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L'Enchanteur 1768—1848
Mémoires touchant la vie et la mort du duc de Berry Chapitre II. Monseigneur le duc de Berry en Ecosse

Première partie — Vie de Monseigneur le duc de Berry hors de France · Livre troisième — Séjour du prince en Allemagne et en Angleterre

Chapitre II. Monseigneur le duc de Berry en Ecosse

Mémoires touchant la vie et la mort du duc de Berry · 3 min de lecture · p. 435–436 · chapitre 25 sur 58

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859, t. I, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Ce fut dans cette île que se réfugièrent tour à tour, à quelques années d'intervalle les uns des autres, les princes de la Maison de France poursuivis par la fortune. M. le prince de Condé erra quelque temps en Allemagne. Comme la gloire ne se peut cacher, il trouvait difficilement un asile : le généreux duc de Brunswick, son ancien adversaire, ainsi que celui des maréchaux de Broglie et de Castries, lui offrit une retraite ; mais l'illustre rejeton de la maison d'Est devait être brisé lui-même par ce fléau qui brisait tous les royaumes et toutes les renommées. Mgr le prince de Condé, passant enfin en Angleterre, y rejoignit Mgr le duc de Bourbon, son fils.

Louis XVIII avait été forcé de sortir de Saxe en 1798, par ordre de ce directoire, qui se déchargeait sur l'Europe du mépris dont il était accablé en France. « Le roi, écrivait alors Mer le duc de Berry, va encore courir de pays en pays chercher un asile qu'on lui refusera partout. Mon frère le suivra. » Le roi se retira à Mittau : Pierre le Grand vint en France apprendre au pied de la statue de Richelieu à commencer un empire; l'adversité, le premier des maîtres, conduisit Louis XVIII dans les états russes, pour lui apprendre à relever un empire qui finissait. Paul Ier se souvint d'avoir été voyageur dans notre patrie, et il accueillait l'hôte illustre que notre patrie lui envoyait. Mais l'usurpateur vint à son tour dicter des lois. Obligé de quitter Mittau avec MADAME, le roi ne trouva d'asile assuré qu'au sein de ces mers sur lesquelles toute puissance a été refusée à Buonaparte, et qui devaient commettre à la garde de ce génie des tempêtes leurs orages et leurs abîmes.

Le pays qu'habita d'abord Mgr le duc de Berry auprès de son père était uni à la France par d'anciens liens d'hospitalité. Les Écossais avaient fourni une garde à nos rois, et servi puissamment dans leurs revers Charles VII et Henri IV. Montross, qui donnait au cardinal de Retz l'idée de certains héros que l'on ne voit plus que dans les Vies de Plutarque1, représentait à M& le duc de Berry les généreux Français immolés à la cause de leur roi. Il retrouvait encore le souvenir de ces hommes fidèles dans celui des officiers qui s'attachèrent à la fortune de Jacques II.

1 Mémoire du cardinal de Retz, liv. III ↩

« Leurs aventures furent dignes des beaux jours de Sparte et d'Athènes. Ils étaient tous d'une naissance honorable, attachés à leurs chefs, et affectionnés les uns aux autres, irréprochables en tout... Ils se formèrent en une compagnie de soldats au service de France... Ils furent passés en revue par le roi à Saint-Germain en Laye ; le roi salua le corps par une inclination et le chapeau bas. Il revint, s'inclina de nouveau, et fondit en larmes. Ils se mirent à genoux, baissèrent la tête contre terre ; puis, se relevant tous à la fois, ils lui firent le salut militaire. Ils furent envoyés de la aux frontières d'Espagne, ce qui formait une marche de 900 milles. Partout où ils passaient, ils tiraient les larmes des yeux des femmes, obtenaient le respect de quelques hommes, et en faisaient rire d'autres par la moquerie qui s'attache au malheur. Ils étaient toujours les premiers dans une bataille, et les derniers dans la retraite... Ils manquèrent souvent des choses les plus nécessaires à la vie ; cependant on ne les entendit jamais se plaindre, excepté des souffrances de celui qu'ils regardaient comme leur souverain1. » Qui ne croirait lire une page de l'histoire des émigrés français !

1 DALRYN., Mémoires de la Grande-Bretagne. ↩

Mgr le duc de Berry habitait près d'Edimbourg, avec son père, le château de Marie Stuart, la première veuve d'un roi de France qui porta la tête sur l'échafaud, et qui regrettait en mourant de n'avoir pas la tête tranchée avec une épée à la française2. Il aimait à répéter sous les vieilles voûtes du château la ballade où l'infortunée princesse faisait ses adieux au plaisant pays de France :

2 Rech. de Pasquier. ↩

Adieu, plaisant pays de France :

O ma patrie

La plus chérie,

Qui as nourri ma jeune enfance !

Adieu, France, adieu nos beaux jours!

La nef qui déjoint nos amours

N'a eu de moi que la moitié.

Une part te reste : elle est tienne ;

Je la fie à ton amitié,

Pour que de l'autre il te souvienne.

Lorsque MoNSIEUR vint demeurer à Londres, Mgr le duc de Berry l'y suivit, et sa vie changea encore comme sa fortune.