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L'Enchanteur 1768—1848
Mémoires touchant la vie et la mort du duc de Berry Chapitre VII. Mgr le duc de Berry à Turin

Première partie — Vie de Monseigneur le duc de Berry hors de France · Livre premier — Éducation et émigration du prince. — sa vie militaire jusqu'a la retraite de l'armée de Condé en Pologne

Chapitre VII. Mgr le duc de Berry à Turin

Mémoires touchant la vie et la mort du duc de Berry · 2 min de lecture · p. 407 · chapitre 8 sur 58

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859, t. I, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Mer le duc de Berry amusait toute la cour par ses reparties et sa vivacité. On retrouvait en lui, à cette époque, quelques-unes des singularités des divers personnages que l'on avait vus paraître à Turin depuis le brillant comte de Grammont jusqu'à ces Vendômes, braves, spirituels, insouciants, qui, négligeant tout dans la vie, ne soignaient que leurs victoires.

Mgr le duc d'Angoulême et Mgr le duc de Berry étudièrent un excellent plan d'éducation militaire, tracé par M. le duc de Sérent. Ce plan, formé pour la France, fut, par un changement devenu nécessaire, rendu applicable à un terrain étranger. On se servit des marches de Charles VIII, de Louis XII, de François ler, et de ce Catinat, héros à Marsaille, solitaire à Saint-Gratien, indifférent aux honneurs, parce qu'il les méritait tous.

Il y avait à Turin une bonne école d'artillerie ; Mer le duc d'Angoulême et Mgr le duc de Berry en suivirent les exercices. Ils passèrent par tous les grades, depuis le rang de simple canonnier jusqu'à celui de capitaine. Ils chargeaient, pointaient et tiraient leurs pièces avec rapidité et précision. Ils fondirent deux canons sur lesquels

1 Octobre 1789.

leurs noms furent gravés. Un de ces canons tomba entre les mains des Français lors de l'invasion du Piémont. On le voyait encore, il y a quelque temps, dans un de nos dépôts d'artillerie : singulier monument de nos conquêtes et des jeux de la fortune !

Cependant les troubles de la révolution croissants commençaient à menacer les états voisins : l'Europe se disposait à la guerre. Ce fut alors que M& le duc de Berry écrivit cette lettre à son père ; c'est le premier cri de l'honneur dans le cœur d'un Français et d'un Bourbon1 :

1 Turin, 15 août 1791. 2 Août 1792. ↩

« Avec quel plaisir nous avons appris la lettre du régiment de Berwick, etvotre réponse, ainsi que celle de Monsieur ! Ah ! que ne suis-je près de vous ! je voudrais bien voir ces bons soldats et me battre avec eux ; je leur dirais comme notre Henri : Camarades, si dans la chaleur du combat vous perdez vos drapeaux, ralliez-vous à mon panache blanc, qui ne sera jamais q'au chemin de l'honneur. Cette pensée m'a fait bouillir le sang dans les veines. Marchons, mon cher papa, pour rendre la liberté à notre malheureux roi; trente deux officiers du régiment de Vexin sont arrivés à Nice, remplis de zèle et de courage; je n'en manque pas non plus, et suis prêt à me bien battre. »