Arrêtée à Saint-Malo comme mère d’émigrés, Apolline de Bedée est incarcérée ; elle survit à la Terreur et n’est libérée qu’après la chute de Robespierre.
D’après Collas (1949) : arrêtée le 10 février 1794, Apolline de Bedée est enfermée à Saint-Malo à l’hôtel de la Villegille, prison des femmes, avec ses nièces Chateaubriand du Plessis. Le 22 avril 1794, jour où son fils aîné est guillotiné à Paris, deux commissaires l’emmènent à Paris : maison des Anglaises, puis le Plessis (« maison Égalité »). Interrogée par les représentants Bourdon de l’Oise et Legendre, elle est libérée par un arrêté du Comité de sûreté générale :
« Le comité de Sûreté générale arrête que la citoyenne Appolline Bédée veuve Chateaubriand de la commune de port-malo sera sur le champ mise en liberté et les scellés levés au vu du présent arrêté. »
Arrêté du Comité de sûreté générale, Paris, 27 vendémiaire an III (18 octobre 1794), publié par Collas (1949).
Le récit des Mémoires, qui semblait peu vraisemblable, s’en trouve confirmé, à un détail près : la prison n’est pas la Conciergerie mais la maison Égalité.
« Ma mère nomma ma femme et mes soeurs détenues à Rennes. L’ordre fut expédié de mettre celles−ci en liberté, et l’on contraignit ma mère de sortir. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre X, chapitre 8. · Lire le passage
Collas (1953) complète le récit : un « tableau » du comité de surveillance de Saint-Malo, dressé en germinal, la désigne ainsi :
« […] caractère intrigant et méchant, tient secrètement le bureau de correspondance des émigrés de Jersey et de Guernesey, où sont ses deux garçons. »
Tableau des détenus du comité de surveillance de Port-Malo, germinal an II, publié par Collas (1953).
Le matin du 22 avril 1794, deux commissaires de la section parisienne de Bondy l’emmènent avec trois hommes d’affaires du président de Rosanbo, pour en faire des complices des parlementaires. Collas pense que ce départ la sauva de la fournée malouine que Le Carpentier envoya ensuite à Paris. Après quinze jours de route, elle est écrouée le 7 mai aux Anglaises de la rue de Charenton, où Mmes de Marigny et de Chateaubourg lui font parvenir des colis ; le 12 juin, elle adresse son mémoire à la commission populaire, désavouant, comme tant de parents d’émigrés, son fils cadet et son mariage. Vers le milieu de messidor (début de juillet), elle est transférée au Plessis :
« Depuis trois semaines je suis sortie des Anglaises pour être transférée au ci-devant Collège du Plessis […] »
Apolline de Chateaubriand à Mme de Marigny, 2 août 1794 (archives de Combourg), publié par Collas (1953).
Elle y loge dans le bâtiment de la « Police », au cinquième étage, où sont aussi la duchesse de Duras (belle-fille du maréchal de Duras, qui avait vendu Combourg au comte de Chateaubriand) et Mme de La Fayette, qui ne la nomment pas dans leurs souvenirs.