de la librairie Proyart, « Neuf lettres autographes à Cordelia de Castellane » (Drive). · Lire le passage dans André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand
« […] je n’aime point ce préfet qui devine si juste. »
Chateaubriand à Cordélia de Castellane, Paris, 11 décembre 1823, d’après la notice de vente de la librairie Proyart, « Neuf lettres autographes à Cordelia de Castellane » (Drive).
En janvier, le billet passe au vouvoiement :
« Mme de Ch[ateaubriand] vient de partir. Je deviserai avec vous. Je serai chez vous à cinq heures. »
Chateaubriand à Cordélia de Castellane, mercredi 26 [janvier 1824], d’après la notice de vente de la librairie Proyart, « Neuf lettres autographes à Cordelia de Castellane » (Drive).
Au printemps, une autre femme l’occupe :
« Au mois de mars 1824, Mme de C… était jalouse de Mme H… »
André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand, 1910. · Lire le passage
« Sous son ministère, Chateaubriand écrivait tous les matins à Mme Hamelin sur les affaires politiques. »
Journal du maréchal de Castellane, cité par André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand, 1910. · Lire le passage
24 avril 1824 : la dernière lettre
« Cette tempête m’a bien fait faire des souhaits cette nuit. Si nous avions été au bord de la mer ! »
Chateaubriand à Cordélia de Castellane, samedi 24 [avril 1824], d’après la notice de vente de la librairie Proyart, « Neuf lettres autographes à Cordelia de Castellane » (Drive). · Lire le passage dans André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand
Six semaines plus tard, le 6 juin 1824, il est chassé du ministère. La passion se change en amitié : les lettres postérieures qui ont été conservées ne sont plus des lettres d’amour (notice Proyart). D’autres lettres à la comtesse ont été publiées en 1927 par la comtesse Jean de Castellane.
Marcelle de Castellane (1844)
Vingt ans plus tard, selon Maurice Chalvet, il prête ses traits à la maîtresse du duc de Guise dans la Vie de Rancé :
« Marcelle de Castellane lui plut ; elle-même se laissa prendre d’amour : sa pâleur, étendue comme une première couche sous la blancheur de son teint, lui donnait un caractère de passion. À travers ce double lis transpiraient à peine les roses de la jeune fille. Elle avait de longs yeux bleus, héritage de sa mère. »
Chateaubriand, Vie de Rancé, 1844, cité par la notice de vente de la librairie Proyart, « Neuf lettres autographes à Cordelia de Castellane » (Drive). · Lire le passage

Les Mémoires ne la nomment jamais. Elle meurt en 1847 ; son mari, maréchal en 1852, lui survit jusqu’en 1862.
Les lettres retrouvées
Cordélia avait gardé les lettres, sur lesquelles elle notait la date, le lieu et les circonstances. Elles paraissent sans nom dans les Annales romantiques en août 1904 et en 1907. Séché écrit qu’il les publia, et qu’il découvrit la destinataire par une phrase de Sainte-Beuve :
« […] j’acquis la conviction, pour ne pas dire la certitude, qu’il s’agissait de la femme d’un futur maréchal de France. »
Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme d’Agoult, 1908. · Lire le passage
Vendues à Drouot le 6 novembre 1920, acquises par le colonel Louis de Chateaubriand puis par Maurice Chalvet, elles sont exposées à la Bibliothèque nationale en 1969 (notice Proyart). Ce sont, écrit Chalvet, « les seules qui soient parvenues jusqu’à nous, où Chateaubriand ait montré une pareille exaltation amoureuse » ; il écrivait presque tous les jours, et les autres sont perdues.

Divergences entre les sources
Première publication : Séché dit avoir publié lui-même les lettres dans les Annales romantiques en 1904 ; la note de Maurice Chalvet l’attribue à l’abbé Pailhès ; Beaunier cite un « M. XXX ». Dates : Beaunier place la réception du ministère le 20 septembre et le poème « À Délie » le 22 décembre ; les annotations de Cordélia donnent le 20 septembre pour la lettre écrite le lendemain du bal, et le 22 septembre pour le poème. Fin de la liaison : 24 avril 1824, dernière lettre (notice Proyart) ; « 24 août 1824 » dans la note de Chalvet. Marcelle de Castellane : rapprochement de Chalvet, non confirmé par Chateaubriand.
Sources et documents
Neuf lettres autographes de Chateaubriand à Cordélia de Castellane (12 septembre 1823 – 24 avril 1824) : notice de vente de la librairie Proyart, avec la note de Maurice Chalvet (Drive, dossier « Chateaubriand ») ; texte des lettres, faits de la notice
Léon Séché, Hortense Allart de Méritens, 1908, chapitre II (lettres de 1823 et fac-similé de la lettre du 24 octobre) (lire en ligne)
André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand, 1910, chapitre « Madame Récamier » (Frénilly, journal du maréchal de Castellane) (lire sur le site · Internet Archive)
Maurice Levaillant, « Les lettres de Chateaubriand à Madame Récamier », La Revue (lettre de Juliette, 25 octobre 1823)
Émile Chédieu de Robethon, Chateaubriand et Madame de Custine, 1893 (lettre du 5 novembre 1823) (lire en ligne)
Catalogue de la librairie Proyart, « Neuf lettres autographes à Cordelia de Castellane » (Drive, dossier « Chateaubriand »)






