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L'Enchanteur 1768—1848
Mémoires touchant la vie et la mort du duc de Berry Chapitre VIII. Départ de Mgr le duc d'Angoulême et de Mgr le duc de Berry pour l'armée

Première partie — Vie de Monseigneur le duc de Berry hors de France · Livre premier — Éducation et émigration du prince. — sa vie militaire jusqu'a la retraite de l'armée de Condé en Pologne

Chapitre VIII. Départ de Mgr le duc d'Angoulême et de Mgr le duc de Berry pour l'armée

Mémoires touchant la vie et la mort du duc de Berry · 1 min de lecture · p. 408 · chapitre 9 sur 58

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859, t. I, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

des princes.

L'Assemblée nationale déclara la guerre à l'Autriche et à la Prusse 2. Les deux princes, partis de Turin, vinrent rejoindre Mer le comte d'Artois, pour faire sous les ordres de Monsieur, et sous ceux de leur auguste père, cette campagne qui devait tout finir, et qui commença tout. Beaucoup d'émigrés n'avaient rien apporté avec eux ; quelques-uns déployaient les dernières marques de la fortune. Les différents corps d'officiers de l'armée faisaient le service de soldats; la marine était à cheval; les gentilshommes, formés en compagnies, se distinguaient par le nom de leurs provinces. On était gai, parce qu'on était sous la tente, qu'on allait puiser l'eau, couper le bois, préparer les vivres, et qu'on entendait le son de la trompette. La pauvre noblesse remplissait son devoir sans y penser, tout simplement, comme on respire et comme on vit. Elle ne regrettait point ce qu'elle avait perdu ; d'ailleurs, elle le croyait bientôt retrouver : elle espérait revoir, à la fin de l'automne, son magnifique héritage, la bruyère, le grand bois, le vieux colombier. Que d'aventures à conter ! que de desseins pour le jour du retour! Dans tous les temps, les Français ont été les mêmes : peuple essentiellement guerrier, les camps où il retrouve ses vertus lui ont fait oublier ses misères, soit qu'il ait eu pour étendard la chape de saint Martin ou la cornette blanche, soit qu'il ait commencé la charge au refrain de la chanson de Roland ou au cri de vive le Roi!

Mgr le duc de Berry eut le plaisir d'aller au premier feu devantThionville. Les compagnies bretonnes se trouvant parmi les plus avancées vers la place, il leur disait : « Je voudrais être Breton pour voir de « plus près l'ennemi. » C'est une dure nécessité pour l'homme de s'habituer à la vue du sang; et ce qu'il y a de plus malheureux, plusieurs vertus dépendent de la force d'âme qui fait le guerrier.