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L'Enchanteur 1768—1848
Mémoires touchant la vie et la mort du duc de Berry Chapitre IV. Retour du Roi. - Mgr le duc de Berry préside le collége électoral de Lille

Seconde partie — Vie et mort de Monseigneur le duc de Berry en France · Livre premier

Chapitre IV. Retour du Roi. - Mgr le duc de Berry préside le collége électoral de Lille

Mémoires touchant la vie et la mort du duc de Berry · 2 min de lecture · p. 454 · chapitre 35 sur 58

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859, t. I, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Le roi remonta sur son trône 1 : Mgr le duc de Berry rentra une seconde fois dans cette belle France dont il ne devait plus sortir. Ce fut encore à Saint-Denis, le terme de tous ses voyages, qu'il arriva. Bientôt après, on lui présenta les officiers du dixième régiment de ligne, qui était resté fidèle à M&" le duc d'Angoulême. « Messieurs, leur dit-il, j'ai une permission à vous demander, c'est de porter votre uniforme quand j'irai au-devant de mon frère. »

Au premier moment de la seconde restauration, on parut vouloir profiter de la leçon reçue. Un ministre, qui avait puissamment concouru à relever deux fois le trône, donna à l'opinion l'impulsion la plus monarchique. Les colléges électoraux furent convoqués avec éclat, et les princes la famille royale furent nommées pour présider ceux des départements de la Seine, de la Gironde et du Nord 2.

1 Juillet 1815. - 2 15 août 1815.

Arrivé à Lille, Mar le duc de Berry prononça à l'ouverture du collége un discours remarquable par les sentiments et par la manière dont ils sont exprimés :

« Le plus aimé de vos rois, Henri IV, après de longues guerres intestines, rassembla les notables de son royaume à Rouen, et leur demanda des conseils ; ainsi que lui, le roi, mon auguste seigneur et oncle, d'après la constitution qu'il a donnée lui-même à son peuple, s'adresse en ce moment à vous, et me nomme particulièrement pour être son organe auprès du département du Nord. Je ne parlerai point de leur fidélité, aux habitants d'un pays, berceau de la monarchie; je ne remercierai point de son dévouement ce peuple qui rappelle si bien ces Francs généreux et guerriers, dont il est descendu le premier ; je me bornerai à vous dire, messieurs, que le roi, après vingt-six ans de troubles et de malheurs, a besoin d'interroger le cœur de ses sujets, dont il juge d'après le sien. Ne pouvant réunir autour de lui tous les Français, dont il est, vous le savez, bien moins encore le monarque que le père, il vous demande de lui adresser, non ceux de vous qui l'aiment davantage, ce choix serait impossible, et vous y voleriez tous, mais ceux qui, dignes interprètes de votre pensée, porteront au pied de son trône cet oubli du passé, cette connaissance du présent, ce coup d'œil dans l'avenir, ce respect pour la charte constitutionnelle, cet amour pour sa personne sacrée, enfin cette abnégation de soi-même qui seule peut assurer le bonheur de tous. »

Avant l'ouverture du collége électoral, Mer le duc de Berry avait voulu revoir et remercier la ville de Béthune et le sous-préfet, qui l'avaient si fidèlement reçu lors de sa retraite à Gand. Il envoya un présent à son hôte d'Alost, et une somme pour être délivrée aux indigents. Peu de fils de rois, rentrés dans leurs palais, se souviennent d'avoir été suppliants, d'avoir pris dans leurs bras le petit enfant, de s'être jetés à genoux, joignant l'autel domestique1.

1 PLUT., in Themist. ↩