La mère, issue de la noblesse de la région de Dinan, cultivée et très pieuse. Arrêtée le 10 février 1794, elle survit à la Terreur.
Elle meurt à Saint-Servan le 31 mai 1798, chez les dames de Goyon de Saint-Loyal. Sa mort, puis celle de Julie, déterminent selon Chateaubriand son retour à la foi.
En bref
| Naissance | 7 avril 1726 (Mémoires, livre I, chapitre 1 ; Biré). |
|---|---|
| Mort | 31 mai 1798 (12 prairial an VI), « au domicile de la citoyenne Gouyon, situé à La Ballue », commune de Saint-Servan (acte recopié dans les Mémoires). |
| Parents | Ange-Annibal, comte de Bedée, seigneur de La Bouëtardais, et Bénigne-Jeanne-Marie de Ravenel du Boisteilleul (Biré, qui corrige le prénom donné par les Mémoires). |
| Lien | Mère. |
| Lieux | Saint-Malo (maisons de la rue des Juifs, de la place Saint-Vincent, puis de la rue des Grands-Degrés), Combourg, Saint-Servan. |
| Dernière rencontre | Janvier-mai 1792 : mariage de son fils à Saint-Malo, qu’elle a voulu célébré par un prêtre non assermenté. |
| Veuvage | Elle renonce à la donation mutuelle de 1753 (13 mars 1787) et vit dans son hôtel de la rue des Grands-Degrés ; en 1796, tutrice de fait des fils de Jean-Baptiste, elle signe d’une écriture tremblée « certiffié véritable, Bedée, veuve Chateaubriand » et fait lever le séquestre de Combourg par Julie de Farcy (Collas, 1921). |
| Révolution | Emprisonnée à la Conciergerie, à Paris, sous la Terreur ; « oubliée » après le 9 thermidor, elle obtient la libération de sa belle-fille et de ses filles détenues à Rennes (Mémoires, livre X, chapitre 8). |
| Sa mort et l’œuvre | Elle charge en mourant une de ses filles (Julie) de rappeler son fils à la religion ; la lettre parvient à Londres quand Julie est morte elle aussi : « j’ai pleuré et j’ai cru » (Mémoires, livre XI, chapitre 4, citant la préface du Génie du christianisme). |
| Dans les Mémoires | 90 mentions (relevé automatique, approximatif) : livres I (1, 2, 3, 4, 5, 7) ; II (2, 3, 6) ; III (7 chapitres) ; IV (2, 3, 5, 7) ; V (4, 6, 15) ; VIII (7) ; IX (1) ; X (2, 3, 8, 11) ; XI (1, 4, 5, 6) ; XV (1) ; XVIII (3) ; XXX (14) ; XXXIII (3) ; XXXV (4) ; XXXVI (1) ; XXXVIII (5) ; XXXIX (10) ; XL (2, 5) ; XLIII (9) ; textes retranchés ; livre « Madame Récamier ». |
Une demoiselle de Bedée (1726-1753)
Apolline-Jeanne-Suzanne de Bedée naît le 7 avril 1726 (Mémoires), fille d’Ange-Annibal, comte de Bedée, seigneur de La Bouëtardais. Sa mère avait été élevée à Saint-Cyr :
« Mon aïeule maternelle, Marie-Anne de Ravenel de Boisteilleul, dame de Bedée, née à Rennes, le 16 octobre 1698, avait été élevée à Saint-Cyr dans les dernières années de madame de Maintenon : son éducation s’était répandue sur ses filles. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 1. · Lire le passage
« Ma mère, douée de beaucoup d’esprit et d’une imagination prodigieuse, avait été formée à la lecture de Fénelon, de Racine, de madame de Sévigné, et nourrie des anecdotes de la cour de Louis XIV ; elle savait tout Cyrus par coeur. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 1. · Lire le passage
Le mariage (1753)
Elle épouse René-Auguste de Chateaubriand le 3 juillet 1753, à Bourseul (Biré) ; ils s’établissent à Saint-Malo :
« Apolline de Bedée, avec de grands traits, était noire, petite et laide ; l’élégance de ses manières, l’allure vive de son humeur, contrastaient avec la rigidité et le calme de mon père. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 1. · Lire le passage
« La contrariété qu’elle éprouva la rendit mélancolique, de légère et gaie qu’elle était, obligée de se taire quand elle eût voulu parler, elle s’en dédommageait par une espèce de tristesse bruyante entrecoupée de soupirs, qui interrompaient seuls la tristesse muette de mon père. Pour la piété, ma mère était un ange. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 1. · Lire le passage
Dix enfants (1754-1768)
« Ma mère accoucha à Saint-Malo d’un premier garçon qui mourut au berceau, et qui fut nommé Geoffroy, comme presque tous les aînés de ma famille. Ce fils fut suivi d’un autre et de deux filles qui ne vécurent que quelques mois. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 2. · Lire le passage
« Après Jean-Baptiste naquirent quatre filles : Marie-Anne, Bénigne, Julie et Lucile, toutes quatre d’une rare beauté, et dont les deux aînées ont seules survécu aux orages de la Révolution. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 2. · Lire le passage
« Je fus le dernier de ces dix enfants. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 2. · Lire le passage

Plancoët et le vœu de Nazareth (1768-1775)
L’enfant est mis en nourrice près de Plancoët, chez sa grand-mère :
« Elle me voua à la patronne du hameau, Notre-Dame de Nazareth, et lui promit que je porterais en son honneur, le bleu et le blanc jusqu’à l’âge de sept ans. »
la nourrice, Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 3. · Lire le passage

« Le jour de l’Ascension de l’année 1775, je partis de chez ma grand-mère, avec ma mère, ma tante de Boisteilleul, mon oncle de Bedée et ses enfants, ma nourrice et mon frère de lait, pour Notre-Dame de Nazareth. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 4. · Lire le passage
Combourg (1777-1786)

« Alors, si l’été, mon père prenait le divertissement de la pêche, visitait ses potagers, se promenait dans l’étendue du vol du chapon ; si l’automne et l’hiver, il partait pour la chasse, ma mère se retirait dans la chapelle, où elle passait quelques heures en prières. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre III, chapitre 3. · Lire le passage
« Le souper fini et les quatre convives revenus de la table à la cheminée, ma mère se jetait, en soupirant, sur un vieux lit de jour de siamoise flambée ; on mettait devant elle un guéridon avec une bougie. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre III, chapitre 3. · Lire le passage
Le veuvage (1786-1792)
Veuve le 6 septembre 1786, elle vit à Saint-Malo, dans son hôtel de la rue des Grands-Degrés (Collas), et prépare Combourg pour le jeune ménage de son fils aîné :
« Une autre fois j’accompagnai ma mère à Combourg : elle s’occupait de l’ameublement du château ; elle attendait mon frère, qui devait amener ma belle-soeur en Bretagne. Mon frère ne vint point ; il eut bientôt avec sa jeune épouse, de la main du bourreau, un autre chevet que l’oreiller préparé des mains de ma mère. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre III, chapitre 16. · Lire le passage
En 1792, son cadet épouse Céleste Buisson de La Vigne :
« […] ma pieuse mère exigea que le mariage religieux fût fait par un prêtre non assermenté, ce qui ne pouvait avoir lieu qu’en secret. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IX, chapitre 1. · Lire le passage
La Terreur (1794)
Arrêtée en février 1794, elle est enfermée à la Conciergerie ; son fils aîné y est jugé et guillotiné le 22 avril :
« Le 9 thermidor sauva les jours de ma mère ; mais elle fut oubliée à la Conciergerie. Le commissaire conventionnel la trouva : « Que fais-tu là, citoyenne ? lui dit-il ; qui es-tu ? pourquoi restes-tu ici ? » […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre X, chapitre 8. · Lire le passage
« Ma mère répondit qu’ayant perdu son fils, elle ne s’informait point de ce qui se passait, et qu’il lui était indifférent de mourir dans la prison ou ailleurs. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre X, chapitre 8. · Lire le passage
« Ma mère nomma ma femme et mes soeurs détenues à Rennes. L’ordre fut expédié de mettre celles-ci en liberté, et l’on contraignit ma mère de sortir. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre X, chapitre 8. · Lire le passage
La mort (31 mai 1798)
« Apolline-Jeanne-Suzanne de Bedée, veuve de René-Auguste de Chateaubriand, est décédée au domicile de la citoyenne Gouyon, situé à La Ballue, en cette commune, ce jour, à une heure après midi. »
acte de décès de Saint-Servan, 12 prairial an VI, cité dans Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 5. · Lire le passage

Sa fille Julie l’apprend à son frère, exilé à Londres :
« Mon ami, nous venons de perdre la meilleure des mères ; je t’annonce à regret ce coup funeste. »
Julie de Farcy à son frère, Saint-Servan, 1er juillet 1798, citée dans Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XI, chapitre 4. · Lire le passage
« Mon enfance et ma jeunesse se liaient intimement au souvenir de ma mère ; tout ce que je savais me venait d’elle. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XI, chapitre 4. · Lire le passage dans l'éd. Edmond Biré (autre rédaction)
« Ces deux voix sorties du tombeau, cette mort qui servait d’interprète à la mort, m’ont frappé. Je suis devenu chrétien. Je n’ai point cédé, j’en conviens, à de grandes lumières surnaturelles : ma conviction est sortie du coeur ; j’ai pleuré et j’ai cru. »
Chateaubriand, préface du Génie du christianisme, citée dans Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XI, chapitre 4. · Lire le passage
Divergences entre les sources
Ses enfants : dix selon les Mémoires ; les registres de Saint-Malo « n’en accusent que neuf » (Biré). Son prénom : « Pauline-Jeanne-Suzanne » dans l’extrait de baptême de son fils (livre I, chapitre 2) ; « Apolline-Jeanne-Suzanne » dans les autres actes. Sa mère : « Marie-Anne de Ravenel de Boisteilleul » (Mémoires) ; Biré corrige le prénom. Son âge en prison : « jetée à soixante-douze ans dans des cachots » (préface du Génie) ; elle a soixante-huit ans en 1794 (née le 7 avril 1726).
Sources et documents
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres I (1 à 4), III (3, 16), IV (5), X (8), XI (4)
Edmond Biré, éd. des Mémoires d’outre-tombe, 1898-1900, notes du t. I
Georges Collas, « Dix ans au château de Combourg », Annales de Bretagne, 1921 (faits seulement) (lire en ligne)
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres I, IV, X et XI
Mémoires d’outre-tombe, éd. Edmond Biré, Paris, Garnier, 1898-1900 (notes) (lire sur le site · Internet Archive)



