Hôtel garni où Chateaubriand descend à son retour de Rome, au plus tard en février 1804 ; Céleste l’y rejoint à la mi-mars, après près de douze ans de séparation, et c’est là qu’il écrit sa démission après l’exécution du duc d’Enghien.
En bref
| Adresse d’époque | Hôtel de France, rue de Beaune : n° 71 en 1793 (Almanach national ; Tableau de la Convention), n° 5 en 1806 (Salon) et en 1811 (Almanach du commerce). |
|---|---|
| Adresse actuelle | 5, rue de Beaune, 75007 Paris : Biré (1907), l’éditeur des Cahiers (1909), Rochegude (1910, « ancien hôtel meublé de France et de Lorraine où descendit Chateaubriand en 1804 »). D’après Mme Bonnefous, citée par Collas (1958), la maison existe encore mais n’est plus un hôtel garni. |
| Occupation | Au plus tard le 26 février 1804 (lettre à Talleyrand datée de l’hôtel) – fin mars ou avril 1804. Le 30 mars, il donne une autre adresse à Chênedollé, l’hôtel de La Valette ; Céleste écrit qu’ils quittent la rue de Beaune en avril. |
| Avec qui | Céleste, à partir de la mi-mars, venue partir avec lui dans le Valais, où il vient d’être nommé ministre de France. |
| Événements | Audience manquée aux Tuileries (fin février) ; visite aux Tuileries (dernière rencontre avec Bonaparte, deux jours avant le 20 mars selon les Mémoires) ; 21 mars 1804, il apprend l’exécution du duc d’Enghien ; lettre de démission datée du lendemain. |
| Divergences | Arrivée à Paris : « au début de février » (Mayer, 1946), « dans la première quinzaine » (Biré, 1907) ; mais le 26 février il écrit s’être présenté la veille chez Talleyrand « à mon arrivée à Paris ». Besserve dit mars. Arrivée de Céleste : peu de jours après lui (Biré), vers le milieu de février (Collas, 1958), dans la première moitié de février (Pailhès, 1896), entre le 14 et le 16 mars (Cassagne, d’après les lettres à Chênedollé). Céleste écrit « nous prîmes un logement » en février, sans dater sa propre arrivée. Le jour de la nouvelle : 20 mars dans les Mémoires, 21 chez Céleste et Biré. |
| Certitude | Séjour certain (Mémoires, livre XVI, chapitre 1 ; Cahier rouge ; lettres datées de l’hôtel). Dates d’arrivée et de départ discutées. |
Le lieu
Rue de Beaune, dans le faubourg Saint-Germain, entre le quai Voltaire et la rue de l’Université.
Histoire
Ouverte en 1640 sous le nom de rue du Pont, à cause du pont Rouge sur lequel elle débouchait (Rochegude ; Lefeuve ; Wikipédia).
Avant lui : la rue et l’hôtel
Au n° 1 s’élève l’hôtel de Villette, où meurt Voltaire en 1778 (Rochegude ; Wikipédia). Chateaubriand connaît la maison : en 1789, il y a dîné avec Mirabeau, chez la marquise de Villette (« C’est dans cet hôtel que Chateaubriand rencontra Mirabeau », note de Biré aux Mémoires).
« Deux fois j’ai rencontré Mirabeau à un banquet, une fois chez la nièce de Voltaire, la marquise de Villette […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre V, chapitre 12. · Lire le passage


L’hôtel de France existe sous la Révolution : l’Almanach national de 1793 y loge Boissy d’Anglas, député de l’Ardèche, « rue de Beaune, hôtel de France, n° 71 », et le Tableau de la Convention son collègue Saint-Martin, à la même adresse (« Il avait habité en 1793 l’Hôtel de France », Pessard, 1904, à propos de Boissy d’Anglas). Le 4 octobre 1793, des commissaires de la section du Muséum viennent y arrêter un autre député, Fayolle, et mettre les scellés sur ses papiers (Tuetey, Répertoire général, t. VIII). Sous la Terreur, Mme Molé, mère du futur ami de Chateaubriand, chassée de son hôtel, loge elle aussi dans la rue :
« […] dut s’établir dans un modeste logement de la rue de Beaune […] »
Paul de Raynal, Les Correspondants de J. Joubert, 1883. · Lire le passage
Le retour de Rome (janvier-février 1804)
Nommé dans le Valais, il annonce à Talleyrand, le 19 janvier, qu’il va se rendre à Paris, et quitte Rome le 21 ; il s’arrête chez Joubert, à Villeneuve-sur-Yonne (Mayer). Selon Biré, Joubert lui offre son appartement de Paris ; il préfère ne pas s’y installer, sa femme devant le rejoindre.
« Mon dessein n’étant pas de rester à Paris, je descendis à l’hôtel de France, rue de Beaune, où madame de Chateaubriand vint me rejoindre pour se rendre avec moi dans le Valais. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVI, chapitre 1. · Lire le passage
« M. de Chateaubriand descendit dans un modeste hôtel, rue de Beaune, et ne vit d’abord qu’un petit nombre d’amis. »
Abel-François Villemain, M. de Chateaubriand, 1858. · Lire le passage
La première trace datée est du 6 ventôse an XII (26 février 1804), une lettre à Talleyrand signée « rue de Beaune, hôtel de France » :
« Je me suis présenté hier chez vous pour avoir l’honneur de vous rendre mes devoirs, à mon arrivée à Paris. »
Chateaubriand à Talleyrand, 6 ventôse an XII (Correspondance générale, éd. Thomas, t. I).
Le mercredi 9 ventôse (29 février), il s’excuse d’un rendez-vous manqué : Fontanes devait le mener aux Tuileries la veille au soir, ils ne se sont pas trouvés.
« Le Président du Corps législatif devoit m’introduire hier soir aux Tuileries. »
Chateaubriand à Talleyrand, 9 ventôse an XII (Correspondance générale, éd. Thomas, t. I).
Les préparatifs pour Sion (février-mars 1804)
De Sion, le conseil de la ville lui écrit le 20 février qu’il lui fait préparer un logement « digne de vous recevoir » (Mémoires, livre XVI, chapitre 1). À Paris, il cherche un compagnon : le 15 ventôse (6 mars), il propose à Chênedollé de le suivre, et lui donne pour adresse non pas l’hôtel, mais la maison de Joubert le cadet.
« Venez ou répondez-moi sur-le-champ au Singe violet, rue Saint-Honoré, près la rue de l’Echelle, chez Joubert-Lafond. »
Chateaubriand à Chênedollé, 15 ventôse 1804, cité par Sainte-Beuve. · Lire le passage
Il répète cette adresse le 23 ventôse (14 mars). C’est sans doute ce qui fait écrire à Cassagne qu’il passe de chez Joubert-Laffont à l’hôtel pour recevoir sa femme ; la lettre du 26 février montre qu’il y était déjà.
« La chose n’est pas brillante; mais le Diable ne peut offrir que son Enfer. »
Chateaubriand à Chênedollé, mercredi 23 ventôse 1804, cité par Sainte-Beuve. · Lire le passage
Le 25 ventôse (16 mars), il accuse réception de ses lettres de créance (Correspondance générale). À Villeneuve, on ne sait plus rien de lui :
« Il devait partir : il n’est point parti, et nous ne savons plus s’il partira […] »
Joubert à Chênedollé, Villeneuve-sur-Yonne, 20 mars 1804. · Lire le passage
Céleste à l’hôtel de France (mi-mars 1804)
C’est la troisième lettre à Chênedollé, sans date, qui annonce sa femme. Elle suit « ma seconde lettre », celle du 14 mars, et précède le 22 : Céleste est donc arrivée à la mi-mars, comme l’écrit Cassagne, et non en février. Pailhès, qui la place « dans la première moitié de février », citait cette même lettre.
« Ma femme est ici. Elle va me chercher un logement pour moi et pour elle. Je cherche une cabane à acheter aux environs de Paris […] »
Chateaubriand à Chênedollé, mars 1804, cité par Sainte-Beuve. · Lire le passage
« Il est vrai que je vais dans un trou horrible, et que je n’y vais que pour quelques mois, du moins je l’espère. »
La même lettre. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire
« […] je pourrai encore recevoir votre lettre, rue de Beaune, hôtel de France. »
La même lettre. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire
« Je n’ai point encore vu le Premier Consul. »
La même lettre. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire
Céleste, elle, parle de février, à propos du retour de son mari :
« Lorsque M. de Chateaubriand revint de Rome, au mois de février 1804, nous prîmes un logement à l’hôtel de France, rue de Beaune. »
Céleste de Chateaubriand, Cahier rouge. · Lire le passage dans Mémoires d'outre-tombe
Ils se retrouvent après près de douze ans de séparation. Les 12 000 francs reçus pour l’établissement à Sion sont déjà employés en linge et en argenterie ; il faudra les rendre, sur ce qui leur reste de fonds sur l’État, « deux jours après la démission » (Cahier rouge).
Du 18 au 22 mars 1804
« Deux jours avant le 20 mars », il va prendre congé de Bonaparte aux Tuileries. Il le trouve changé, et rentre à l’hôtel :
« Retourné à l’hôtel de France, je dis à plusieurs de mes amis […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVI, chapitre 1. · Lire le passage
Le matin de la nouvelle (le 20 mars selon les Mémoires, mais le duc est fusillé le 21, « à quatre heures », écrit Céleste), il va voir à la rue Plumet le cyprès planté par Pauline de Beaumont, redescend le boulevard, traverse les Invalides, le pont Louis XVI et les Tuileries. À la grille du pavillon Marsan, entre onze heures et midi, il entend crier le jugement.
« Je rentrai chez moi ; je dis à madame de Chateaubriand : » Le duc d’Enghien vient d’être fusillé. » Je m’assis devant une table, et je me mis à écrire ma démission. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVI, chapitre 1. · Lire le passage
Clausel de Coussergues survient et lui fait retrancher des phrases de colère. Céleste raconte autrement la matinée : c’est Clausel qui apporte la nouvelle,
« […] qui vint, à sept heures du matin, nous annoncer cette horrible nouvelle […] »
Céleste de Chateaubriand, Cahier rouge. · Lire le passage dans Albert Cassagne, La vie politique de François de Chateaubriand
La lettre à Talleyrand, datée du lendemain « Paris, rue de Beaune, hôtel de France, 1er germinal an XII » (22 mars), invoque la santé de Céleste. Robethon la dit soumise d’abord à Mme de Custine.
« Les médecins viennent de me déclarer que Mme de Chateaubriand est dans un état de santé qui fait craindre pour sa vie. »
Chateaubriand à Talleyrand, 1er germinal an XII, dans Pailhès, 1896. · Lire le passage
Ce sont alors, à l’hôtel, les jours de la peur :
« Pendant plusieurs jours, mes amis restèrent dans la crainte de me voir enlever par la police ; ils se présentaient chez moi d’heure en heure, et toujours en frémissant, quand ils abordaient la loge du portier. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVI, chapitre 1. · Lire le passage
Céleste va chez Fontanes pour le rassurer (« J’allais le voir pour l’apaiser et le rassurer », Cahier rouge). Talleyrand ne répond que le 12 germinal (2 avril).
« J’ai mis, citoyen, sous les yeux du Premier Consul les motifs qui ne vous ont pas permis d’accepter la légation du Valais […] »
Talleyrand à Chateaubriand, 12 germinal an XII, dans Pailhès, 1896. · Lire le passage
Le départ (fin mars-avril 1804)
Le Vendredi saint, 30 mars, il écrit à Chênedollé que le Valais est abandonné, que Lucile est à Paris, très malade, et il lui donne pour adresse la rue des Saints-Pères, hôtel de La Valette : le ménage a peut-être déjà quitté la rue de Beaune.
« […] je passe mes jours à aller de l’une à l’autre et à être spectateur de ces misères de la vie […] »
Chateaubriand à Chênedollé, Vendredi saint 1804 (Correspondance générale, éd. Thomas, t. I).
Céleste et les Mémoires parlent, eux, de la rue de Miromesnil :
« Nous quittâmes la rue de Beaune au mois d’avril 1804 pour aller demeurer dans la rue de Miromesnil […] »
Céleste de Chateaubriand, Cahier rouge. · Lire le passage dans Mémoires d'outre-tombe
« […] je quittai mon logement provisoire rue de Beaune, et j’allai demeurer rue de Miromesnil. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVII, chapitre 1. · Lire le passage
L’hôtel après lui
L’hôtel continue. Au Salon de 1806, le peintre Stieler y donne son adresse (« rue de Beaune, hôtel de France, n. 5 ») ; l’Almanach du commerce de 1811 nomme sa tenancière, parmi les hôtels garnis : « Pillet (Mad.), hôtel de France, rue de Beaune, 5 ». Une lettre de Chateaubriand au poète Jean-Pierre de La Bouisse, « Paris 15 juin », sans année, y est adressée « rue de Beaune, hôtel de France, n° 629 » (Revue d’histoire littéraire de la France, 1938, qui la place après Les Martyrs ; ce numéro n’est pas expliqué).
Les guides des années 1850-1860 le recommandent à côté de l’hôtel de Lorraine, au n° 7 (Baedeker, 1867 : « respectable and not expensive » ; Reichard, 1859 : table d’hôte à 3 francs). Paris en poche (1863) donne déjà « Hôtel de France et de Lorraine, rue de Beaune, 5 ». La clientèle est en partie anglo-américaine : John Henry Newman y écrit au P. St John, John Holmes à James Russell Lowell.
Lefeuve, qui visite la rue sous le second Empire, voit les deux maisons « réunies depuis un certain temps » et leur donne un long passé :
« […] il y a plus d’un siècle qu’on y reçoit des voyageurs ; une vieille porte, d’accord avec un escalier dont les larges balustres de bois semblent crier : Vive Henri IV ! »
Charles Lefeuve, Les Anciennes Maisons de Paris sous Napoléon III, t. I.
Louis Delluc y meurt le 22 mars 1924 ; l’Association française de la critique de cinéma pose une plaque le 22 mars 1949 (inscription ; Wikipédia).


Sources et documents
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres V, XVI et XVII
Céleste de Chateaubriand, Cahier rouge, année 1804
Les Cahiers de Madame de Chateaubriand, éd. J. Ladreit de Lacharrière, Paris, Émile-Paul, 1909 (texte de Céleste ; les notes de l’éditeur ne sont utilisées que pour les faits qu’elles signalent)
Correspondance générale de Chateaubriand, éd. Louis Thomas, t. I, 1912, lettres de janvier à mars 1804 (texte de Chateaubriand seul ; appareil de l’éditeur non repris)
Charles-Augustin Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’Empire, t. II (lettres à Chênedollé) (lire en ligne)
Correspondance de J. Joubert (à Chênedollé, 20 mars 1804) (lire en ligne)
Abbé Gabriel Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis, 1896 (lire en ligne)
Edmond Biré, Chateaubriand, Victor Hugo, H. de Balzac, 1907, « Les maisons de Chateaubriand » (lire en ligne)
Albert Cassagne, La Vie politique de François de Chateaubriand, 1911, chapitre V (lire en ligne)
Abel-François Villemain, M. de Chateaubriand, 1858 (lire en ligne)
Émile Chédieu de Robethon, Chateaubriand et Madame de Custine, 1893 (lire en ligne)
Gilbert Mayer, « Calendrier des déplacements de Chateaubriand à partir de son retour d’exil », Annales de Bretagne, 1946 (lire en ligne)
Georges Collas, « Veuve d’un vivant. Céleste Buisson de la Vigne… (1792-1804) », Annales de Bretagne, t. 65, 1958, p. 169-200 (lire en ligne)
Mme R. Bonnefous, « Les demeures parisiennes de Chateaubriand », Bulletin de la Société Chateaubriand, nouvelle série, n° 1 (cité par Collas, 1958 ; non consulté directement)
Agénor Bardoux, La Comtesse Pauline de Beaumont, Paris, Calmann-Lévy, 1884 (lire sur le site · Internet Archive)
Blanche Besserve, Vie de madame de Chateaubriand, Lille, Lefort, 1887 (lettres de Céleste, notice de l’Infirmerie) (lire sur le site · Internet Archive)
Félix de Rochegude, Promenades dans toutes les rues de Paris par arrondissements, Paris, Hachette, 1910 (20 vol.) (lire en ligne)
Almanach national de France, 1793 (lire en ligne)
Tableau de la Convention nationale, 1793 (lire en ligne)
Alexandre Tuetey, Répertoire général des sources manuscrites de l’histoire de Paris pendant la Révolution, t. VIII, 1890 (lire en ligne)
Explication des ouvrages de peinture…, Salon de 1806 (lire en ligne)
Almanach du commerce de Paris, 1811 (lire en ligne)
« Chateaubriand et Ballanche », Revue d’histoire littéraire de la France, 1938 (lire en ligne)
Charles Lefeuve, Les Anciennes Maisons de Paris sous Napoléon III, t. I, « Rue de Beaune » (lire en ligne)
Karl Baedeker, Paris and Northern France, 1867 (lire en ligne)
Reichard’s Passagier, 1859 (lire en ligne)
The Letters and Diaries of John Henry Newman, t. XV (lire en ligne)
Letters of John Holmes to James Russell Lowell and Others, 1917 (lire en ligne)
Gustave Pessard, Nouveau dictionnaire historique de Paris, 1904 (lire en ligne)
Paul de Raynal, Les Correspondants de J. Joubert, 1883 (lire en ligne)
Paris en poche, 1863 (lire en ligne)
Wikipédia, article « Rue de Beaune » (consulté le 6 novembre 2026) (lire en ligne)





