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L'Enchanteur 1768—1848
Mémoires touchant la vie et la mort du duc de Berry Chapitre XI. Vie privée du Prince. - Anecdotes du cocher, du valet de pied et du piqueur. -

Seconde partie — Vie et mort de Monseigneur le duc de Berry en France · Livre premier

Chapitre XI. Vie privée du Prince. - Anecdotes du cocher, du valet de pied et du piqueur. -

Mémoires touchant la vie et la mort du duc de Berry · 2 min de lecture · p. 466 · chapitre 41 sur 58

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859, t. I, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Pension de M. de Provenchère.

Adoré de sa maison, Mgr le duc de Berry y établit un ordre parfait; non cet ordre naturel à la médiocrité de l'esprit, mais celui qui tient à la délicatesse de l'âme, et qui donne l'indépendance : il voulait que cet ordre, établi pour lui-même, se retrouvât encore parmi ses domestiques. Quand ils plaçaient une somme à la caisse d'épargne, il doublait cette somme, afin de les encourager à l'économie et de les rendre prévoyants pour l'avenir. Excellent maître, sa bonté n'avait d'autre défaut que d'être impatiente comme son humeur. Il avait plusieurs fois signifié à un cocher qu'il ne voulait plus être mené par lui. «'Tu es trop vieux pour travailler, lui disait-il brusquement, va-t'en. » Le cocher, non moins déterminé à rester, déclarait qu'il avait une nombreuse famille, et qu'il fallait qu'il travaillât. «Et que ne disais-tu cela plus tôt? s'écrie le prince : c'est une autre affaire. J'augmente de 1200 francs ta pension de retraite ; mais, bon homme, je t'en prie, repose-toi. »

Depuis quelque temps le prince entendait toute sa maison retentir du nom d'un certain Joseph, qu'on ne cessait d'appeler dans les jardins, les cours, les vestibules. Il ordonne qu'on lui amène cet homme qu'il ne connaissait pas. « Hé bien, Joseph ! lui dit-il, c'est donc toi qui mènes ma maison ? Tu me parais faire la besogne de tout le monde. Es-tu marié? as-tu des enfants ? » Joseph tremblant répond : « Oui, Monseigneur. » Les gages de Joseph furent doublés.

Aubry était le premier piqueurdu prince, souvent loué, souvent grondé, suivant la fortune de la chasse. Un rendez-vous est donné à Compiègne. Aubry reçoit l'ordre de s'y trouver à huit heures précises du matin. Le prince, arrivé plus tôt, ouvre la chasse à sept heures et demie. Aubry, exact à huit heures, entend la chasse au loin dans la forêt. A midi, Mer le duc de Berry rentre fatigué, le cerf égaré, les chiens en défaut. Il demande Aubry avec les marques de la plus vive impatience. On trouve Aubry qui se cachait : on l'amène tout interdit devant Monseigneur. « Aubry, s'écrie le prince, quelle est la punition des gens qui ne sont pas exacts ?» Aubry ne peut répondre. «Tu ne le sais pas? dit le prince : hé bien, moi, je le sais ; c'est de payer une amende, et je la paie. » Il lui remet une somme pour ses enfants.

Il n'oubliait jamais les services qu'on lui avait rendus. Sa reconnaissance alla chercher jusqu'en Amérique M. de Provenchère, son premier valet de chambre, que l'âge et les infirmités retenaient aux États-Unis. Par une rare délicatesse, Mer le duc de Berry nomma pour son trésorier ce vieux serviteur; et c'était à ce titre qu'il recevait une pension, quoique le prince n'eût jamais ni trésor ni cassette.